PARTIE I, LETTRE VI
lie principe qui constitue les diverses formes du gouvernement consiste dans le nombre des membres qui le composent. Plus ce nombre est petit, plus le gouvernement a de force; plus le nombre et grand , plus le gouvernement est foible; et comme la souveraineté tend toujours au relâchement, le gouvernement tend toujours à se renforcer, Ainsi le corps exécutif doit l'emporter à la longue sur le corps législatif; et quand la loi est enfin soumise aux hommes, il ne reste que des esclaves et des maîtres; l'état est détruit.
Avant cette destruction , le gouvernement doit , par son progrès naturel, changer de forme et passer par degrés du grand nombre au moindre.
Les diverses formes dont le gouvernement est susceptible se réduisent à trois principales. Après les avoir comparées par leurs avantages et par leurs inconvénients , je donne la préférence à celle qui est intermédaire entre les deux extrêmes, et qui porte le nom d 'aristocratie. Qa doit se souvenir ici que la constitution de letat et celle du gouvernement sont deux choses très distinctes , et que je ne les ai pas confond dues. Le meilleur des gouvernemeats est l'aristocratique ; la pire des souverainetés est l'aristocratique.
Ces discussions en amènent d'autres sur la manière dont le gouvernement dégénère , et sur les moyens de retarder la destruction du corps politique.
Enfin , dans le dernier livre , j'examine , par voie de comparaison avec le meilleur gouvernement qui ait existé , savoir celui de Rome , la police la plus favorable à la bonne constitution de l'état ; puis je termine
3 28 LETTRES ÉCRITES DE LA MONTAGNE, ce livre et tout l'ouvragé par des recherches sur la manière dont la religion peut et doit entrer comme partie constitutive dans la composition du corps politique.
Que pensiez-vous , 'monsieur , en lisant cette analyse courte et fidèle de mon livre? Je le devine. Vous disiez en vous-même: Voilà l'histoire du gouvernement de Genève. C'est ce qu'ont dit à la lecture du même ouvrage tous ceux qui connoissent votre constitution.
Et en effet , ce contrat primitif, cette essence de la souveraineté, cet empire des lois, cette institution du gouvernement , cette manière de le resserrer à divers degrés pour compenser l'autorité par la force , cette tendance à l'usurpation , ces assemblées périodiques, cette adresse à les ôter, cette destruction prochaine, enfin, qui vous menace et que je voulois prévenir, n'est-ce pas trait pour trait l'image de votre république , depuis sa naissance jusqu'à ce jour?
J'ai donc pris votre constitution , que je trouvois belle , pour modèle des institutions politiques ; et vous proposant en exemple à l'Europe , loin de chercher à vous détruire, j'exposois les moyens de vous conserver. Cette constitution , toute bonne qu'elle est , n'est pas sans défaut; on pouvoit prévenir les altérations qu'elle a souffertes , la garantir du danger qu'elle court aujourd'hui. J'ai prévu ce danger, je l'ai fait entendre, j'indiquois des préservatifs: étoit-ce la vouloir détruire que de montrer ce qu'il falloit faire pour la maintenir? C'étoit par mon attachement pour elle que j'aurois voulu que rien ne pût l'altérer. Voilà, tout mon crime: javois tort peut-être; mais si l'amour delà