PARTIE I, LETTRE III
carter, si Ion veut s'entendre en raisonnant sur cette matière. Cette idée offre deux questions à résoudre*
La première : Dieu peut-il faire des miracles? c'està-dire peut-il déroger aux lois qu'il a £àblies? Cette question, sérieusement traitée, seroit impie si elle n étoit absurde : ce seroit faire trop d'honneur à celai qui la résoudrait négativement que de le punir ; il suffirait de Tenfermer, Mais aussi quel homme a jamais nié que Dieu pût faire des miracles? Il falloit être Hébreu pour demander si Dieu pouvait dresser des table» dans le désert.
Seconde question : Dieu veut-il faire des miracles? , C'est autre chose. Cette question en elle-même, et abstraction faite de toute autre considération , est par* faitement indifférente; elle n'intéresse en rien la gloire dé Dieu, doot n»us ne pouvons sonder les desseins. Je dirai plus : s'il pouvoit y avoir quelque différence quant à la foi dans la manière d'y répondre, les plu» grandes idées que nous puissions avoir de la sagesse et de la majesté divine seroient pour la négative ; il n'y & que l'orgueil Romain qui soit contre. Voilà jusqu'oùla raison peut aller. Cette question, du reste, est purement oiseuse, et, pour la résoudre, il faudroit hVe* dans les décrets éternels ; car, comme on verra tout-à-* l'heure , elle est impossible à décider par les faits. Gftfdoos-nous donc d'oser porter un œil curieux sur ces mystères. Rendons ce respect à Fessence infinie, de ne rien prononcer d'elle : nous n'en connoisson& que l'immensité.
Cependant, quand un mortel yient hardiment nous affirmer qull a vu un miracle , il tranche net cette
«8 LETTRES ÉCRITE* DE LA MONTAGNE, grande question : jugez si Ton doit l'en croire sur sa parole. Ils seraient mille que je ne les en croirois pas. Je laisse à part le grossier sophisme d'employer la preuve moral! à constater des faits naturellement impossibles , puisque alors le principe même de la crédibilité , fondé sur la possibilité naturelle , est en défaut. Si les hommes veulent bien , en pareil cas , admettre cette preuve dans des choses de pure spéculation , ou dans des faits dont la vérité ne les touche guère , assurons-nous qu'ils seroient plus difficiles s'il s'agissoit pour eux du moindre intérêt temporel. Supposons qu'un mort vînt redemander ses biens à ses héritiers , affirmant qu'il est ressuscité , et requérant d'être admis à la preuve 1 ; croyez-vous qu'il y ait un seul tribunal sur la terre où cela lui fût accordé? Mais , encore un coup , n'entamons pas ici ce débat : laissons aux faits toute la certitude qu'on leur donne, et contentonsnous de distinguer ce que le sens peut attester de ce que la raison peut conclure.
Puisqu'un miracle est une exception aux lois de la nature , pour en juger il faut connoitre ces lois ; et pour ,en juger sûrement il faut les connoitre toutes : car une éeule qu'on ne connoîtroit pas pourrait , en ' certains cas inconnus aux spectateurs , changer l'effet de celles qu'on connoîtroit. Ainsi, celui qui prononce, qu'un tel ou tel acte est un miracle , déclare qu'il connoît toutes les lois de la nature , et qu'il sait que cet acte en est une exception.
1 Prenez bien garde que , dans ma supposition , c'est une résurrection véritable , et non pas une fausse mort , qu'il s'agit de constater.