‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 5 sur 90 · XX RELATION DE LÀ MORT · texte numérisé non relu

XX RELATION DE LÀ MORT

alluma yne vive dévotion dans son esprit. Il donnoit inviolableraent chaque jour certaines heures à la prière, et il n'eu passoit point qu'il ne recitast ou ne fist reciter les Litanies du nom de Jésus et de la Vierge. Il se confessoit et communioit souvent, touché dVne profonde vénération pour les Mystères. Il avoit aveuglé son esprit pour le captiver sous Vobeïssance delà Foy, et il avoit tant de sousmission pour la Doctrine de TEglise, que nous Tavons veû plusieurs fois entrer en. vue saincte cholere contre ceux qui la vouloient troubler et qui s'efforçoient d*y introduire des nouveautez dangereuses.

Combien de fois dans ces admirables conversations, où sans sceptre visible et sans couronne matérielle, il exerçoit vn pouvoir souverain, luy avons-nous ouï dire ces divines paroles, à qui il a depuis donné place dans son Socrate : « S'il est vray ce qu'on a dit autrefois, qu'il ne faut pas estre curieux dans la Republique d'autruy, quelle audace est-ce à vn citoyen du bas Monde, à vn habitant de la Terre, de so mesler si avant des choses supérieures et des affaires du Ciel?... »

Monsieur de Plassac-Méré, dont l'esprit et la conversation luy ont tousjours infiniment plû, l'estant venu visiter cet hyver pour le consulter sur divers doutes, il le receût magnifiquement selon sa coustume, et luy rendit les oracles qu'il attendoit de luy. Apresdisné, il nous lisoit luy-mesme des Discours qu'il avoit dessein de donner vn jour au public, sous le tiltre de ses Entretiens. On agitoit ensuite, pour le divertissement, quelques questions philosophiques ; mais il desiroit qu'elles se terminassent tousjours par vue humble déférence de nostre raison à celle de Dieu. Il disoit que nous devions adorer des secrets où il n'appeloit ny tesmoins, ny juges, ny arbitres; qu'il n'estoit pas permis de pénétrer dans les abysmes de la sagesse ; qu'il ne feloit pas estre ingénieux et hardis, où nous devions estre simples et timides.

Monsieur de Saumaise estant mort, quelques-vns de ses amis, qui sçavent que la vraye immortalité en prose et en vers se distribuoit par ses mains en l'vne et en l'autre langue, désirèrent vue epitaphe de sa façon, pour estre gravée sur sa tombe. Le mérite de cet homme incomparable, dont l'esprit et la doctrine n'a voient point de bornes, l'obligeoit puissamment de rendre cet honneur à sa mémoire. Mais ayant considéré qu'il n'estoit pas mort dans le sein de l'EgUse romaine, il porta tant de respect à sa Religion, qu'il no voulut pas con-

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sucrer va homme qui n'en estoit pas, et sembler mesmc , en apparence, participer par cet acte de pieté à vne communion différente de la sienne. Toutefois, pour ne pas priver de sa reconnoissance vn personnage qui a tant mérité du monde sçavant et qui Ta illuminé par ses ouvrages, il a fait deux Epigrammes qui ont esté veuës à Paris, dont chacune luy tiendra lieu , dans le Temple de la Gloire , d'vne statue de la main de Phidias ou de Polyclete.

Il avoit vn si grand respect pour les Sainctes Escritures, qu'il en adoroit jusqu'aux points et virgules. Y ayant lu avec attention que l'Aumosne est vn des plus agréables sacrifices qu'on puisse présenter à Dieu, il résolut de faire vne saincte profusion de ses biens envers les pauvres et TËglise : il a donné vingt-deux mille livres avec vne générosité héroïque. Car bien loin de Tavoir fait par les mouvemens d'vne libéralité soudaine et impétueuse , nous luy avons souvent ouï dire qu'il ne croyoit pas que son présent eust du mente, à cause du peu d'estat qu'il fesoit de l'argent, et du mespris qu'il avoit de longuemain pour les richesses.

