PARTIE I, LETTRE VI
ferme d autres , toutes sortes d'engagements ne sont pas valides, même devant les tribunaux humains. Ainsi , pour déterminer celui-ci , Ton doit en expliquer la nature , on doit en trouver l'usage et la fin , on doit prouver qu'il est convenable à des hommes , et qu'il n'a rien de contraire aux lois naturelles : car il n'est pas plus permis d'enfreindre les lois naturelles par le contrat social qu'il n'est permis d'enfreindre les lois positives par les contrats des particuliers; et ce n'est que par ces lois mêmes qu'existe la liberté qui donne force à l'engagement.
J'ai, pour résultat de cet examen, que rétablissement du contrat social est un pacte d'une espèce particulière, par lequel chacun s'engage envers tous; d'où s'ensuit l'engagement réciproque de tous envers chacun , qui est l'objet immédiat de l'union.
Je dis que cet engagement est d'une espèce particulière, en ce qu'étant absolu, sans condition, sans réserve , il ne peut toutefois être injuste ni susceptible d'abus , puisqu'il n'est pas possible que le corps se veuille nuire à lui-même , tant que le tout ne veut que pour tous.
Il est encore d'une espèce particulière, en ce qu'il lie les contractants sans les assujettir à personne ; et qu'en leur donnant leur seule volonté pour règle, il les laisse aussi libres qu'auparavant.
La volonté de tous est donc l'ordre , la règle suprême ;' et cette règle générale et personnifiée est ce que j'appelle le souverain.
Il suit de là que la souveraineté est indivisible,
inaliénable , et qu'elle réside essentiellement dans tous les membres du corps.
Mais comment agit cet être abstrait et collectif? Il agit par des lois , et il ne sauroit agir autrement.
Et qu'est-ce qu'une loi? C'est une déclaration publique et solennelle de la volonté générale sur un objet d'intérêt commun.
Je dis sur un objet d'intérêt commun , parceque la loi perdroit sa force, et cesseroit d'être légitime, si l'objet n'en importoit à tous.
La loi ne peut par sa nature avoir un objet particulier et individuel : mais l'application de la loi tombe sur des objets particuliers et individuels.
Le pouvoir législatif, qui est le souverain , a donc besoin d'un autre pouvoir qui exécute, c'est-à-dire qui réduise la loi en actes particuliers. Ce second pouvoir doit être établi de manière qu'il exécute toujours la loi, et qu'il n'exécute jamais que la loi. Ici vient l'institution du gouvernement.
Qu'est-ce que le gourvernement? C'est un corps intermédiaire établi entre les sujets et le souverain pour leur mutuelle correspondance, chargé de l'exécution des lois et du maintien de la liberté tant civile que politique.
Le gouvernement, comme partie intégrante du corps politique, participe à la volonté générale qui le constitue ; comme corps lui-même , il a sa volonté propre. Ces deux volontés quelquefois s'accordent, et quelquefois se combattent. C'est de l'effet combiné de ce concours et de ce conflit que résulte le jeu de toute la machine.