‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 32 sur 159 · PARTIE I, LETTRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE II

«notre mission n'est point extraordinaire : elle est «dans l'impulsion d'une conscience droite, dans les « lumières d'un entendement sain. Nous ne vous ap- « portons point une révélation nouvelle, nous nous « bornons à celle qui vous a été donnée, et que vous « n entendez plus. Nous venons à vous , non pas avec «des prodiges, qui peuvent être trompeurs, et dont « tant de fausses doctrines se sont étayées , mais avec « les signes de la vérité et de la raison , qui ne trom- «pent point, avec ce livre saint, que vous défigurez, « et que nous vous expliquons. Nos miracles sont des « arguments invincibles , nos prophéties sont des dé- « monstrations : nous vous prédisons que si vous «n'écoutez la voix de Christ, qui vous parle par nos «bouches , vous serez punis comme des serviteurs in- « fidèles , à qui Ton dit la volonté de leure maîtres , et « qui ne veulent pas l'accomplir. »

11 n'étoit pas naturel que les catholiques convinssent de l'évidence de cette nouvelle doctrine, et c'est aussi ce que la plupart d'entre eux se gardèrent bien de faire. Gr on voit que la dispute étant réduite à ce point ne pou voit plus finir, et que chacun devoit se donner gain de cause ; les protestants soutenant toujours que leurs interprétations et leurs preuves étoient si claires qu'il falloit être de mauvaise foi pour s'y refuser ; et les catholiques, de leur côté, trouvant que les petits arguments de quelques particuliers, qui même n'étoient pas sans réplique, ne dévoient pas l'emporter sur ^autorité de toute l'Église , qui , de tout temps , avoit autrement décidé qu'eux les points débattus, ^

Tel est l'état où la querelle est restée. On n'a cessé de disputer sur la force des preuves ; dispute qui n'aura jamais de fin , tant que les hommes n'auront pas tous la même tête.

Mais ce n*étoit pas de cela qu'il s'agissoit pour les catholiques. Ils prirent le change ; et si , sans s amuser à chicaner les preuves de leurs adversaires , Us s'en fussent tenus à leur disputer le droit de prouver, ils les auraient embarrassés , ce me semble.

«Premièrement, leur auroient- ils dit, votre ma- « nière de raisonner n'est qu'une pétition de prin- « cipe , car si la force de vos preuves est le signe de «votre mission, il s'ensuit, pour ceux -quelles ne « convainquent pas , que votre mission est fausse , et « qu'ainsi nous pouvons légitimement, tous tant que « nous sommes , vous punir comme hérétiques , comme « faux apôtres , comme perturbateurs de l'Église et du « genre humain.

«Vous ne prêchez pas, dites-vous, des doctrines « nouvelles : et que faites-vous donc en nous prêchant « vos nouvelles explications? Donner un nouveau sens «aux paroles de l'Écriture, n'est-ce pas établir une « nouvelle doctrine? n'est-ce pas faire parler Dieu tout «autrement qu'il n'a fait? Ce ne sont pas les sons, * mais les sens des mots , qui sont révélés : changer «ces sens reconnus et fixés par l'Église, c'est changer m la révélation.

« Voyez de plus combien vous êtes injustes : vous « convenez qu'il faut des miracles pour autoriser une « mission divine ; et cependant vous , simples parti- « culiers, de votre propre aveu, vous venez nous par-

Page 1