PARTIE I, LETTRE II. 2o
de la consécration , pour la faire avec toutes les dispositions qu'exigent l'Église et la grandeur du sacrement ; qu'il prononce avec respect les mots sacramentaux; qu'il donne à leur effet toute la foi qui dépend de luY; et que , quoi qu'il en soit de ce mystère inconcevable , il ne craint pas qu'au jour du jugement il soit puni pour lavoir jamais profané dans son cœur \
Voilà comment parle et pense cet homme vénérable, vraiment bon, sage, vraiment chrétien, et le catholique le plus sincère qui peut-être ait jamais «xisté. ,
Écoutez toutefois ce que dit ce vertueux prêtre à un jeune homme protestant qui s'étoit fait catholique , et auquel il donne des conseils. « Retournez dans votre « patrie , reprenez la religion de vos pères , suivez-la « dans la sincérité de votre cœur , et ne la quittez plus : « elle est très simple et très sainte ; je la crois , de toutes « les religions qui sont sur la terre , celle dont la mo- « raie est la plus pure , e) dont la raison se contente le « mieux **. »
Il ajoute un moment après : « Quand vous voudrez « écouter votre conscience , mille obstacles vains dis- « paraîtront à sa voix. Vous sentirez que , dans Tincer- « titude où nous sommes , c'est une inexcusable pré- « somption de professer une autre religion que celle «où Ton est né, et une fausseté de ne pas pratiquer « sincèrement celle qu'on professe. Si l'on s'égare, on « s'ôte une grande excuse au tribunal du souverain «juge. Ne pardonnera-t-il pas plutôt l'erreur où Ion
* Emile, tome II, page 104. — ** Ibid. pages io8 f 109.
2o4 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE.
« fut nourri que celle qu'on osa choisir soi-même *? »
Quelques pages auparavant, il avoit dit : « Si j 'a vois « des protestants à mon voisinage ou dans ma part roisse, je ne les distinguerais point de mes parois- « siens en ce qui tient à la charité chrétienne; je les « porterais tous également à s'entr'aimer , à se regar- « der comme frères, à respecter toutes les religions , « et à vivre en paix chacun dans la sienne. Je pense « que solliciter quelqu'un de quitter celle où il est né , « c'est ljê solliciter de malfaire , et par conséquent foire «mal soi-même. En attendant de plus grandes lu- « mières, gardons l'ordre public ; dans tout pays reste pectons les lois , ne troublons point le culte qu'elles « prescrivent, ne portons point les citoyens à la désoft béissance : car nous ne savons point certainement si « c'est un bien pour eux de quitter leurs opinions pour « d'autres , et nous savons très certainement que c'est « un mal de désobéir aux lois. »
Voilà, monsieur, comrdfeçt parle un prêtre catholique dans un écrit où l'on m'accuse d'avoir attaqué le culte des réformés , et où il n'en est pas dit autre chose. Ce qu'on aurait pu me reprocher, peut-être, étoit une partialité outrée en leur faveur , et un défout de convenance en faisant parler un prêtre catholique comme jamais prêtre catholique n'a parlé. Ainsi j'ai fait en toute chose précisément le contraire de ce qu'on m'accuse d'avoir fait. On dirait que vos magistrats se sont conduits par gageure : quand ils auraient parié de juger contre l'évidence, ils n'auraient pu mieux réussir.
* Emile, tome II, page 109.