‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 96 sur 159 · PARTIE II, LETTRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE II, LETTRE VII

torité. Dans le jugement public des criminels ils jurent encore seuls devant le peuple , en se levant ' et haussant leurs bâtons, d'avoir fait droit jugehient, sans haine ni faveur, priant Dieu de les punir s ils ont fait au contraire. Et jadis les sentences criminelles se rendoient en leur nom seul , sans qu'il fût fait mention d autre Conseil que de celui des citoyens, comme on le voit par la sentence de Morelli , ci-devant transcrite , et par celle de Valentin Gentil , rapportée dans les Opuscules de Calvin.

Or vous sentez» bien que cette puissance exclusive, ainsi reçue immédiatement du peuple , gêne beaucoup les prétentions du Conseil. Il est donc naturel que, pour se délivrer de cette dépendance , il tâche d'affoiblir peu-à-peu l'autorité des syndics , de fondre dans le Conseil la juridiction qu'ils ont reçue , et de transmettre insensiblement à ce corps permanent , dont le peuple n'élit point les membres , le pouvoir grand , mais passager, des magistrats qu'il élit. Les syndics eux-mêmes, loin de s'opposer à ce changement, doivent aussi le favoriser, parcequ'ils sont syndics seulement tous les quatre ans , et qu'ils peuvent même ne pas l'être ; au lieu que , quoi qu'il arrive , ils sont conseillers toute leur vie, le grabéau n'étant plus qu'un vain cérémonial 2 .

choix ne marque- t-il pas ou par qui l'autorité est conférée, ou k qui Ton doit compte de l'usage qu'on en fait ? A quels hommes d'état avons-nous à faire, s'il faut leur dire ces choses-là? Les ignorent-ils, ou s'ils feignent de les ignorer?

' Le Cdhseil est présent aussi ; mais ses membres ne jurent point, et demeurent assis.

a Dans la première institution, les quatre syndics nouvellement

•Cela gagné, l'élection des syndics deviendra de même une cérémonie tout aussi vaine que Test déjà la tenue des Conseils généraux ; et le petit Conseil verra fort paisiblement les exclusions ou préférences que le peuple peut donner pour le syndicat à ses membres, lorsque tout cria ne décidera plus de rien.

Il a d abord , pour parvenir à cette fin , un grand moyen dont le peuple ne peut connoître ; c'est la police intérieure du Conseil , dont , quoique réglée par les édits , il peut diriger la forme à son gré ", n ayant aucun surveillant qui l'en empêche; car, quant au procureur-général , on doit en ceci le compter pour

«Élus et les quatre anciens syndics rejetoient tous les ans huit membres des seize restants du petit ^Conseil, et en propûsoient huit aoinreaux, lesquels passoient ensuite aux suffrages àeà Deux-cents pour être admis ou rejetés. Mais insensiblement on ne rejeta des vieux conseillers que ceux dont la conduite avoit donné prise au blâme; et lorsqu'ils avoient commis quelque faute grave, on n'attendcit pas les élections pour les punir, mais on les mettoit d'abord en prison , et on leur faisoit leur procès comme au dernier particulier. Par cette régie d'anticiper le châtiment , et de le rendre sévère, les conseillers restés étant tous irréprochables ne donnoient aucune prise à l'exclusion ; ce qui changea cet usage en la formalité cérémonieuse et vaine qui porte aujourd'hui le nom de grabeau. Acbntrable effet des gouvernements libres , où les usurpations mêmes ne peuvent s'établir qu'à l'appui de la vertu !

Au reste , le droit réciproque des deux Conseils empêcheroit seul aucun des deux d'oser s'en servir sur l'autre, sinon de concert avec lui, de peur de s'exposer aux représailles. Le grabeau ne sert proprement qu'à les tenir bien unis contre la bourgeoisie , et à faire sauter l'un par l'autre les membres qui n auroient pas l'esprit do corps.

' Cest ainsi que, dès l'année i655, le petit Conseil et le Deuxcents établirent dans leurs corps la ballotte et les billets contre l'édit.

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