II en avoit si peu de complaisance en luy-mesme, qu'il eust voulu, s'il eust pu, en esteindre le souvenir, et fiiir les yeux et la connoissanœ des hommes. Il a défendu qu'il ne s'en fist aucune inscription que celle qu'il a laissée, dans laquelle se cachant dans l'obscurité d'vn profond mespris, il a désiré seulement pour la seureté de la chose, se faire connoistre sous le tiltre d'vn très-grand pécheur, qui vouloit rendre à Dieu sa mort plus agréable que sa vie. 11 a donné vne lampe d'argent de huit cens livres à l'Eglise de Sainct- André de cette ville, et vne autre de cinq cens hvres à l'Hospital de Nostr^Dame-des-Anges; ayant quelques années auparavant donné à l'autel de TEglise des Pères FcuïUans de Sainct-Mesmin vne cassolette de quatre cens livres, accompagnée d'vn revenu annuel poury brusler continuellement les parfums à l'honneur de Iesus-Christ et de sa Saincte Mère.

Au commencement de janvier dernier, il vint en cette ville en la maison de madame de Campagnol, sa soeur. Il voulut, en entrant en la ville, aller à l'Hospital visiter les pauvres et assister à la distribution d'vne aumosue qu'il leur fit faire. Cependant vne fluxion mortelle qui luy tomboit sur la poitrine, croissant et augmentant chaque jour, on voyoit visiblement diminuer ses forces. Il ne laissoit pas pourtant de travailler le jour et la nuict à son ordinaire, afin qu'il ne se

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perdist pas k moindre moment du loisir précieux de 1» vie dn Sage.

Il Taisoit mettre au net, pour l'impression, son premier volume de Lettres familières à Monsieur Chapelain , et en revoyoit hi autre à Monsieur Gonrart, qu*il desiroit publier à mesme temps, pour laisser des marques à la Postérité de Testime extraordinaire qu'il avoit pour ces deux grands hommes. Il feisoit aussi escrire vn Discours sur lequel la Mort Ta arrcsté, qu'il avoit dessein- d« présenter à Monsieur le Marquis de Montauzier, si digne jttge des ouvrages de Tesprit, et du nom duquel les Lettres tirent tant de gloire. D a'travaiilë jusques à la fin ; car il est certain qu'il a cessé, trois jours seulement devant sa mort, de retoucher ses papiers, à qui il donnoit tousjours quelque trait de cette excellente beauté^ dont il avoit vue si parfaite idée, fl a fait avec la satisfaction de ses proches entre eux -vne sage distribution des biensy que le droiot du sang et la Loy du pays TobUgeoient de retenir dans la famille. Les ayant fait appeller auprès de^ luy, il leur donna à tous de nouveaux tesmoignages d» son affection. Il leur dit qu*enfin il faloit se séparer, et que la dernière heure estoit venue : qu'il estoit prest d'obdr aux ordres de Dieu, sans aucune appréhension de la mort; qu'à la vérité il redoutoit ses jugemens; mais qu'il scavoit que sa bonté estoit infinie. Il adjousta beaucoup de choses dignes de luy, qui semblinent mesme avoir quelque teinture de la lumière de l'Eternité) dont il s'approchoit. Il parla avec beaucoup de mesfNris de la vanité des hommes. Mais il conserva jusques à l'extrémité le souvenir de ses chers amis Messieurs Chapelain et Conrart^ qui avoient esté les fidèles tesmoins de sa vie cachée , et ft qui il avoit domié entrée dans le plris secret de sou ame. Il pria Monsieur Girard, Archidiacre de l'Eglise de cette ville, de les asseurer qu'il niouioit leur serviteur, et déposa entre ses mains ses pa]^ers, qui sont l'image de son esprit, et le plus riche partage de sa succession.

Ayant appris la mort de Monsieur de Seriiay, arrivée à La Rochefoucauld quelques jours avant la sienne, il nous dit qu'il y avoit longtemps qu'ils ne s'estoient veùs, mais qu'ils se verrment bientost en Tautre Monde , en vn Pays où il ne sert gueres d'avoir esté Orateur et Poëte ; mais oii il importe grandement d'avoir esté homme de bien, et adjousta qu'il se resjouïssoit de la saincte mort qu'il avoit faite, et qu'elle est vn preseait du Ciel, qu'il n'accorde qu'à ceux qu'il favorise de sa bienveillance. Il avoit apporté vn si sage tempérament ù l.i ve-

