PARTIE I, LETTRE II
« lui. Jean-Jacques Rousseau ne croit point à la révé- « lation , quoiqu'il dise y croire : en voici la preuve.
« Dieu ne révèle pas sa volonté immédiatement à «tous les hommes ; il leur parle par ses envoyés, et « ces envoyés ont pour preuve de leur mission les mi- « racles : donc quiconque rejette les miracles rejette «les envoyés de Dieu; et qui rejette les envoyés de « Dieu rejette kt révélation : or Jean-Jacques Rous- « setu rejette les miracles. »
Accordons d'abord et le principe et le fait comme s'ils étoient vrais : nous y reviendrons dans la suite. Gela supposé, le raisonnement précédent n'a qu'un défaut, c'est qu'il fait directement contre ceux qui s'en servent : il est très bon pour les catholiques , mais très mauvais pour les protestants. Il faut prouver à mon tour.
Vous trouverez que je me répète souvent; mais qu'importe? Lorsqu'une même proposition m'est nécessaire à des arguments tout différents, dois-je éviter de h reprendre? Cette affectation seroit puérile. Ce n'est pas de variété qu'il s'agit , c'est de vérité , de raisonnements justes et concluants. Passez le reste, et ne songezq u'à cela.
Quand les premiers réformateurs commencèrent à se faire entendre, l'Église universelle étoit en paix; tous les sentiments étoient unanimes, il n'y avoit pas un dogme essentiel débattu parmi les chrétiens.
Dans cet état tranquille , tout-à-coup deux ou trois hommes élèvent leur voix, et crient dans toute l'Europe : Chrétiens , prenez garde à vous ; on vous trompe on vous égare , on vous mène dans le chemin de l'en-
2û8 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, fer: le pape est lantechrist , le suppôt de Satan; son Église est l'école du mensonge. Vous êtes perdus si yous ne nous écoutez.
A ces premières clameurs ,' l'Europe étonnée resta quelques moments en silence , attendant ce qu'il en arriverait Enfin le clergé, revenu de sa première surprise, et voyant que ces nouveaux venus se faisoient des sectateurs, comme s'en fait toujours tout homme qui dogmatise, comprit qu'il falloit s'expliquer avec eux. Il commença par leur demander à qui ils en avoient avec tout ce vacarme. Ceux-ci répondent fièrement qu'ils sont les apôtres de la vérité , appelés à réformer l'Église, et à ramener les fidèles delà voie déperdition où les conduisoient les prêtres.
Mais, leur répliqua-t-on, qui vous a donné cette belle commission , de venir troubler la paix de l'Église et la tranquilité publique? Notre conscience , direntils, la raison, la lumière intérieure, la voix de Dieu , à laquelle nous ne pouvons résister sans crime : c'est lui qui nous appelle à ce saint ministère, et nous suivons notre vocation .
Vous êtes donc envoyés de Dieu? reprirent les catholiques. En ce cas, nous convenons que vous devez prêcher, réformer, instruire, et qu'on doit vous écouter. Mais, pour obtenir ce droit, commencez par nous montrer Vos lettres de créance; prophétisez, guérissez, illuminez, faites des miracles, déployé» les preuves de votre mission»
La réplique des réformateurs est belle, et vaut bien la peine d'être transcrite.
«Oui, nous sommes les envoyés de Dieu; mais