PARTIE I, LETTRE V
être distinguées sous l'autorité commune du législateur, si Tune peut empiéter à son gré sur celle de l'autre? S'il n'y a pas là de la contradiction , je n'en saurois voir nulle part.
A l'article lxxxviii , qui prescrit expressément l'ordre de procédure qu'on doit observer contre ceux qui dogmatisent, j'en joins un autre qui n'est pas moins important,, c'est l'article lui, au titre du catéchisme, où il est ordonné que ceux qui contreviendront au bon ordre, après avoir été remontrés suffisamment, s'ils persistent, soient appelés au consistoire ; et si lors ils ne veulent obtempérer aux remontrances qui leur seront faites, quil en soit fait rapport à la seigneurie.
De quel bon ordre est-il parlé là? Le titre le dit: c'est du bon ordre en matière de doctrine , puisqu'il ne s'agit que du catéchisme , qui en est le sommaire.
D'ailleurs , le maintien du bon ordre en général paraît bien plus appartenir au magistrat qu'au tribunal ecclésiastique. Cependant voyez quelle gradation ! Premièrement il faut remontrer: si lecoupablepersiste , il faut fappeler au consistoire; enfin , s'il ne veut obtempérer , il faut foire rapport à la seigneurie. En toute matière de foi, le dernier -ressort £st toujours attribué aux Conseils ; telle est la loi , telles sont toutes vos lois. J'attends de voir quelque article, quelque passage dans vos édits, en vertu duquel le petit Conseil s'attribue aussi le premier ressort, et puisse faire tout d'un coup d'un pareil délit le sujet d'une procédure criminelle.
Cette marche n'est pas seulement contraire à la loi ; elle est contraire à l'équité , au bon sens , à l'usage
universel. Dans tous les pays du monde , la régie veut qu'en ce qui concerne une science ou un art , on prenne, avant que de prononcer, le jugement des professeurs dans cette science, ou des experts en cet art : pourquoi, dans la plus obscure, dans la plus difficile de toutes les sciences ; pourquoi , lorsqu'il s'agit de l'honneur et de la liberté d'un homme, d'un citoyen, les magistrats négligeroient-ils les précautions qu'ils prennent dans l'art le plus mécanique au sujet du plus vil intérêt?
Encore une fois , à tant d'autorités , à tant de raisons qui prouvent l'illégalité et l'irrégularité d'une telle procédure, quelle loi, quel édit oppose-t-on pour kt justifier? Le seul passage qu'ait pu citer l'auteur des Lettres est celui-ci , dont encore il transpose les termes pour en altérer l'esprit :
Que toutes les remontrantes ecclésiastiques se fassent en telle sorte , que par le consistoire ne soit en rien dérogé à l'autorité de la seigneurie ni de la justice ordinaire; mais que la puissance civile demeure en son entier ».
Or voici la conséquence qu'il en tire : « Cette ordon- « nance ne suppose donc point , comme on le fait daçs « les représentations , que les ministres de l'Évangile « soient, dans ces matières, des juges plus naturels « que les Conseils. » Commençons d'abord par remettre le mot Conseil au singulier , et pour cause.
Mais où est-ce que les représentants ont supposé que les ministres de l'Évangile fussent, dans ces matières , des juges plus naturels que le Conseil * ?
1 Ordonnances ecclésiastiques, art. xcvii.
■ L'examen et la discussion de cette matièie , disent-ils page 4 3 ?