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que la vérité passe pour orgueil, la dissimulation ou le mensonge pour modestie*. »
En 1631 y Balzac fit, pour ainsi dire, un appel sérieux au jugement du public, et mit au jour le Pbince, livre d*une mâle éloquence, où les vérités de Tordre le plus élevé se produisent sous une forme toujours brillante et souvent originale. Cet ouvrage , Tun des premiers monuments de la prose française, mais qui avait le tort grave d'être un long panégyrique du roi , n'eut qu'un faible succès. Faut-il s'en prendre uniquement à l'insuffisance du héros, dont la figure réelle ne répondait que bien imparfaitement à la beauté du portrait et à la richesse du cadre? N'est-il pas juste aussi d'en accuser un peu la malignité humaine? L'homme est si prompt d'ordinaire à se dégoûter de la louange dont il n'est pas l'objet î Assurément, l'immense talent qui n'a pas suffi à faire vivre un panégyrique eût défrayé, et par surcroît, l'immortalité d'un pamphlet. 11 y eut encore une circonstance défavorable au Prince. Sa publication coïncidait avec l'époque où la dernière évasion de la reine Marie de Médicis l'exilait de la Franciî, qu'elle ne devait plus revoir. Richelieu la poursuivait d«^ sa haine, et l'écrivain, autrefois compagnon du voyage. d'Amadis, adressait au Cardinal une lettre de félicitation , imprim.ée à la suite du Prince. Cette lettre, qui offensait les partisans de la princesse exilée, et déplut en même temps au Cardinal, valut à l'auteur vne violente censure de la part de l'abbé de Saint-Germain, Mathieu de Morgues, cet infatigable avocat de la reine mère **.
Dès lors, sachant à quoi s'en tenir sur les promesses de la faveur et les illusions de la célébrité, Balzac dut se bonier à l'estime d'un public d'éKte et aux magnifiques bagatelles d'historiographe de France et de conseiller d'Étaf, vains titres qu'accompagnait une pension qui lui fut toujours fort mal payée ***. lise retira dans sapro-
' Vie de Des Cartei, par Baillet, in-4% l. !•% p. 141 et 142. La Lettre <1e Dcscarti'R est de 1627.
'* Mathieu de Morgues, né dans le Velay vers lâ88, prédicateur ordinaire de la reine Marguerite de Valois, et ensuite du roi Louis XIll ; il s'attacha à la fortune de Marie de Médicis, et la suivit dans son exil. Revenu à Paris après la mort de Richelieu, il mourut dans la maison des Incurables en 1670.
*** Ce qui lui faisait dire à madame de Villesavin au sujet des trésoriers ou payeurs : a Vous changerez leurs demain menteurs en de véritables aujourd'huy. » (4 février 1639.)
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vince, aux bords de la Oharente, non plus avec résignatiûn, mais avec joie. Il lui avait tant coûté, à son dernier Toyage, s'il faut Fan croire, « de quitter la compa^ie de ses arbres et de s'esloigner de cette agréable sontude que sa bonne fortune luy avoit donnée dés avant sa
naissance Pays à souhaiter et à peindre, disait>il dans une lettre
charmante *, que j*ay choisi pour vacquer à mes chères occupatimis, et passer les plus douces heures de ma vie. L'eau et les ari)res ne le laissent jamais manquer de frais et de vert. Les cygnes qui couvroient autrefois toute la rivière, se sont retirez en ce lieu de seureté, et vivent dans vn canal qui fait resver les plus grands parleurs, et aux bordfe duquel je suis tousjours heureux, soit que je sois joyeux, soit que je sois triste. Pour peu que je m'y arreste, il me semble que je retourne eh ma première innocence. Mes désirs , mes craintes et mes espérances cessent tout à coup; tous les mouvemens de mon ame se relaschent, et je n'ay point de passions, ou, si j'en ay, je les gouverne comme des bestes apprivoisées. »
Ce fiit dans cette chère retraite qu'il passa le reste de ses jours. Après avoir rêvé tine haute fortune, et songé un moment aux redoutables honneurs de l'épiscopat, il avait réduit toute son ambition à la pratique des devoirs du chrétien. Il vivait d'ailleurs auprès des siens**, aussi heureux qu'un homme peut l'être en ce monde quand la santé lui manque ***, et qu'un ceHainmal du génie le possède****. 11 savait
* Lettre à M. de la Motte-Aigron.
