PARTIE I, LETTRE III. 25l
chez Jes ^financiers. Ses ditciples ne ' jeûnaient point , son austérité n'étoit point fâcheuse. Il étoit à-lafois indulgent et juste, doux aux foibles et terrible aux méchants. Sa morale avoit quelque chose d attrayant, de caressant, de tendre; il avoit le cœur sensible, il étoit homme de bonne société. Quand il n'eût pas été le plus sage des mortels , il en eût été le plus aimable.
Certains passages de saint Paul, outrés ou mal en* tendus , ont fait bien des fanatiques , et ces fanatiques ont souvent défiguré et déshonoré le christianisme. Si Ton s'en ftlt tenu à l'esprit du maître , cela ne seroit pas arrivé. Qu on m'accuse de n'être pas toujours de l'avis de saint Paul ; on peut me réduire à prouver que j'ai quelques raisons de n'en être pas; mais il ne s'ensuivra jamais de là que ce soit par dérision que je trouve l'Évapgile divin. Voilà pourtant comment rai* sonnent mes persécuteur^.
Pardon, monsieur; je vous excède avec ces longs détails , je le sens , et je les termine : je n'en ai déjà que trop dit pour ma défense , et je m'ennuie moimême de répondre toujours par des raisons à des accusations sans raison.
L'auteur se suppose coupable ; il compare la procédure à la loi.
Je vous ai fait voir , monsieur , que les imputations tiréçs de mes livres en preuve que j'attaquois la reli-
252 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, gion établie par les lois étoient fausses : c est cependant sur ces imputations que j'ai été jugé coupable, et traité comme tel. Supposons maintenant que je le fusse en effet , et voyons en cet état la punition qui m'étoitdue.
Ainsi que la vertu le vice a ses degrés.
Pour être coupable d'un crime, on ne Test pas de tous. La justice consistée mesurer exactement la peine à la faute; et l'extrême justice elle-même est une injure, lorsqu'elle n'a nul égard aux considérations raisonnables qui doivent tempérer la rigueur de la loi.
Le délit supposé réel , il nous reste à chercher quelle est sa nature, et quelle procédure est prescrite en pareil cas par vos lois.
Si j'ai violé mon serment de bourgeois, comme on m'en accuse, j'ai commis un crime d'état, et la connoissance de ce crime appartient directement au Conseil ; cela est incontestable.
Mais si tout mon crime consiste en erreur sur la doctrine, cette erreur fut-elle même une impiété , c'est autre chose. Selon vos édits , il appartient à un autre tribunal d'en connoltre en premier ressort.
Et quand même mon crime seroit un crime d'état, si, pour le déclarer tel, il faut préalablement une décision sur la doctrine , ce n'est pas au Conseil de la donner. C'est bien à lui de punir le crime , mais non pas de le constater. Cela est formel par vos édits, comme nous verrons ci-après.
Il s'agit d'abord de savoir si j'ai violé mon serment de bourgeois , c'est-à-dire le serment qu'ont prêté mes