‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 72 sur 159 · PARTIE I, LETTRE V · texte numérisé non relu

PARTIE I, LETTRE V

1 exhorter à réparer le mal qu'il a fait, à donner une rétractation publique, à la donner librement afin qa'elle fasse son effet, et à la motiver si bien que ses derniers sentiments ramènent ceux qu'ont égarés les premiers. Si, loin de se ranger, il s obstine, alors seulement on doit sévir contre lui. Telle est certainement la marche pour aller au bien de la chose ; tel est le but de la loi; tel sera celui d'un sage gouvernement , qui doit bien moins se proposer de punir Fauteur que £ empêcher T effet de F ouvrage (page 25).

Gomment ne le seroit-ce pas pour Fauteur d'un livre, puisque l'ordonnance, qui suit en tout les voies convenables à l'esprit du christianisme, ne veut pas même qu'on arrête le dogmatiseur, avant d'avoir épuisé tous les moyens possibles pour le ramener au devoir? Elle aime mieux courir les risques du mal qu'il peut continuer de faire, que de manquer à la charité. Cherchez , de grâce , comment de Gela seul on peut conclure que la même ordonnance veut qu'on débute contre l'auteur par un décret de prise de corps. - Cependant l'auteur des Lettres , après avoir déclaré qu'il retrouvoit assez ses maximes sur cet article dans celles des représentants, ajoute, Mais ces maximes ne sont pas celles de nos lois; et un moment après il ajoute encore que ceux qui inclinent à une pleine tolérance pourroient tout au plus critiquer le Conseil de n avoir pas , dans ce cas, fait taire une loi dont t exercice nejeurparoît pas convenable (page 23). Cette conclusion doit surprendre , après tant d'efforts pour prouver que la seule loi qui paroît s'appliquer à mon délit ne s'y applique pas nécessairement. Ce qu'on reproche au Conseil

n est point de n avoir pas fait taire une loi qui existe ,

c'est d'en avoir fait parler une qui n'existe pas.

La logique employée ici par l'auteur me paroît toujours nouvelle. Qu'en pensez-vous, monsieur? connoiesez-vous beaucoup d'arguments dans la forme de celui-ci?

La loi farce le Conseil à sévir contre [auteur du livre.

Et où est-elle cette loi qui force le Conseil à sévir contre l'auteur du livre?

EHe n existe pas , à la vérité; mais il en existe une autre qui 9 ordonnant de traiter avec douceur celui qui dogmatise, ordonne par conséquent de traiter avec rigueur F auteur dont elle ne parle point.

Ce raisonnement devient bien plus étrange encore pour qui sait que ce fut comme auteur et non comme dogmatiseur que Morelli fut poursuivi : il avoit aussi fait un livre , et ce fut pour ce livre seul qu'il fat accusé. Le corps du délit, selon la maxime de notre auteur, étoit dans le livre même; l'auteur n'a voit pas besoin d'être entendu; cependant il le fut; et non seulement on l'entendit, mais on l'attendit: on suivit de point en point toute la procédure prescrite par ce même article de l'ordonnance qu'on nous dit ne regarder ni les livres ni les auteurs. On ne brûla même le livre qu'après la retraite de l'auteur; jamais il ne fut décrété; Ion ne parla pas du bourreau '; enfin tout

1 Ajoutez la circonspection du magistrat dans toute cette, affaire, sa marche lente et graduelle dans lu procédure, le rapport du consistoire, l'appareil du jugement. Les syndics montent sur leur tribunal public , ils Invoquent le iïom de Dieu , ils ont sous leurs yeux la sainte Écriture; après un* mûre délibération, après aroir pris

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