** Son père et sa mère qui ne le précédèrent dans la tombe que de bien peu de temps, l'un étant mort en octobre 1650, et l'autre en avril 1653. {Lettres à Con^ rartj liv. ï, lettre xxiv, et liv. IV, lettre xin). Sa sœur et sa nièce, madame et madenunaeUe du Campagnol, habitaient Angoulême.
•** « Que c'est vn grand mal que cette vie, et qu'il y a de peine à soustenir vn corps si RvuiEui que le mien ! » (A M. Chapelain, 12 juin 1638). On a rapporté à Bossuet l'honneur de cette expression, qui, on le voit, appartient à Balzac.
**** « Il faut que vous sçachiez à quoy je m*amuse, et que je vous die que je gouverae vn fou, dans lequel je trouve tous les personnages de la corné' die, et toutes les sortes d'extravagances qui peuvent tomber dans l'esprit des hommes. Apres que mes livres m'ont entretenu tout le matin, et que je suis las de leur compagnie , je m'en vais passer vne partie de l'apresdisnée avec luy, pour m'ésloigner vn peu des choses sérieuses qui nourrissent ma melandiolie. Depuis que je suis au monde, je me suis perpétuellement ennuyé; J'ay trouvé toutes les heures de fna vie longues, je n'ay jamais tien fait tout le jour que chercher la nuid. C'est pourquoy, si je veux eàttië joyeux, il tMA neoMibiment que je me ttxatfpe moy-ùieiihe, et ma félidtë dépend telletneftt des choses
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tout^ois tromper la douleur par la conversation ^^ par Tétude et le goût éclairé des beaux-arts. Il dictait à loisir ces rares ouvrages, les Discours à la marquise de Rambouillet, le Socrate chrestien^ YArislippe, qui seront auprès de la postérité un titre plus sérieux eu sa faveur que ces lettres mêmes auxquelles il doit sa renommée. Mais, aussi peu jaloux de la grande et bruyante publicité qu'il était avide de Testime, des éloges, et, il faut le dire, de Tadmiration des beaux esprits de sou temps» il se contentait de répandre, dans un cercle choisi, ces productions achevées, qui révélèrent à notre langue le secret de son génie, véritables chefs-d'œuvre où à la constante élévation des pensées répond une expression presque toujours heureuse, et souvent trouvée.
Pour peu que Ton soit initié aux sérieuses difficultés de Tart d'écrire, ou d'exprimer ses idées dans une langue dès longtemps préparée, on comprendra quels obstacles eut à vaincre cet esprit délicat et patient, qui avait à créer tout à la fois et son style et les éléments mêmes de son style. Car, après de longs efforts , notre prose, presque désespérée, même après Montaigne, en était encore au bégayement de la première enfance^ Depuis la dernière moitié du seizième siècle jusqu'aux trente premières années du dix-septième, nos écrivains n'ont qu'une voix pour se plaindre de l'insuffisance et ds la barbarie du langage. On s'épuise à rechercher les causes de sa lenteur à se dénouer, de cette interminable enfance ; les uns accusent le défaut de culture, c'est, dit du Bellay, « la coulpe de ceux qui l'ont eue en garde et ne l'ont cultivée à suffisance, ains comme vue plante sauvage en celuy mesme deseit où elle avoit commencé à naistre, sans jamais l'arroser, la tailler, ny défendre des ronces et espines qui luy faisoient ombre, l'ont laissée envieillir et quasi mourir**. » — Il faut s'en prendre, suivant Montaigne, à l'esprit maladroitement novateur des écrivains « assez hardis et desdaigneux pour ne suivre la route conunune, mais fsiute d'invention et de discrétion les perd. Pour
du dehors, que sans la Peinture, la Musique, et quantité d'autres divertissemens, quelque grand resveur que je sois, je n*ay pas assez dequoy m*occuper, ny dequoy me plaire. » (A M. de I/Estang, 1*' novembre 1625.)
