‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 50 sur 159 · PARTIE I, LETTRE III. 2^S · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III. 2^S

« quoi je me borne avec mon Emile. S'il eh doit avoir « une autre , je n'-ai plus en cela le droit d'être son « guide ; c'est à lui seul de la choisir. »

Quel est après cela l'homme assez impudent pour m oser taxer d'avoir nié les miracles, qui ne sont pas même niés dans cet écrit? je n'en ai pas parlé ailleurs 1 .

Quoi! parceque l'auteur d'un écrit publié par un autre y introduit un raisonneur qu'il désapprouve * , et qui, dans une dispute, rejette des miracles, il s'ensuit de là que non seulement l'auteur de cet écrit, mais l'éditeur , rejette aussi les miracles? Quel tissu de témérités! Qu'on se permette de telles présomptions dans la chaleur d'une querelle littéraire , cela est très blâmable et trop commun : mais le^ prendre pour des preuves dans les tribunaux , voilà une jurisprudence à foire trembler l'homme le plus juste et le plus ferme qui a le malheur de vivre sous de pareils magistrats

L'auteur de la Profession de foi fait des objections tant sur l'utilité que sur la réalité des miracles , mais ces objections ne sont point des négations. Voici làdessus ce qu'il dit de plus fort : « C'est l'ordre inajté- « rable de la nature qui montre le mieux l'Être su- «prême. S'il arrivoit beaucoup d'exceptions, je ne » saùrois plus qu'en penser ; et pour moi je crois trop « en Dieu pour croire à tant de miracles si peu dignes «de lui. »

' J'en ai parlé depuis dans ma Lettre à M. de Beaumont ; mais , outre qu'on n'a rien dit sur cette Lettre , ce n'est pa* sur ce qu'elle contient qu'on peut fonder les procédures faites avant qu'elle ak paru.

* Emile , tome II, pages 83 et suiv.

Or , je vous prie , qu'est-ce que ceU dit? Qu'une trop grande multitude de miracles les rendrait suspecte à Fauteur; qu'il n'admet point indistinctement toute sorte de miracles , et .que sa foi en Dieu lui fait rejeter tous ceux qui ne sont pas dignes de Dieu. Quoi «Jonc! celui qui n admet pas tous les miracles , rejette-t-il tous les miracles? et faut-il croire à tous ceux delà légende pour croire l'ascension de Christ?

Pour comble , loin que les douter contenus dans cette seconde partie de la Profession de foi puissent être pris pour des négations , les négations , au contraire , qu'elle peut contenir, ne doivent être prises que pour des doutes. C'est la déclaration de Fauteur en la commençant , sur les sentiments qu'il va combattre. Ne donnez , dit-il , à mes discours que/autorité de la raison, f ignore si je suis dans C erreur. Il est difficile , quand on discute , de ne pas prendre quelquefois le ton ajfirmatif; mais souvenez-vous quici toutes mes affirmations ne sont que des raisons de douter* Peut-on parler plus positivement?

Quant à moi, je vois des faits attestés dans les saintes Écritures : cela suffit pour arrêter sur ce point mon jugement. S'ils étoient ailleurs , je rejetterais ces faits , ou je leur ôterois le nom de miracles ; mais parcequ'ils sont dans l'Écriture r je ne les rejette point Je ne les admets pas non plus , parceque ma raison s'y refuse, et que ma décision sur cet article n'intéresse point mon salut. Nul chrétien judicieux ne peut croire que tout soit inspiré dans la Bible , jusqu'aux mots et aux erreurs. Ce qu'on doit croire inspiré est

* Emile, tome II, page 72.

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