‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 54 sur 159 · PARTIE I, LETTRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE IV

ancêtres quand ils ont été admis à la bourgeoisie ; car pour moi, n'ayant pas habité la ville, et n'ayant fait aucune fonction de citoyen, je n'en ai point prêté le serment. Mais passons.

Dans la formule de ce serment, il n'y a que deux articles qui puissent regarder mon délit. On promet, par le premier, de vivre selon la réformation du saint Evangile; et par le dernier , de ne faire , ne souffrir aucunes pratiques , machinations ou entreprises contre la information du saint Évangile.

Or, loin d'enfreindre le premier article , je my suis conformé avec une fidélité et même une hardiesse qui ont peu d'exemples , professant hautement ma religion chez- les catholiques, quoique j'eusse autrefois vécu dans la leur; et l'on ne peut alléguer cet écart de mon enfance comme une infraction au serment, surtout depuis ma réunion authentique à votre Église en 1 7 5 4 * et mon rétablissement dans mes droits de bourgeoisie, notoire à tout Genève, et dont j'ai d'ailleurs des preuves positives.

On ne sauroit dire, non plus, que j'ai enfreint ce premier article par les livres condamnés , puisque je n'ai point cessé de m'y déclarer protestant. D'ailleurs, auin chose est la conduite, autre chose sont les écrits. Viv^e^elon la réformation, c'est professer la réformation , quoiqu'on se puisse écarter par erreur de sa doctrine dans de blâmables écrits, ou commettre d'autres péchés qui offensent Dieu, mais qui, par le seul fait , me retranchent pas le délinquant de l'Église. Cette distinction , quand on pourroit la disputer en général est ici dans le serment même , puisqu'on y sépare

254 LETTRB8 ÉCRITES DE LA MONTAGNE, en deux articles ce qui n'en pourrait faire qu'un, si la profession de la religion étoit incompatible avec toute entreprise Contre la religion. On y jure, par le premier, de vivre selon la réformatioa, et Ton y jure-, par le dernier, de ne rien entreprendre contre la réformation. Ces deux articles sont très* distincts, et même séparés par beaucoup d autres. Dans le sens du législateur, ces deux choses sont donc séparables: donc, quand j aurais violé ce dernier article, il, ne s'ensuit pas que j'aie violé le premier.

Mais ai-je violé ce dernier article?

Voici comment Fauteur des Lettres écrites de la campagne établit l'affirmative, page 3o : '

« Le serment desi>ourgeois leur impose l'obligation «de ne faire, ne souffrir être faites aucunes pratiques > «machinations ou entreprises contre la sainte réforma* « tion évangëlique. Il semble que c'est un peu* l pnati* «quer et machiner contre elle, que de chercher à « prouver dans deux livres si séduisants, que le pur « Évangile est absurde en lui-même et pernicieux à la « société. Le Conseil étoit donc obligé de jeter unre- «gard sur celui que tant de présomptions si véhé- « n^entes accusoient de. cette entreprise. »

Voyez d'abord *que ces; messieurs sont agréables 1 Il leur semble entrevoir de loin un peu de. pratiquent de machination : sur ce petit semblant. éloigné d'une petite manœuvre, ils jettent un regard (sur celui qu'ils

1 Cet un peu> si plaisant et si différent du ton grave et décent du reste des Lettres, ayant été retranché dans la seconde édition, je m'abstiens d'aller en quête de la griffe à qui ce petit bout, non d'oreille , mais Jongle , appartient.

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