‹ Œuvres de J.J. RousseauChapitre 98 sur 159 · PARTIE H, LETTRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE H, LETTRE VII

acuités insurmontables où rien n'est plus aisé que de lever ces difficultés. Après cette explication j'entre en matière sans scrupule, bien persuadé que je parle à un homme trop équitable pour me prêter un dessein tout contraire au mien.

Je sens bien que si je m'adressois apx étrangers, il conviendrait, pour me faire entendre, de commencer par un tableau de votre constitution; mais ce tableau se trouve déjà tracé suffisamment pour eux dans l'article Genève de M, d'Alembert*; et un exposé plus détaillé seroit superflu pour vous , qui connoissez vos lois politiques mieux que moi-même, ou qui du moins en avez vu le jeu de plus près. Je me borne donc à parcourir les articles du règlement qui tiennent à la question présente, et qui peuvent le mieux en fournir la solution*

Dès le premier je vois votre gouvernement composé de cinq ordres subordonnés , mais indépendants ; c'est-à-dire existants nécessairement, dont aucun ne peut donner atteinte aux droits et attributs d'un autre ; et, dans ces cinq ordres, je vois compris le Conseil général. Dès-là je vois dans chacun des cinq une portion particulière du gouvernement; mais je n'y vois point la puissance constitutive qui les établit, qui les lie , et de laquelle ils dépendent tous : je n'y vois point le souverain. Or dans tout état politique il faut une puissance suprême , un centre où tout se

* Ce tableau n'est rien moins que suffisant, et c'est ce qui nous a décidés à y suppléer par un tableau plus complet mis en tête du présent ouvrage. (Note de M. P...., éditeur de l'édition publiée par M. Lefèvre. )

35o LETTRE» ÉCRITES DE LÀ MONTAGNE.

rapporte; un principe d'où tout dérive , un souverain qui puisse tout/

Figurez-vous, monsieur, que quelqu'un, vous rendant compte de la constitution de l'Angleterre, vous parle ainsi : « Le gouvernement de la Grande-Breta- « gne est composé de quatre ordres dont aucun ne « peut attenter aux droits et attributions des autres; « savoir, le roi, la chambre haute, la chambre basse, « «t le parlement. » Ne diriez-vous pas à l'instant : Vous vous trompes , il n'y a que trois ordres? Le parlement, qui, lorsque le roi y siège, les comprend tous , n'en est pas un quatrième : il est le tout; il est le pouvoir unique et suprême , duquel chacun tire son existence et ses droits. Revêtu de l'autorité législative, il peut changer même la loi fondamentale en vertu de laquelle chacun de ces ordres existe ; il le peut, et, de plus, il l'a (ait. %

Cette réponse est juste ; l'application en est claire: et cependant il y a encore cette différence , que le parlement d'Angleterre n'est souverain qu'en vertu de la loi , et seulement par attribution et députatkm ; au lieu que le Conseil général de Genève n'est établi ni député de personne; il est souverain de son propre chef; il est la loi vivante et fondamentale qui donne vie et force à tout le reste , et qui ne connoît d'autres droits que les siens. Le Conseil général n'est pas un ordre dans l'état , il est l'état même. L'article second porte que les syndics ne pourront être pris que dans le Conseil des Vingt-cinq. Or les syndics sont des magistrats annuels que le peuple élit et choisit, non seulement pour être ses juges, mais pour être ses proteo

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