PARTIE I, LETTRE III
nous ne savons point , et ce que nous ne pouvons savoir. Les spectateurs des choses merveilleuses sont naturellement portés à les décrire avec exagération. Là-dessus on peut, de très bonne foi, s'abuser soimême en abusant les autres : pour peu qu'un fiait soit au-dessus de nos lumières , nous le supposons audessus de la raison, et l'esprit voit enfin du prodige eu le cœur nous fait désirer fortement d'en voir.
Les miracles sont, comme j'ai dit, les preuves des simples , pour qui les lois de la nature forment un cer* de très étroit autour <Teux. Mais la sphère s'étend à mesure que les hommes s'instruisent et qu'ils sentent combien il leur reste encore à savoir. Le grand physicien voit si loin les bornes de cette sphère, qu'il ne sauroit discerner un miracle au-delà. Cela ne se peut est un mot qui sort rarement de la bouche des sages ; ils disent plus fréquemment, Je ne sais.
Que devons-nous donc penser de tant de miracles rapportés par des auteurs , véridiques , je n'en doute pas, mais d'une si crasse ignorance, et si pleins d'ardeur pour la gloire de leur maître? Faut-il rejeter tous ces faits? Non. Faut-il tous les admettre? Je l'ignore f .
accusation, afin qu'on pense que je l'ai laite; ils la supposent avec un air de certitude ; ils y insistent , ils y reviennent affectueusement. Ah! si ces doux chrétiens pouvoient m'arracher à la fin quelque blasphème , quel triomphe , quel contentement , quelle édification pour leurs charitables âmes ! arec quelle sainte joie ils apporte roi<Mjt les tisons allumés au feu de leur zèle pour embraser mon bûcher!
1 II y en a dans l'Évangile qu'il n'est pas même possible de prendre au pied de la lettre sans renoncer au bon sens. Tels sont, par exemple, ceux des possédés. On reconnoît le diable à son œuvre,
Nous devons les respecter sans prononcer sur leur nature, dussions-nous être cent fois décrétés. Car enfin l'autorité des lois ne peut s'étendre jusqu'à nous forcer de mal raisonner; et c'est pourtant ce qu'il fout faire pour trouver nécessairement tm miracle où h raison ne peut voir qu'un fait étonnant.
Quand il seroit vrai que les catholiques ont un moyen sûr pour eux de faire cette distinction, que s'ensuivroit-il pour nous? Dans leur système, lorsque l'Église une fois reconnue a décidé qu'un tel fait est un miracle , il est un miracle ; car l'Église ne peut se tromper. Mais ce n'est pas aux catholiques que , j'ai à faire ici , c'est aux réformés. Ceux-ci ont très
et les vrais possédés sopt les méchants ; la raison n'en reconnoîtra jamais d'antres. Mais passons : voici plus.
Jésus demande à un groupe de démons comment il s'appelle. Quoi! les démons ont des noms? les anges ont des noms? les purs esprits ont des noms ? Sans doute , pour s'entr'appeler entre eux ou pour entendre quand Dieu les appelle? Mais qui leur a donné ces noms ? en quelle langue en sont les mots ? quelles sont les bouches qui prononcent ces mots, les oreilles que leurs sons frappent? Ce nom, c'est Légion; car ils sont plusieurs, ce qu'apparemment Jésus nesavoit pas. Ces anges, ces intelligences sublimes dans le mal comme dans le bien, ces êtres célestes qui ont pu se révolter contre Dieu, qui osent combattre ses décrets éternels, se logent en tas dans le corps d'un homme ! Forcés d'abandonner ce malheureux, ils demandent de se jeter dans un troupeau de cochons ; ils l'obtiennent, et ces cochons se précipitent dans la mer. Et ce sont là les augustes preuves de la mission du rédempteur du genre humain , les preuves qui doivent l'attester à tous les peuples de tous les âges, et dont nul ne sauroit douter, sous peine de damnation! Juste Dieu ! la tête Tourne ; on ne sait où Ton est. Ce sont donc là , messieurs, les fondements de votre foi? La mienne en a de^plos sûrs , ce me semble.