PARTIE I, LETTRE II
en quoi consiste à Genève aujourd'hui la sainte réformation. Tout ce qu'on peut avancer de certain sur cet article est quelle doit consister principalement à rejeter les points contestés à l'Église romaine par les premiers réformateurs , et surtout par Calvin. C'est là l'esprit de votre institution; c'est par là que vous êtes un peuple libre, et c'est par ce côté seul que la religion fait chez vous partie de la loi de l'état.
De cette première question je passe à la seconde , et je dis : Dans un livre où la vérité , l'utilité , la nécessité delà religion en général est établie avec la plus grande force, où, sans donner aucune exclusion ', l'auteur préfère la religion chrétienne à tout autre culte , et la réformation évangélique à toute autre secte, comment se peut-il que cette même réformation soit attaquée? Cela paroît difficile à concevoir. Voyons cependant.
J'ai prouvé ci-devant en général, et je prouverai plus en défHl ci-après , qu'il n'est pas vrai que le christianisme soit Sttaqué dans mon livre. Or, lorsque les principes communs ne sont pas attaqués , on ne peut attaquer en particulier aucune Secte que de deux manières ; savoir , indirectement, en soutenant les dogmes distinctifs de ses adversaires ; ou directement, en attaquant les siens.
Mais comment aurois-je soutenu les dogmes distinctifs des catholiques , puisqu'au contraire ce sont les seuls que j'aie attaquée , et puisque c'est cette at-
1 J'exhorte tout lecteur équitable a relire et peser dans Y Emile ce qui suit immédiatement la Profession de foi du vicaire, et où je reprends la parole.
302 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, taque même qui a soulevé contre moi le parti catholique, sans lequel il est sûr que les protestants a auroient rien dit? Voilà, je l'avoue *, une des choses les plus étranges dont on ait jamais ouï parler; mais elle n'en est pas moins vraie. Je suis confesseur de la foi protestante à Paris , et c'est pour cela que je le suis encore à Genève.
Et comment aurois-je attaqué les dogmes distinctifs des protestants, puisqu au contraire ce sont ceux que j'ai soutenus avec le plus de force , puisque je n'ai cessé d'insister sur l'autorité de la raison en matière de foi , sur la libre interprétation des Écritures , sur la tolérance èvangélique, et 9ur 1 obéissance aux lois, même en matière de culte; tous dogmes distinctife et radicaux de l'Église réformée, et sans lesquels , loin d'être solidement établie, elle ne pourroit pas même exister?
Il y a plus : voyez quelle force la forme même de l'ouvrage «joute aux arguments en fàAur des réformés. C'est un prêtre catholique qui parle , et ce prêtre n'est ni un impie ni un libertin : c'est un homme croyant et pieux, plein de candeur, de droiture, et malgré ses difficultés, ses objections, ses doutes, nourrissant au fond de son cœur le pins vrai respect pour le culte qu'il professe; un homme qui , dans les épanchementsles plus intimes , déclare qu'appelé dans ce culte au service de l'Église, il y remplit avec toute l'exactitude possible les soins qui lui sont prescrits ; que sa conscience lui reprocheroit d'y manquer volontairement dans la moindre chose ; que d^ns le mystère qui choque le plus sa raison , il se recueille au moment