‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 51 sur 159 · PARTIE I, LETTRE III. lt · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE III. lt

tout ce qui tient à nos devoirs; car pourquoi Dieu auroit-il inspiré le reste? Or , la doctrine des miracles n'y tient nullement; c'est ce que* je viens de prouver. Ainsi le sentiment qu'on peut avoir en cela n a nul trait au respect qu'on doit aux livres sacrés.

D'ailleurs, il e9t impossible aux hommes de s'assurer que quelque fait que ce puisse être est un miracle l ; cest encore ce que j'ai prouvé. Donc, en admettant tous les faits contenus dans la Bible , on peut rejeter les miracles sans impiété , et même sans inconséquence. Je n'ai pas été jusque-là.

Voilà comment vos messieurs tirent des miracles , qui ne sont pas certains, qui ne sont. pas nécessaires, ' qui ne prouvent rien, et que je n'ai pas rejetés, la preuve évidente que je renverse les fondements du christianisme, et que je ne suis pas chrétien.

L'ennui vous empêcheroit de me suivre si j'entrois dans le même détail sur les autres accusations qu'ils entassent pour tâcher de couvrir par le nombre l'injustice de chacune en particulier. Ils m'accusent, par exemple , de rejeter la prière. Voyez le livre , et vous trouverez une prière dans l'endroit même dont il s'agit. L'homme pieux qui parle 2 ne croit pas, il est

1 §i ces messieurs disent que cela est décidé dans l'Écriture, et qaè je dois reconnaître pour miracle ce qu'elle me donne pour tel, je réponds que c'est ce qui est en question, et j'ajoute que ce raisonnement de leur part est un cercle vicieux ; car, pui&quHIs veulent que le miracle serve de preuve à la révélation, ils ne doivent pas employer l'autorité de la révélation pour constater le miracle.

3 Un ministre de Genève , difficile assurément en christianisme-, dans les jugements qu'il porte du mien, affirme que j'ai dit , moi J. J. Rousseau, que je ne priois pas Dieu : il l'assure en tout autant

248 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, vrai, qu'il soit absolument nécessaire de demander à Dieu telle ou telle chose en particulier * ; il ne désapprouve point qu'on le fasse. Quant à moi , dit-il , je ne le fais pas, persuadé que Dieu est un bon père, qui sait mieux que ses enfants ce qui leur convient. Mais ne peut-on lui rendre aucun autre culte aussi digne de lui? Les hommages d'un cœur plein de zélé, les adorations , les louanges , la contemplation de sa grandeur, l'aveu de notre néant, la résignation à sa volonté , la soumission à ses lois , une vie pure et sainte , tout cela ne vaut-il pas bien des vœux intéressés et mercenaires? Près d'un Dieu juste , la meilleure ma- • nière de demander est de mériter d'obtenir. Les anges qui le louent autour de son trône , le prient-ils? Qu'auroient-ils à lui demander? Ce mot de prière est souvent

de termes, cinq ou six fois de suite, et toujours eu me nommant. Je veux porter respect à l'Église ; mais oserois-je lui demander où j*ai dit cela ? Il est permis à tout barbouilleur de papier de déraisonner et bavarder tant qu'il veut ; mais il n'est pas permis à un bon chrétien d'être un calomniateur public.

1 Quand vous prierez y dit Jésus, priez ainsi. Quand on prie avec es paroles , c'est bien fait de préférer celles-là ; mais je ne vois point ici l'ordre de prier avec des paroles. Une autre prière est préférable , c'est d'être disposé à tout ce que Dieu veut. Me voici, Seigneur, pour faire ta volonté. De toutes les formules, l'oraison dominicale est, sans contredit, ta plus parfaite ; mais ce qui est plus parfait encore est l'entière résignation aux volontés de Dieu. Non point ce que je veux, mais ce que tu veux. Que dis-je? c'est l'oraison dominicale elle-même. Elle est tout entière dans ces paroles : Que ta volonté soit faite. Toute autre prière est superflue, et ne fait que contrarier celle-là. Que celui qui pense ainsi se trompe, cela peut être. Mais celui qui publiquement l'accuse à cause de cela de détruire la morale chrétienne, et de n'être pas chrétien, est-il un fort bon chrétien lui-même ?

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