' « M. de Balzac est Tauteur de notre langue telle qu'elle est aujourd*huy. 11 parloit mieui qu'il n'écrivoit. » {Menagiana, 1695, p. 256.)
** Illustrations de la Langue françoise, Paris, 1561, in-4«, p. 5.
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peu qu'ils se gorgiassent en la nouvelleté, il ne leur importe de Tefficace : pour saisir yn nouveau mot, ils quittent Tordinaire souvent plus fort et plus heureux. En nostre langage, je trouve assez d'estoffe, mais vn peu £aute de façon... le le trouve suffisanunent abondant, mais non pas maniant et vigoureux suffisamment. Il succombe ordinairement a vue puissante conception. Si vqus allez tendu, vous sentez souvent qu'il languit soubs vous et fleschit *. j> — « Les langues, disait ce grand cardinal du Perron qui trempoit sa plume dans le senSy commencent par la naïveté et se perdent par Taffectation. La langue françoise commence à décliner. Tous ceux qui escrivent aujourd'huy ne font rien qui vaille. Ils sont tous ou fort niais ou phrenetiques. Il a esté de nostre langue ainsi que des frm'ts qui se corrompent par les vers avant que de venir à maturité **. » — « Pourquoy TËloquence françoise est-elle demeurée si basse? » se demandait le garde des sceaux Guillaume du Vair ; et il ajoutait : « Nostre Estât François a dés sa naissance esté gouverné par les Rois, la pi^issance souveraine desquels ayant tiré à soy Tauthorité du gouvernement, nous a, à la vérité, deslivrez des misères, calamitez et confusions qui sont ordinairement es Ëstats populaires, mais aussi nous a privez de Texercice que pouvoient avoir les braves esprits , et des moyens de paroistre au maniement des affaires***. »
Ainsi les causes du mal étaient signalées, tour à tour avec espérance et découragement. On cherchait la définition de la marche, on trouvait les obstacles qui la contrarient : Thomme ne s*était pas encore rencontré, qui, pour trancher toutes les incertitudes, devait se lever et marcher.
« Monsieur de Balzac, dit Tabbé Cassagne dans son excellente préface, est venu en ce temps de confusion et de désordre, où toutes les lectures qu'il faisoit et toutes les actions qu'il entcudoit, luy dévoient estre suspectes ; où il avoit à se défier de tous les maistres et de tous les exemples, et où il ne pouvoit arriver à son but qu'en s'esloignant de tous les chemins battus, ny marcher dans la bonne route qu'après se l'estre ouverte à luy-mesme. Il l'a ouverte en effet
' Essais^ iiv. lil, chap. v.
' Perrontana^ in-12, p. 180.
** De r Eloquence françoise et des raisons pourquoy elle est demeurée si basse.
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et pour luy et pour les autres ; il y a fait entrer un grand nombre d'heureux génies, dont il estoit le guide et le modèle*. Et si la France voit aujourd'huy que les esciivains sont plus polis et plus réguliers, il faut qu'elle en rende Thonneur à ce grand homme dont la mémoire hiy doit estre en yeneration... Nostre langue, dans ses ouvrages, ressemble à une vierge aussi pleine de pudeur que de beauté ; on ne s'y trouve offensé ny par une nouveauté téméraire, ny par une vieillesse rebutante**. »
Ses contemporains sont unanimes à le reconnaître : la prose française lui doit le tour et le nombre ; elle lui doit cette harmonie que le vieux Malherbe refusait à la prose ***. Le premier, il a atteint le but; mais au prix de quels efforts ! Dans ce chaos mal débrouillé, où s'agitaient tant de mots, tant de locutions appartenant aux idiomes de province, et aspirant, pour ainsi dire, au droit de cité, quel sens admirable hii a révélé ce qu'il fallait choisir et ce qu'il fallait exclure, leç termes propres et les termes étrangers au véritable esprit de la langue ! Par quels prodiges de ss^cité et de vigilance, par quel infaillible instinct du vrai et du beau en est-il venu à décider presque irrévocablement des formes que la pensée dlil revêtir, et à fixer en quelque sorte la capricieuse souveraineté de l'usage ! C'est qu'il y avait dans cet homme une force réelle, et, quoique plusieurs, ridiculisant ces efforts****, cherchassent à insinuer qu'une telle préoccupa -
* « Quand Messieurs du Port-Royal se mirent en tête d'escrire pour le public, ils formèrent leur style sur celuy de Balzac, et suivirent la méthode d'Ablancourt pour la traduction. » (Vigneul-Marville, Mélanges^ 1. 1, p. 115.)
