‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 48 sur 159 · PARTIE I, LETTRE Ilï · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE Ilï

tônt-à-fait s'en délivrer, mais ils n'osent; ils sentent que la nier seroit nier trop. Ces gens , toujours si décisifs , changent ici de langage ; ils ne la nient ni ne l'admettent : ils prennent le parti de tergiverser, de chercher des faux-fuyants ; à chaque pas ils s'arrêtent; ils. ne savent sur quel pied danser.

Je crois, monsieur, vous avoir fait sentir où gît la difficulté. Pour que rien ne manque à sa clarté , la voici mise en dilemme.

Si l'on nie les prestiges , on ne peut prouver les miracles, parceque les uns et les autres sont fondés sur la même autorité.

Et si Ton admet les prestiges avec les miracles, on n'a point de régie sûre , précise et claire , pour distinguer les uns des autres : ainsi les miracles ne prouvent rien.

• Je sais bien que nos gens , ainsi pressés , reviennent à la doctrine : mais ils oublient bonnement que si la doctrine est établie, le miracle est superflu ; et que si elle ne l'est pas, elle ne peut rien prouver.

Ne prenez pas ici le change , je vous supplie ; et de ce que je n'ai pas regardé les miracles comme essentiels au christianisme , n'allez pas conclure que j'ai rejeté les miracles. Non, monsieur, je ne les ai rejetés ni ne les rejette : si j'ai dit des raisons pour en douter, je n'ai point dissimulé les raisons d'y croire.il y a une grande différence entre nier une chose et ne la pas affirmer, entre la rejeter et ne pas l'admettre ; et j'ai si peu décidé ce point, que je défie qu'on trouve un seul endroit dans tous mes écrits où je sois affirmatif contre les miracles.

Eh ! comment l'aurais -je été malgré mes propres doutes , puisque partout où je suis, quant à moi , le f>lu9 décidé, je n'affirme rien encore? Voyez, quelles affirmations peut (aire un homme qui parle ainsi dès sa, préface*:

« A legard de ce qu on appellera le parti systp- « matique, qui n'est autre chose ici que la marche de *la pâture, c'est là ce qui déroutera Je plus les lec^ « teurs ; c'est aussi par là qu'on m attaquera sans doute, * et pçut-êtren'a^ra-tTon pas tort. On .croira moins lire « un traité d'éducation que les rêveries d'un visionnaire « sur l'éducation. Qu'y faire? Ce n'est pas sur les idéçs « d'autrui que j'écris, c'est sur les miennes* Je ne vois « point comme les autres hon^mes ; il y a long-temps « qulou me l'a reproché. M^is dépend-il de moi de me « donner d'autres yeux , et de m'affecter d'autres idées? « Nw; il dépend de moi de ne point abonder dans amoA sens, de np point croire; être seul plus sage « qpe tout le<monde ; il dépend de moi , non de chan* « ger de sentiment, mais de me défier du mien : voilà «.touj ce que je puis.faire^ etce.que je fais. Que.sâje « prends quelquefois le ton afôrmatif , ce n'est point «pQur e& imposer au, lecteur,; c'est pour lui parler « Qoiqme je pense : pourquoi proposerqis-je par forme « 4^ dpute ce dont , quant à mqi , je ne doute pcwt? « Jp dis exactement ce qui se passe dans mon esprit.

« En exposant, avec liberté, mou sentiipaeqt, j'en- « te#ds si peu qu'il fasse autorité , que j'y joins tou^ « jours* m$&>r*is$ï»a , afm qu'on les pèse et qu on n^e « jugei Mais qu#i<Jue je ne veuille point m'obstin^r à

* Préface à' Emile, tome I, page 4*

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