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hemeoce de ses pasâons, qu'il n'en a?oit aucune qu'il n eust rendue souple et obéissante à sa raison. Il estoit dans cette haute région de mérite, où on le voyoit esle^é, devenu simple et doux comme un enfant : et quoy qu'il fîist naturellement délicat, il supportoit tout ce qu'on Touloit sans se plaindre. Il estoit accablé sous le pesant fardeau d'vne oppression violente : neantmoins on eust dit que la douleur le flatkoit et qu'elle avoit changé en douceur ses aiguillons et ses pointes. Quelqu'un luy ayant dit des nouvelles d'vn de ses amis, qu'il croyoit apporter trop de curiosité aux choses de la Religion, il dit que pour toute response à ses complimens, il le prioit de songer à Dieu et de ne philosopher plus. Il se conlessa et communia en par&it pénitent : quoy qu'il fust desja grandement foible, il ne voulust pas recevoir la communion dans le lict. Il se fit habiller et conduire an milieu de sa chambre, où, regardant avec vue frayeur respectueuse et vn tremblement religieux le Sainct Sacrement qui y estoit, il se prosterna deyant luy contre terre et fit à Dieu amende honorable avec vue eloqu^ice qui ravit en admiration toute l'assistance.

Le deuxiesme de février, jour de la Purification de la Vierge, Monsieur Morisoet, Théologal de cette ville , le recommanda au sermon aux prières pubUques; ce que n'ayant pu sans parler de luy magnifiquement, et sans rendre le tesmoignage que meritoit vne vie si illustre , qui a donné tant d'esclat à son Siècle , il s'en plaignit à luy doucement au soir, et luy demanda ce qu'il vouloit dire de consacrer ainsi de la poussière et d'honorer un misérable pécheur par de si excessives louanges. Il s'avilit là infiniment, et opposa vn extrême mes^ pris de soy*mesme à la grande réputation qu'il avoit acquise. Ce mesme jour, Monsieur l'Evesque d'Angoulesme l'ayant visité , il le pria de luy donner sa bénédiction, et luy demanda pardon s'il n'avoit porté assez de respect à sa dignité et de Messieurs les Ëvesques. H luy dit beaucoup de choses qui demeureront en sa mémoire, et qui luy tesmoignerent combien il estoit sérieusement persuadé de toutes les Veritez Ghrestiennes. Il déclara ensuite ce que nous luy arions ouï dire en plusieurs rencontres, que le seul regret qu'il avoit en partant de ce monde ) estoit de n'avoir pas reveù ses Escrits, comme il en avoit le dessein^ pour en retrancher ce qui y estoit ué de trop libre, dans la violence des passions et la clialcur de la jeunesse ; mais qu'il laissoit ce pouyqir à Monsieur Godeau, Evesque de Grasse, son ancien

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aniy, qu'il le supplioit de Tavoir agréable et de luy vouloir rendre ce bon office avec toute la rigueur et toute la sévérité de la charité chrestienne.

Dés ce temps-là, il commença de sentir les approches de la mort ; car il enfloit desja partout, et il s'estoit joint à sa fluxion vne hydropisie formée. Neantmoins, il estoit bien aise de revoir ses amis, qui alloient admirer la vigueur de son esprit et la fermeté de sa grande amc. Il s'entretenoit avec eux du mespris de la mort et de la certitude de Tautre vie ; des avantages de la Vertu et de la fragilité des choses humaines. Il s'estoit fait vne conscience si tendre, qu'il estoit effrayé par la seule ombre du mal. Il avoit purifié depuis long-temps tous les sentimens de son cœur, et il est aisé de croire qu'il n'y conservoit d'aversion pour personne. Toutefois s'estant souvenu que, dans ses premières années, il s'estoit passé quelque chose de moins favorable à la Charité Chrestienne enti*e Monsieur de laverzac et luy, il envoya vn de ses amis en sa maison, esloignée de sept ou huict lieues de cette ville, le prier de luy donner vne visite pour avoir la joye de l'embrasser devant que de mourir. Il l'embrassa , en effet , avec vn transport de joye incroyable, et. versa dans son sein vne eiKusion d'amour qui estouf& agréablement dans leur esprit le souvenir de leur ancienne querelle. Monsieur de laverzac en tut si touché, que, sur l'heure, les yeux tout trempez de larmes, il fit vn Sonnet pour pleurer à jamais la perte de son amy, et se plaindre de la cruauté de la mort, qui luy enlevoit vne si précieuse despoiiulle. Le jour devant celuy de sa mort, il respondit à vne Harangue Latine qui luy fut faite par vn professeur de Philosophie ; mais le jour fimcste estant venu où nous avons veû esteindre cette divine lumière, il demanda l'Ëxtrême-Onction dés le matin, afin de n'estre privé d'aucun des Sacremens de l'Ëghse. Il kl receût avec grande dévotion , et respondit luy-mesme au curé, quoy qu'il semblast encore tout vivant assister à ses funé-* railles. Il dit derexîhef qu'il faloit se séparer, et que les remèdes qu'on avoit continuez jusques alors estoient inutiles, parce qu'asseuremcnt il mourroit ce jour-là. 11 désira avoir vn crucifix sur son lict, qui luy renottvellast la pensée de la mort et de la passion de Nostre Sauveur Ibsus-Chbist. 11 le baisoit continuellement aux pieds avec vn profond respect, et eslevoit les yeux en haut pour en obtenir miséricorde.

