‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 67 sur 159 · PARTIE I, LETTRE V · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE V

Selon Fédit, le consistoire et le Conseil sont juges naturels chacun dans sa partie , l'un de la doctrine , et l'autre du délit. Ainsi la puissance civile et l'ecclésiastique restent chacune en son entier sous l'autorité commune du souverain : et que signifierait ici ce mot même de puissance civile, s'il n'y avoit une autre puissance sous-entendue? Pour moi, je ne vois rien dans ce passage qui change le sens naturel de ceux que j'ai cités. Et bien loin de là, les lignes qui suivent les confirment, en déterminant l'état où le consistoire doit avoir mis la procédure , avant qu'elle soit portée au Conseil. C'est précisément la conclusion contraire à celle que l'auteur -en voudrait tirer.

Mais voyez comment, n'osant attaquer l'ordonnance par les termes , il l'attaque parles conséquences.

«L'ordonnance a-i-elle voulu lier les mains à la « puissance civile , et l'obliger à ne réprimer aucun « délit contre la religion qu'après que le consistoire « en aurait connu? Si cela étoit ainsi , il en résulterait « qu'on pourroit impunément écrire contre la reli- « gion ; car , en faisant semblant de se ranger , l'accusé «pourroit toujours échapper, et celui qui aurait dif-

appartiemnent mieux aux ministres de l'Évangile quau magnifique Conseil. Quelle est la matière dont il s'agit dans ce passage ? c'est la question si, sous l'apparence des doutes, j'ai rassemblé dans mon livre tout ce qui peut tendre à saper, ébranler et détruire les principaux fondements de la religion chrétienne. L'auteur des Lettres part de là pour faire dire aux représentants que, dans ces matières, les ministres sont des juges plus naturels que les Conseils. Us sont sans contredit des juges plus naturels de la question de théologie, mais non pas de la peine due au délit, et c'est aussi ce que les représentants n'ont ni dit ni fait entendre.

« famé la religion par toute la terre , devroit être sup-

« porté sans diffame au moyen d'tfn repentir simulé »

(pagei4).

G est donc pour éviter ce malheur affreux , cette impunité scandaleuse, que Fauteur ne veut pas qu'on suive la loi 'à la lettre. Toutefois, seize pages après, le même auteur vous parle ainsi :

« La politique et la philosophie pourront soutenir « cette liberté de tout écrire ; mais nos lois Font ré- « prouvée : or il s'agit de savoir si le jugement du « Conseil contre les ouvrages de M. Rousseau et le dé- « cret contre sa personne sont contraires à nos lois , « et non de savoir s'ils sont conformes à la philosophie « et à la politique » ( page 3o ).

Ailleurs encore cet auteur, convenant que la flétrissure d'un livre n'en détruit pas les arguments , et peut même leur donner une publicité plus grande , ajoute : « A cet égard , je retrouve assez mes maximes dans « celles des représentations. Mais ces maximes ne sont « pas celles de nos lois » (page 22 ).

En resserrant et liant tous ces passages , je leur trouve à peu près le sens qui suit ;

Quoique la philosophie, la politique et la raison , paissent soutenir la liberté de tout écrire, on doit, dans notre état , punir cette liberté, parceque nos lois la réprouvent. Mais il ne faut pourtant pas suivre nos lois à la lettre, parcequ alors on ne puniroit pas cette liberté.

A parler vrai, j'entrevois là je ne sais quel galimatias qui me choque ; et pourtant Fauteur me paroît homme d'esprit : ainsi , dans ce résumé , je penche à croire que je me trompe, sans qu'il me soit possible

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