‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 49 sur 159 · PARTIE I, LETTRR III · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRR III

« défendre mes idées , je ne me crois pas moins obligé « de les proposer ; car les maximes sur lesquelles je rfsuis d'un aVis> contraire à* celui des autres ne sont « point indifférentes : ce sont de celles dont la vérité «ou la fausseté importe à connoitre, et qui font lie « bonheur ou le malheur du genre humain. »

Un auteur qui ne sait lui-même s'il n'est point darfsf Terreur, qui craint que tout ce qu^il dit né soit un tissu de rêveries , qui , ne pouvant changer de sentiments, se défie du' sien , qui ne prend point le ton affirmatîf pour le donner, mais pour parler comme il jterise, qui, ne voulant point faire autorité , dit toujours ses raisons afin qu'on le juge , et qui même ne veut point s'obstiner à défendre ses idées ; un auteur qui parle ainsi à la tête de son livre , y veut-il prononcer des oraeles? veut-il donner des décisions? et, par cette déclaration préliminaire , ne met-il pas au nombre des doutes ses plus fortes assertions?

Et qu'on ne dise point que je manque à mes enga^ gements en m'obstinant à défendre ici mes idées ; ce seroit le comble de l'injustice. Ce ne sont point mes idées que je défends, c'est ma personne. Si Ton n'eût attaqué que tues livres, j'aurois constamment gardé le silence ; c'étoh'un point résolu. Depuis ma déclara-* tira , laite en 1 7 5 3 , m'a-t-on tu répondre à quelqu'un ; ou me taisois-je faute d agresseurs? Mais quand oU me" poursuit, quand on me décrète, quand on me désho-f aère pour avoir dit ce que je n^ai pas dit , il faut bien , pour me défendre , montrer que je*ne l'ai pas dit. Ce soart mes ennemis qui, malgré moi , me remettent la plume à» la main. Eh I qu'ilê me laissent en repos , et

j'y laisserai le public ; j'en donne de bon cœur ma

parole.

Ceci sert déjà de réponse à l'objection rétorsive que j'ai prévenue, de vouloir faire moi-même le réformateur en bravant les opinions de tout mon siècle ; car rien n'a moins l'air de bravade qu'un pareil langage, et oe n est pas assurément prendre un ton de prophète que de parier avec tant de circonspection. J'ai regardé comme un devoir de dire mon sentiment en choses importantes et utiles ; mais ai-je dit un mot, ai-je fait un pas pour le faire adopter à d'autres? quelqu'un at-ilvudansma conduite l'air d'un homme qui cherchoit à se faire des sectateurs?

En transcrivant l'écrit particulier qui fait tant d'imprévus zélateurs de la foi , j'avertis encore le lecteur qu'il doit se défier de mes jugements; que c'est à lui de voir s'il peut tirer de cet écrit quelques réflexions utiles ; que je ne lui propose ni le sentiment d autrui ni le mien pour règle , que je le lui présente à examiner.

t Et lorsque je reprends la parole , voici ce que j'ajoute encore à la fin : t

« J'ai transcrit cet écrit, non comme une règle des « sentiments qu'on doit suivre en matière de religion, « mais comme un exemple de la manière dont on peut a raisonner avec son élève pour ne point s'écarter de «la méthode que j'ai tâché d'établir. Tant qu'on ne « donne rien à l'autorité des hommes ni aux préjugés « des pays où Ton est né , les seules lumières de la rai- « son ne peuvent, dans l'institution de la nature, nous « mener plus loin que la religion naturelle, et c'est à

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