Cependant il conservoit la beauté de son esprit , qui duroit en sa

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clarté, sans estre troublé par aucuns nuages. Quatre heures devant mourir, Vautheur de cet escrit s'estant approché de luy en la^compagnie de Monsieur le Théologal, son frère, il leur tendit à tous deux la main avec sa civiUté ordinaire, et leur dit qu'il ne pouvoit ny vivre ny mourir. Au mesme temps il appella vn de ses valets, et luy ordonna de luy apporter vn livre, qui estoit à eux, qu'il leur vouloit rendre; mais, ne pouvant pas le trouver, il Taccusa de peu de mémoire, et luy marqua Tendroit où il estoit. Il voulut luy-mesme le leur mettre entre les mains, et las pria que sa mémoire leur fust chère. Gonune le desbordement de sa fluxion Topprimoit, il se fit mettre à son séant, et fit à Dieu vne belle prière; il la finit par vne dévote supplication de n'attendre point long-temps la mort, à laquelle il estoit disposé, et qu'il desiroit sans aucune haine de la vie. Il embrassa après cela ses proches et ses amis qui estoient autour de luy, avec une forte et généreuse tendresse , les conjurant de vénérer les décrets du Ciel, et d'arrester leurs gemissemens et leurs plaintes. Il ne parut pas le moindre trouble sur son visage, et il n'y eut que luy qui ne fust point esmeû par ce triste spectacle. Le Père Simon, lesuite , son confesseur, homme d'vne insigne vertu etd'vne pieté exemplaire, luy ayant demandé s'il ne vouloit point se confesser de quelque chose, il luy respondit qu'il se confessoit de tout, avec vne posture de pénitent et vn cœur blessé d'vne douleur bien vive. Il receût de nou> yeau Fabsolution de ses péchez, laquelle ayant esté accompagnée de quelques sentimens d'amour de Dieu qui luy furent imprimez par son confesseur, tirez de ce transport de charité de l'Apostre Sainct Paul : Cupio dissolvi et esse cum ChristOy il demanda quand viendroit cette heure tant désirée, et adjousta deux ou trois mots de grand sens sur cela, qui pourroient tenir lieu de paraphrase à ces paroles. Il prit là vn peu de repos ; et puis se tournant vers Monsieur le Théologal, qui estoit au chevet de son lict, il le pris^ de luy dire quelque chose pour l'aider à mourir. Monsieur le Théologal luy ayant dit qu'il mist tousjours sa confiance en Dieu , et qu'il luy adressast dans le cœur cette puissante prière d'vn sainct Prophète : Die animx mesd^ sains tua ego sum; il respondit avec vne forte esmotion dont il parut visiblement agité : « 0 oui, mon Dieu, c'est de vous seul de qui j'attends mon salut. » Il prenoit vn très-grand plaisir à ouïr parler de Dieu, en qui il avoit réuni toutes ses pensées; mais connoissant qu'il

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ne tenoit plus que d'yn petit filet à la vie, il nous dit : « Mes amis, je me meurs, je ne suis plus capable de raisoonement; priez Dieu pour moy. i> Il escouta les prières avec des transports d'vae ardente pieté, qu'il tesmoignoit par des signes et des gestes paftbetiques. Il demanda encore quand viendroit cette heure &vorable, et dit qu'il ne sçavoit pas en quel lieu il alloit; mais qu'il esperoit y trouver miséricorde. Au mesme temps, ayant esté remarqué par quelqu'un qu'il defailloit, il dit et qu'il n'estoit plus. » Ce furent les dernières paroles qu*il prononça, après lesquelles ne pouvant plus parler, et neantmoins consei-vant la liberté de son jugement admirable, il faisoit des signes eloquens et parloit encore par son silence. Il demeura en cet estât environ un quart d'heure, après quoy il rendit Tame.

