‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 61 sur 159 · PARTIE I, LETTRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE IV

dans le cas supposé du délit, en s'absteriantd'en connoltre/

Quelqu'un a eu raison de dire (juiljhlloit brûler IÉvangile ou les livres de M. Rousseau.

La commode méthode que suivent toujours ces messieurs contre moi! S'il leur faut des preuves , ils multiplient les assertions ; et s'il leur faut dés témoignages, ils font parler des quidams.

La sentence de celui-ci n'a qu un sens qui ne soit pas extravagant, et ce sens est un blasphème.

Car quel blasphème n'est-ce pas dé supposer l'Évangile et le recueil de mes livres si semblables darts leurs maximes qu'ils se suppléent mutuellement, et qu'on en puisse indifféremment brûler un comme superflu , pourvu que l'on conserve l'autre ! Sans doute , j'ai suivi du plus près que j'ai pu la doctrine de FÉvan^le; je l'ai aimée, je l'ai adoptée, étendue, expliquée, sans m'arrête r aux^obscurités, aux difficultés , aux mystères , sans me détourner de l'essentiel : je m'y suis attaché avec tout le zélé de mon cœur; je me suis indigné , récrié de voir cette sainte doctrine ainsi profanée, avilie, par nos prétendus chrétiens, et surtout par ceux qui font profession de nous en instruire. J'ose même croire, et je m'en vante, qu'aucun d'eux ne parla plus dignement que moi du vrai christianisme et de son auteur. J'ai là-dessus le témoignage, l'applaudissement même de mes adversaires , non de ceux de Genève , à la vérité , mais de ceux dont la haine n'est point une rage , et à qui la passion n'a point ôté tout sentiment d'équité. Voilà ce qui est vrai; voilà ce que prouvent et ma Réponse au roi de Pologne, et ma Lettre

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à M. iTAlembert, et YHéloïse^ et Y Emile y et tous mes écrits , qui respirent le même amour pour l'Évangile , la même vénération pour Jésus-€hrist. Mais qu'il s'ensuive de là qu'en rien je puisse approcher de mon maître, et que mes livres puissent suppléer à ses leçons, c'est ce qui est faux, absurde, abominable; je déteste ce blasphème, et désavoue cette témérité. Rien ne peut se comparer à l'Évangile; mais sa sublime simplicité n'est pas également à la portée de tout le monde. Il faut quelquefois, pour l'y mettre, l'exposer sous bien des jours. II faut conserver délivre sacré comme la régie du maître, et ies miens coipme les commentaires de l'écolier.

J'ai traité jusqu'ici la question d'une manière un peu générale; rapprochons-la maintenant des faits, par le parallèle des procédures de 1 563 et de 1 76a , et des raisons qu'on donne de leurs différences. Gomme c'est ici ie point décisif par rapport à moi , je ne puis, sans négliger ma cause, vous épargner ces détails, peut-être ingrats en eux-mêmes , mais intéressants, à bien des égards , pour vous et pour vos concitoyens. C'est une autre discussion , qui ne peut-être interrompue , et qui tiendra seule une longue lettre. Maïs, monsieur, -encore un peu de courage; ce sera ta dernière de cette espèce dans laquelle je vous^ntretieadraidemoi.

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