PARTIE I, LETTRE III
bien réfuté quelques parties de la Profession de foi du vicaire t qui , pétant écrite que contre l'Église romaine, ne pouvoit ni ne devoit rien prouver contre eux. Les* catholiques pourront de même réfuter aisément ces lettres , parceque je ri ai point à faire ici aux catholiques , et que nos principes ne sont pas les -leurs. Quand il s'agit de montrer que je ne prouve pas ce que je n'ai pas voulu prouver , c'est là que mes adversaires triomphent.
De tout ce que je viens d'exposer, je conclus que les faits les plus attestés, quand même on les admettront dans toutes leurs circonstances , ne prouveroient rien, et qu'on peut même y soupçonner de l'exagéra? tion dans les circonstances sans inculper la bonne foi de ceux qui les ont rapportés. Les découvertes continuelles qui se font dans les lois de la nature , celles qui probablement se feront encore , celles qui reste? ront toujours à faire ; les progrès passés, présents et futurs de l'industrie humaine ; les diverses bornes que donnent les peuples à l'ordre des possibles , selon qu'ils sont plus ou moins éclairés; tout nous prouve que bous ne pouvons connoître ces bornes. Cependant il feut qu'un miracle , pour être vraiment tel , les passe. Soit donc qu'il y ait des miracles , soit qu'il n'y en ait pas , il est impossible au sage de s'assurer que quelque fait que ce puisse être en est un.
Indépendamment des preuves de cette impossibilité que je viens d'établir, j'en vois une autre non moins forte dans la supposition même : car accordons qu'il y ait de vrais miracles; de quoi nous serviront-ils s'il y a aussi de feux miracles , desquels il est
impossible de les discerner? Et faites bien attention que je n'appelle pas ici faux miracle un miracle qui n'est pas réel , mais un acte bien réellement surnaturel , fait pour soutenir une fausse doctrine. Comme le mot de miracle en ce sens peut blesser les oreilles pieuses, employons un autre mot, et donnons-lui le nom de prestige; mais souvenons-nous qu'il est impossible aux sens humains de discerner un prestige d'un miracle.
La même autorité qui atteste les miracles atteste aussi les prestiges ; et cette autorité prouve encore que l'apparence des prestiges ne diffère en rien de celle des miracles. Comment donc distinguer les uns des autres ? et que peut prouver le miracle , si celui qui le voit ne peut discerner, par aucune marque assurée et tirée de la chose même , si c'est l'œuvre de Dieu , ou si c'est l'œuvre du démon ? Il faudroit un second miracle pour certifier le premier.
Quand Aaron jeta sa verge devant Pharaon, et qu'elle fut changée en serpent, les magiciens jetèrent aussi leurs verges», et elles furent changées en serpents. Soit que ce changement fut réel des deux côtés , comme il est dit dans l'Écriture , soit qu'il n'y eût de réel que le miracle d' Aaron, et que le prestige des magiciens ne fut qu'apparent, comme le disent quelques théologiens , il n'importe ; cette apparence étoit exactement la même ; l'Exede n'y remarque aucune différence; et, s'il y en eût eu, les magiciens se se* raient gardés de s'exposer au parallèle r ou , s'ils l'avoient fait , ils auroient été confondus.
Or les hommes ne peuvent juger des miracles que