II a désiré estre enterré à l'Hospital avec les pauvres, où son humilité ne pouvant plus s'opposer à l'inclination de ses proches, ses funérailles ont esté faites avec beaucoup de magiûficence* Elle» n'ont pourtant rien ^ de si remarquable que l'admiration et le reg^ de ses citoyens, qui ont esté les plus précieux omemens de sa pompe funèbre, n*y en apnt point eu qui n'ait orné son tombeau de fleurs et qui ne l'ait arrosé de ses larmes. Ils voudroient, s'il leur estoit possible, luy dédier vn Mausolée, et l'enrichir des plus superbes figures que leur passion leur pourroit conseiller; lùais ils s'efforcent autant qu'ils peuvent de le fisiire i^evivre en leur mémoire, et de luy consacrer dans leur esprit des monumens plus durables que l'airain et le marbre. Il est vray qu'ils ont perdu toute leur gloire , et que leur plus grande réputation estoit renfermée dans {a possession de cet homme illustre, sur les lèvres duquel, comme on a dit de Périclés, la Déesse de la Persuasion , cette Beyne des choses divines et humaines, avoit bastyson Temple* En effet, par le propre tesmoignage de l'Envie, son nom n'estoit pas tant le nom d'vn homme vivant, que le nom de l'Ëloquence. 11 n'y a personne qui ne sçache qi^'on le peut opposer à ce que Rome et Athènes ont eu de plus rare, et la France ne luy est pas moins obligée qu'aux Victorieux qui (mi aggrandi son Estât, puis qu'il n'est pas moins glorieux d'estendre les bornes de l'empire de l'Esprit, que d'estendre celles de la grandeur d'vne Couronne. Il y a apparence que les Muses travailleront à em* bellir son Sepulchre. 11 y en a icy Vue naissante qui sera qudquc jour la merveille des autres, et qui û&adn le premier rang panny

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elles, qui Ta desja embelli d'vne excellente manière. C'est mademoiselle du Chambon, âgée seulement de douze ans, qui fait très-bien des vers, et qui a yne connoissanoe exquise de la pureté de la langue latine. Elle luit de sa propre lumière; mais cette lumière s'augmente par le rejaillissement des rayons de celle de Monsieur le Président Gandillaud, son père, de qui le seul nom est vn éloge, et duquel l'illustre Mort, que nous regrettons, avoit coustume de dire qu'il avoit despit qu'vn mérite qui feroit honneur à Paris , fust renfermé dans Testenduë d'vne Province. Elle fit le mesme jour de sa mort l'epitaphe qui se trouvera escrit au bas de cette Relation. La Reconnoissance de cette admirable Muse ne sera pas sans doute toute seule. Elle sera accompagnée de celle de quantité d'autres ; car qui pourroient-elles plus légitimement célébrer que celuy qui leur a descouvert le secret * de se rendre agréables, et qui leur a enseigné en perfection l'art de faire leurs couronnes?

ILLVSTRISSOIO VIRO

lOAN, LVD. BALZACIO

OMNI LITTERARVH GENERE CVLTISSIMO, ELÛQTENTIJE VERO

FACILE PRINGIPI, MAJORE REIP.

LITTERARIiE DAMNO EREPTO, QVAM SVO.

Obscaro tegitur tumolo Balzacivs ingens,

Terra vinim illustrem si légère ulla potest. Hue ades, o quisquis mundum mirator oberras :

Suspectum toto gressibus orbe teris ; Gujus inexhausto vix duin sufTecerat orbis

Ingénie, exiguus comprimit ossa lapis.

Scripsik Margareta Chaïubonia, Vii^o dood«cim annorum, etiam in illa t«nera state inclyliB et heroicip virtatis adrairatrix.

Escrit à Angoulesme, le XIX février MDCLIV.

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