‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 44 sur 159 · PARTIE I, LETTRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III

arriver? Au lieu de me rendre Grédule, j aurais grand peur qu'il né me rendit que fou. Mais ce n'est pas de moi qu'il s'agit : revenons.

On vient de trouver le secret de ressusciter des noyés; on a déjà cherché celui de ressusciter les pendus : qui sait si , dans d'autres genres de mort , on ne parviendra pas à rendre la vie à des corps qu'on en avoitcrus privés? On ne savoit jadis ce que c'étoit que d'abattre la cataracte ; c'est un jeu maintenant pour nos chirurgiens* Qui sait s'il n'y a pas quelque secret frouvable pour la faire tomber tout d'un coup? Qui sait si le possesseur d'un pareil secret ne peut pas faire avec simplicité ce qu'un spectateur ignorant va prendre pour un miracle, et ce qu'un auteur prévenu peut donner pour tel * ? Tout cela n'est pas vraisemblable : soit; mais nous n'avons point de preuve que

1 On voit quelquefois , dans le détail des faits rapportés , une gradation qui ne convient point à une opération surnaturelle. On présente à Jésus un aveugle. Au lieu de le guérir à l'instant, il l'emmène hors de la bourgade; là il oint ses yeux de salive, il pose ses mains sur lui, après quoi il lui demande s'il voit quelque chose. L'aveugle répond qu'il voit marcher des hommes qui lui paroissent comme des arbres ; sur quoi jugeant que la première opération n'est pas suffisante , Jésus la recommence , et enfin l'homme guérit.

Une autre fois, au lieu d'employer de la saKve pure, il la délaie avec de la terre.

Or je demande : A quoi bon tout cela pour un miracle? La nature dispute-t-elle avec son maître? a-t-il besoin d'effort, d'obstination, pour se faire obéir? a-t-il besoin de salive, de terre, d'ingrédients? a-t-il même besoin de parler, et ne suffit-il pas qu'il veuille? ou bien osera-t-on dire que Jésus, sûr de son fait, ne laisse pas d'user, d'un petit manège de charlatan , comme pour se faire valoir davantage et amuser les spectateurs ? Dans le système de vos messieurs, il faut pourtant l'un ou l'autre. Choisissez.

234 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, cela soit impossible, et c'est de l'impossibilité physique qu'il s'agit ici. Sans cela, Dieu, déployant à nos yeux sa puissance , n'auroit pu nous donner que des signes vraisemblables, de simples probabilités ; et il arriverait de là que l'aUtoritédes miracles n'étant fondée que sur l'ignorance de ceux pour qui ils auroient été faits, ce qui serait miraculeux pour un siècle ou pour un peuple ne le serait pins pour d'autres ; de sorte que la preuve universelle étant en défaut , le système établi sur elle serait détruit. Non. donnezmoi des miracles qui demeurent tels , quoi qu'il arrive , dans tous les temps et dans tous les lieux. Si plusieurs de ceux qui sont rapportés dans la Bible paraissent être dans ce cas, d'autres aussi paraissent n'y pas gtre. Réponds-moi donc , théologien ; prétends-tu que je passe le tout en bloc, ou si tu me permets le triage? Quand tu auras décidé ce point, nous verrons après.

Remarquez -bien, monsieur, qu'en supposant tout au plus quelque amplification dans les circonstances, je n'établis aucun doute sur le fond de tous les faits. C'est ce que j'ai déjà dit , et qu'il n'est pas superflu de redire. Jésus, éclairé de l'esprit de Dieu, avoit des lumières si supérieures à celles de ses disciples , qu'il n'est pas étonnant qu'il ait opéré des multitudes de choses extraordinaires où l'ignorance des spectateurs a vu le prodige qui n'y étoit pas. A quel point, en vertu de ces lumières , pouvoit*il agir par des voies naturelles, inconnues à eux et à nous "? voilà ce que

1 Nos hommes de Dieu veulent à toute force que j'aie fait de Je'sus un imposteur. Ils s'échauffent poor répondre à cette indique

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