** Préface des Œuvres connûtes de Balxac, édit. Coorart. Paris, L. Kllaine, 1665, 2 vol. in-fol.
*** « H. de Malherbe luy-mesme qui a formé ou du moins perfectionné les nombres de nostre poésie, n'en reconnoissoit poini dans la prose. 11 sembloit qu'en cessant de parler la langue des Muses, il oubliast les règles qu'il avoit trouvées pour hi situation et la structurel pour l'ordre et la liaisod des paroles. » {IbkL.)
**"* Voici quelques exemples des difficultés qu'il rencontrait sans cesse : « l'ay veû le Cavalier que vous appeliez intrépide... Mais avez- vous pris attache des Granunairiens pour passer intrépide en nostre langue ?» (A M. de la Rocbe-Hely 15 novembre 1640). « Vn Gascon diroit que vous estes introuvable : Pour moy, qui ne suis pas si hardy, je me contente de dire qu'on ne sçait où vous trouver. » (A M. de Bourzeys, 25 juin 1639). — Enfin, il écrite Chapelain : « le vous supplie que je sçache au vray ce que c'est que cette ridicule mode de certaines gens, qui, en plein jour, et lorsque le soleil n^est obscurci d'aucun nuage, se font servir
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tion de la forme ne pouvait être qne peu compatible avec la solidité du fond, il est certain que le penseur même remportait en lui sur le rhéteur et le critique : s'il a montré, en effet, comment il fellait écrire, c'est qu'A montrait en même temps comment il savait penser. Lui-même Ta dit : u Les règles s'apprennent par le temps . et Testude donne Part aux moins heureuses naissances. Il n'y a que cette force secrète dont les paroles sont animées qui vienne immediatemadt du Ciel, à*oh vient avec elle la grandeur et la majesté*. »
Lorsque le cardinal-ministre, en instituant TAcadémie, vouhit appliquer à la langue française le principe d'autorité qu'il relevait partout dans le royaume, Tun de ses premiers choii devait naturellement se porter sur Téminent écrivain dont les pensées consentaient volontiers à ce grand principe, relevant d'autant plus haut et l'assu^ rant d'autant mieux, qu'elles lui donnaient pour ba^e l'humble accomplissement des prescriptions de la loi divine. En cela, le ministre et l'écrivain ne s'entendaient guère qu'à demi ; et sans doute ce n'était pas le Cardinal qui avait le plus de scrupule. Balzac fut donc appelé par RicheUeu à remplir l'un des premierf? fauteuils. Il fut proposé à l'Académie le 13 mars i654, en même temps que le ministre d'État Abel Servien. Mais, chose assez étrange , il paraîtrait , d'après une lettre à Conrart, dans laquelle il rectifie la relation de PeUisson, qu'il n'aurait accueilli que contre son gré l'honneur d'appartenir à la naissante compagnie. « U estoit alors (ce sont ses propres expressions) dans les premières ferveurs de la sohtude, » et il témoigna à Bois-Robert, l'homme du Cardinal, « que son dessein estoit d'estre tout seul de son ordre, et que ce dessein estant vn vœu, il n'y avoit point de Société dans laquelle il pust ny voulust entrer, fnst-elle plus illustre que celle
au flambeau. Dites-moi aussi, sMl tous plaist, lequel vous trouvez meilleur de la pokUé du jour ou du point du jour; et si vous approuvez la prononciation de Paris, qui oouppe en deux le monosyllabe eu : j*ay «fl, il a cS; et qui rend Home et Limme comme ils sont escrits, au lieu que toute la France prononce Houme et Ueum. > (90 janvier 1640). — Un médiocre écrivain du temps, nommé Cos>tar, cherchant à déprimer ces nobles efforts de Balzac, lui appliquait ce que l'évêque de Lisieux disait d'un autre : « Les belles choses quMl donne au public luy coustent si cher, que si )*e8tois en sa place, je choisirois quelque autre employ pour le service du prochain, et ne croirois pas que Dieu dèsirast celuy-là de moy. >» {Apologie de Costar contre M. de Girac. Paris, 1657, in-4*.) * Lettres à M. Conrart, 7 décembre 1640.
