‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 30 sur 159 · PARTIE I, LETTRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE II

Mais ce livre contient des objections, des difficultés , des doutes ! Eh ! pourquoi non , je vous prie? Où est le crime à un protestant de proposer ses doutes sur ce qu'il trouve douteux , et ses objections sur ce qu'il en trouvé susceptible? Si ce qui vous paroît dair me paroît obscur, si ce que vous jugez démontré ne me semble pas l'être , de quel droit prétendez-vous soumettre ma raison à la vôtre , et me donner votre autorité pour loi , comme si vous prétendiez à l'infaillibilité du pape ? N'est-il pas plaisant qu' il faille raisonner en catholique, pour inaccuser d'attaquer les protestants?

Mais ces objections et ces doutes tombent sur les points fondamentaux de la foi ; sous l'apparence de ces doutes on a rassemblé tout ce qui peut tendre à saper, ébranler et détruire les principaux fondements de la religion chrétienne. Voilà qui change la thèse , et , si cela est vrai , je puis être coupable ; mais aussi c'est un mensonge , et un mensonge bien impudent de la part de gens qui ue savent pas eux-mêmes en quoi consistent les principes fondamentaux de leur christianisme. Pour moi , je sais très bien en quoi consistent les principes fondamentaux du mien , et je l'ai dit. Presque toute la profession de foi de la Julie est affirmative; toute la première partie de celle du vicaire est affirmative ; la moitié de la seconde partie est encore affirmative, une partie du chapitre de la religion civile est affirmative; la Lettre à M. l'archevêque de Paris est affirmative. Voilà , messieurs , mes articles fondamentaux : voyons les vôtres.

Ils sont adroits , ces messieurs ; ils établissent la

2o6 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, méthode de discussion la plus nouvelle et la plus commode pour des persécuteurs. Ils laissent avec art tous les principes de la doctrine incertains et vagues; mais un auteur a-t-il le malheur de leur déplaire , ils vont furetant dans ses livres quelles peuvent être ses opinions. Quand ils croient les avoir bien constatées, Us prennent les contraires de ces mêmes opinions, et en font autant d'articles de foi : ensuite ils oient à l'impie , au blasphème , parceque Fauteur n'a pas d'avance admis dans ses livres les prétendus articles de foi qu'ils ont bâtis après coup pour le tourmenter.

Comment les suivre dans ces multitudes de points sur lesquels ils m'ont attaqué? comment rassembler tous leurs libelles? comment les lire? qui peut aller trier tous ces lambeaux, toutes ces guenilles , chez les fripiçrs de Genève ou dans le fumier du Mercure de Neufchâtel? Je me perds , je m'embourbe au milieu de tant de bêtises. Tirons de ce filtras un seul article pour servir d'exemple , leur article le plus triomphant , celui pour lequel leurs prédicants x se sont mis en campagne , et dont ils ont fait le plus de bruit : les miracles.

J'entre dans un long examen. Pardonnez-m'en l'ennui, je vous supplie. Je ne veux discuter ce point si terrible que pour vous épargner ceux sur lesquels ils ont moins insisté.

Ils disent donc : « Jean-Jacques Rousseau nest pas « chrétien , quoiqu'il se donne pour tel; carnous , qui «certainement le sommes, ne pensons pas comme

1 Je n'aurois point employé ce terme que je trouvois déprisant > si l'exemple du Conseil de Genève, qui s'en servoit en écrivant au cardinal de Fleury , ne m'eût appris que mon scrupule étoit mal fondé.

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