‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 43 sur 159 · PARTIE I, LETTRE III. 23l · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III. 23l

Paris ; il n'y eo a pas une où Tonne voie les «bosesks plus étonnantes , sans que le public daigne presque y faire attention ; tant on est .accoutumé aux choses étonnantes , et même à celles qu'on ne peut concevoir* On y voit, au moment que j'écris ceci, deux machines portatives séparées, dont Tune marche ou s'arrête exactement à la volonté de celui qui fait marcher ou arrêter l'autre. J'y ai vu une tôle de bois qui parloit, jet dont on ne parloit pas tant que de celle d'Albertle-Grand. J'ai vu même une chose plus surprenante , c'étoit force têtes d'hommes, de savants, d'académiciens , qui couroient aux miracles des convulsions , et qui en revenoient tout émerveillés.

Avec le canon, l'optique, l'aimant, le baromètre,, quels prodiges ne fait-on pas chez les ignorants? Les Européens, avec leurs arts, ont toujours passé pour des dieux parmi les barbares. Si , dans le sein même 1 des arts , des sciences , des collèges , des académies ; si r dans le milieu de l'Europe , en France, en Angleterre % un homme fût venu , le siècle dernier , armé de tous les miracles de l'électricité que nos physiciens opèrent aujourd'hui, l'eût-on brûlé comme un sorcier , Teuton suivi comme un prophète? Il est à présumer qu'on eût fait l'un ou l'autre : il est certain qu'on auroit eu tort.

Je ne sais si l'art de guérir est trouvé, ni s'il se trouvera jamais.; ce que je sais, c'est qu'il n'est pas hors de la nature. Il est tout aussi naturel qu'un homme guérisse, qu'il l'est qu'il tombe malade; il peut tout aussi bien guérir subitement que mourir subitement. Tout ce qu'on ppurra dire de certaines gaérisons,

e'estqu'elles sont surprenantes , mais non pas qu elles sont impossibles : comment prouverez-vous donc que ce dont des miracles? Ij y a pourtant, je l'avoue, des choses qui mitonneraient fort si j'enétois le témoin: ce ne seroit pas tant de voir marcher un boiteux qu'un homme quin avoit point 3e jambes; ni de voir un paralytique mouvoir son bras, qu'un homme qui n en a qu'un reprendre les deux. Cela me frapperait encore plus, je l'avoue, que de voir ressusciter un mort; car enfin un mort peut n'être pas mort ». Voyez le livre de M. Bruhier *.

Au reste, quelque frappant que pût me paraître un pareil spectacle, je ne voudrais pour rien au monde en être témoin; car que sais-je ce qu'il en pourrait

1 Laiare étoit déjà dans la terre. Seroit-il le premier homme qu'oa aurait enterré vivant? // y étoit depuis quatre jours. Qui les a comptés? Ce n'est pas Jésus, qui étoit absent. Il puait déjà. Qu'en save*-vous? Sa sœur le dit : voilà toute la preuve. L'effroi , lé dégoût eu eût fait dire autant à toute autre femme, quand même cela n'eût pas été vrai. Jésus ne fait que l'appeler, et il sort* Prenez garde de mal raisonner. Il s'agissoit de l'impossibilité physique; elle n'y est plus. Jésus faisoit bien plus de façons dans d'autres cas qui n'étoieut pas plus difficiles : voyez la note qui suit. Pourquoi cette différence, si tout étoit également miraculeux? Ceoi peut étrt une exagération r et ee n'est pas la plus forte que saint Jean ait faite ; j'en atteste le dernier verset de son Évangile a .

* Bruhier-d'Ablaincourt , médecin célèbre , mort en 1 756 , auteur de plusieurs ouvrages , est principalement connu par celui qui a pour titre, Dissertation sur l 'incertitude des signes de la mort et fabus des enterrements précipités. Il a été réimprimé plusieurs fois et traduit en plusieurs langues.

* Voie» me verset : Sunt autem et alia multa quœ fuit Jésus;- quœ si scribantur per singula, née ipsttm atbitror mundum capere posse eos , qui scrihendi sunt, t&ros.

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