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des Argonautes^ qui estoit composée de Princes et de demi -Dieux. » Mais il n'était pas beaucoup plus facile de se dérober à la bienveillance du grand ministre qu'à ses ressentiments. 11 menaça de son mécontentement *, et Balzac fut de TAcadémie, où il ne parut qu'une fois» vers Tannée 1656, et y lut quelques fragments de son ArisHppe. Qui se souvient aujourd'hui que le prix d'éloquence a pour fondateur H 11 académicien malgré lui ** ?
Depuis qu'il avait cessé de poursuivre la célébrité, elle s'était attachée à sa suite. 11 y avait peu de voyageurs de mérite et de distinction, Français ou étrangers, qui ne se fissent un plaisir de l'aller visiter dans son désert : sa solitude n'était que trop souvent fréquentée. Cette vaste correspondance qu'il entretenait au dehors, sans autre but d'ordinaire que de professer le bien dire, n'était guère qu'une indiscrète dissipation de son esprit en badinages élégants (>t diserts. Lui-même raconte ces tourments et ces ennuis d'une maiiièri' assez piquante : a Le Solitaire que vous aimez, dit-il dans ses Entretiens, a esté ravi d'apprendre que ses derniers ouvrages vous nient plu... Mais, bon Dieu ! que ces ouvrages luy coustcnt cher!... Que ce bruit et cette réputation qui les suit sont incommodes à vu homme qui cherche le calme et le repos ! Il est la butte de tous les mauvais complimens de la Ghrestienté, pour «e rien dire des bons qui luy donnent encore plus de peine. Il est persécuté, il est assassiné de civilitez qui luy viennent des quatre parties du monde. . Pour l'achever, il luy vient icy des importuns en personne, quelquefois de plus de cent lieues et tout exprés, si on les veut croire, qui luy donnent le dernier coup de la mort... Vn de ces curieux luy commença l'autre jour sa harangue par le respect et la vénération qu'il
* « Monsieur de Bois-Robert ne gousta pas c« langage, et fut fasché que son sérieux m'eust donné subjet de rire ; il m'escrivit vne dernière lettre qui me menaçoit de la part de Monsieur le Cardinal, et me signifioit en termes exprés que je desplaisois à son Eminence, si je mçsprisois sa fondation, et si je ne l'aisois à l'Académie vn compliment par escrit... » [iMtres à Conrart^ Hv. IV, lettre xix, 22 septembre 1653.)
** « Le prix qu'il a fondé et que T Académie donne tous les deux ans (avait pour but) de contribuer à former ceux qui se destinent à la thaire. En le fondant, il a immortalisé tout ensemble et sa passion pour Téloquence et son zèle pour la religion. » {Histoire de l'Académie frauçolse, continuée par l'abbô d'Olivei. Paris. 173(), in-12, t. Il, p. U.)
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amt toujours eus pour luy et pour messieurs ses livres Et
neantmoins certaines gens ne laissent pas de le tourmenter et de voaloir qu'il ait tousjours quelque chose de nouveau pour les divertir... Chose estrange, on s'estonne quVn artisan mette six ans à faire vue pièce, et on ne s^estonne pas que la plupart des honunes en mettent soixante à ne rien faire * !» — A Télégance de ces plaintes , on sent que le patient se complaisait un peu dans son supplice, et qu'il feignait d'être importuné de la renommée, pour se laisser courtiser par elle. Deux recueils de lettres, adressées les unes à Chapelain (ad AUicum)f les autres à Gonrart, prouvent hien qu'il était loin de se résigner à Toubli. Loin de là : les taiblesses et les vanités d'auteur, la préoccupation un peu jalouse des succès d'autrui, et en particulier de Voiture**, remplissent surtout le second recueil. Mais il est un côté sérieux et touchant par où cette correspondance se relève : elle nous découvre cette longue et rare intimité qui unissait ces deux anciens confrères de l'Académie, et laisse notre admiration indécise entre la confiance expansive de l'un et l'infatigable complaisance de Tautre. « le vivray et mourray son ingrat, » disait Balzac en parlant de Gonrart, et il lui écrivait peu de temps avant de mourir : « Ce que je voy par vos yeux, je le voy avec certitude, au lieu que je doute bien souvent de ce que je voy par les miens. Ils ne m'apprennent pourtant que trop asseuremenf que ma mort approche, et quand je me regarde ou quand je me taste, je voy ou je sens qu'elle me séparera bi^tost de vous. C'est le plus grand regret que j'auray en quittant le Monde, et ce me seroit vue espèce de consolation, si je pou- ▼ois vous embrasser avant que d'en partir ***. » Et il lui disait encore dans une lettre dernière : « Dans mon extrême langueur, je n'ay point d'autre consolation que celle de penser à mourir en la grâce de Dieu, et de me représenter à toute heure quel bonheur ce m'est d'avoir acquis vn amy comme vous, et de l'avoir conservé jusqu'au tombeau ****. »
* Entretiens VU et X.
*' « Après avoir obligé M. de Girac à écrire en latin contre les Lettres de Voiture^ il engagea aussi M. Gostar à prendre la défense de Voiture et à écrire contre M. de Girac; c'étoit pour s'attirer des louanges de rvn et de l'autre costé. « [Menagiana, 1693, p. 198.)
*** Lettres à Comrart^ liv. IV, lettre xx, 3 novembre 1653.
**** Ibid., liv. IV, lettre xxvi, 29 décembre 1653.
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xviij SUR LA VIE ET LES ÉCRITS DE BALZAC.
Déjà depuis tongtemps Hl soufthmce l'avait familiarisé avec la mort, et, pour s'y mieox préparer^ il avait fait bâtir deux chambrés aux pères Capudiis d'Angouléme , où il allait se recueillir plusieurs fois Tannée. Des ecdésiastiques, des religieux, de sages et austères amis, venaient. encore distraire pat leurs entretiens cette dernière retraite, où Socrate* chrétien achevait de se détacher du monde et de soimême*. Vers' le conmiencement de janvier 1654, il revint à Angouléme ches madame de Campagnol, sa sœur*, c'était pour y mourir. I^ 18 février suivant, il rendait le dernier soupir, à Tâge de soixante ans**.
Son testament, que résument tout entier ces mots admirables : Ghristcs et PADPBIIB8 MiHi H£AlsDE8 sONTO, Ordonnait qu'on Tenterrât à Angoulême dans rhôpita) de N<rtre*I>ame-des«Anges, auit pieds des patfvres qui y estaient desja inhume%*^.
* Il ne (kut pas oublier sa réconciliation avec les PP. Feuillants. « M. de Balzac, dit Tabbé Cassagne, estant tombé dads une dangereuse maladie, dés que cette nouvelle fut venue ft la coonoiasanoe du B. P. André de Sainct-Denys, qui se Irouvoit alors Prieur dans un couvent de son ordre, il assembla tous ses religieux, et leur fit joindre leurs prières aux siennes pour obtenir la guerison d'un homme qui, séton les apparences du monde, devoit estre son ennemi. H. de Balzac estant revenu en convalescence, escrivit une lettre pleine de tendresse au R. P. André, et ensuite offrit au vœu qaagiifeque dans l'Ëglise de la Maison religieuse dont il estoit Supérieur. Depuis, ils s'aimèrent ai^ une entière ouverture de cœur. »
** Yûii', diaprés, la Relation de la Mort de M. de Balzac, écrite par M. Moriscet, avocat en parlement.
*** Cette chapelle devant être démolie, les membres delà ooramisaioa des hoepices d' Angoulême ont eu la pieuse pensée d'exhumer les restes mortels de leur célèbre compatriote pour les transporter dans la chapelle de Thôpital actuel. La cérémonie de cette translation a eu Heu le 8 février 1851, et un éloquent prélat, monseigneur Cousseau, a prononcé des paroles admirables en Thouneur de rhumble fidèle qui fut un grand écrivain.
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