‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 53 sur 90 · DE LA GLOIRE · texte numérisé non relu

DE LA GLOIRE

A MADAME LA MARQVISE DE RAMBOVILLET.

Madame ,

On a aimé l'honneur lorsqu'on aimoit les choses honnestes. Ciceron avoil composé vn Traité de la Gloire, et Brutus vn autre de la Vertu : Ils se sont tous deux perdus dans le Naufrage des belles Lettres, que causale débordement de la Barbarie ; et je ne voy pas que cette perte soit fort regrettée. Vn Livre qui descouvriroit le Secret de faire de l'or, ou qui apprendroit à trouver les Thresors cachez, deqnoy vos Romains font vne estude particulière, seroit bien plus curieusement recherché que tout ce qui a jamais esté escrit de la Gloire ny de la Vertu. L'vne et l'autre ne sont considérées aujourd'huy que comme des Biens de Théâtre, qui ne subsistent qu'en apparence, ou comme des phantosmes de

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Romains, après lesquels courent leurs Héros, qui sont d'autres Spectres et d'autres phantosmes.

Fay veû mesme vn grand Seigneur, Madame, qui crut qu'Alexandre n'avoit pas plus esté qu'Agramant et qu*Amadis, quand on luy dit qu'il faisoit ses Âutoosnes en Talens, et qu'il sceût quVn Talent revient à six cens escus de nostre monnoye. Cela luy sembla plus ridicule et plus incroyable que les Elephans fendus en deux d'vn seul coup d'espée, et les autres miracles de l'Histoire fabuleuse.

Tous les Temps ont eu leurs défauts et leurs Maladies : Mais il faut advolier qu'il y a des Maladies plus sales les vues que les autres. Celle de nostre siècle est de ces sales et de ces vilaines. Quand le Monde estoit jeune, il estoit vain, téméraire, et ambitieux : A cette heure qu'il penche sur sa fln, il s'est fait avare au dernier degré, el a tous les autres vices de la Vieillesse.

Pardonnons, Madame, l'Ambition à ceux qu'on appelle Sages. Ne nous estonnons point qu'ils désirent le Commandement, et qu'ils veuillent occuper les premières places : Plaidons mesme leur cause en quatre paroles. 11 faut donner du crédit et de l'authorité à la raison, afin que le Hazard ne soit pas le maistre : Il faut armer les bons conseils, de peur que la Folie ne soit plus forte que la Sagesse. D'ailleurs les Ames Extraordinaires doivent connoistre ce qu'elles valent. Elles doivent savoir que le Gouvernement leur appartient de droit naturel ; et qu'elles viennent au Monde, ou pour régner, ou pour conseiller les Roys. Quelle apparence donc de laisser périr dans la solitude et dans le repos, les privilèges du Ciel et les avantages de la Nature; les Vertus destinées à l'action et au bien de la société? De refuser la Félicité aux peuples, qui vous la demandent, c'est estre cruel : De quitter la place aux Meschans, c'est estre lasche : D'aimer mieux estre mal conduit que de bien conduire, c'est manquer de sens commun.

Nos Ambitieux, Madame, peuvent parler de la sorte : Hais de quelles paroles se peuvent servir les Avares que nous connoissons, pour colorer T infamie de leur espargne ; pour justifier l'ardeur et Tavidité de leurs désirs? Que veulent-ils dire, de travailler jour et nuit inutilement à remplir vn Âb)'sme, et à contenter Tlnfinité? Que veulent-ils faire dans leurs Coffres, des Larmes amassées de tous les endroits d*vn grand Royaume; de tant de Sang, qui crie vengeance contre eux, et qui portera malheur à leur Race? A quoy bon la continuation de ce funeste Trafic, quand ils ont desja assez de bien, non seulement pour fournir à leur despense ordinaire, mais aussi pour donner, et pour perdre, et pour demeurer encore riches?

le ne puis certes comprendre comme des personnes, qui sont appellées à la conduite du Monde, et qui en cette souveraine Administration peuvent avoir de tres-pures et Je tres-parfaites voluptez, dont il y a de l'apparence que Dieu mesme se délecte, je veux dire du contentement qu'il y a de rendre les Peuples beureux, et de recevoir des remerciements et des bénédictions de toutes les Langues; le ne puis, disje, m'imagiuer, comme ces personnes-là préfèrent le Protit à la Gloire, et aiment avec tant de passion vne chose morte; vne chose, Madame, qui ne peut respondre à leur amour ; qui n'a ny sentiment ny intelligence; qui n'est que de la Terre, que Topinion et la couleur distingue de l'autre Terre.

Neantmoins, j'ay regret de le dire, et de reprocher à vne Nation si noble et si estimée que la nostre, vn Vice si bas et si mesprisable que l'Avarice : Il n'est que trop vray, que ce malheureux Interest , qui devrolt n'estre connu que des Banquiers de Gennes et d'Amsterdam, et n'avoir lieu qu'aux places du Change, est maintenant le Dieu de la Cour; est l'objet et la fin du Courtisan. Il n'est que trop vray qu'on luy sacrifie pensées, paroles et actions ; qu'on luy fait ser-

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vir Tesprit, le courage, la vertu, le vice, les bonnes actions et les mauvaises.

De Famé des Fermiers et des receveurs il a passé ce malheureux Interest en celle des Gentils-hommes et des Princes. 11 entre dans les professions, qui en sont apparemment les plus esloignées. Et que dira la postérité, qui sera peutestre meilleure que, nous, si elle voit dans THistoire, la Guerre mise en party, et les Capitaines devenus Marchands? Que dira-t*elle, si elle sçait qu'ils ont esté de moitié avec les Thresoriers et les Commissaires des vivres, pour ne pas laisser eschaper les plus petits gains; qu'ils ont eu leur part à toutes les grivelées et à toutes les fripponneries des Officiers inférieurs et des derniers Valets de l'Armée?

Il est certain que l'Ambition mesme d'aujourd'huy ne travaille plus que pour TAvarice. Elle s'esleve, ou s'abbaisse, selon qu'il y a plus ou moins à gaigner; et celle qui se proposoit autrefois pour fin les applaudissements du Peuple, l'estime du Prince, et le tesmoignage de la Renommée, n'a maintenant devant les yeux, que Targent du Roy, le profit d'vue Charge, et les deniers revenans bons de la Guerre.

Si c'est estre fin que de vivre de la sorte, il y avoit bien de la simplicité en ces premiers Hommes, qui sont les ornemens et les lumières de tous les Siècles, en vos Ancestres, Madame, avant que la succession d'Âttalus leur fust escheuë, et que les richesses de l'Asie les eussent gastez. En ce tempslà la recompense des services rendus au Public, n'estoit autre que la simple satisfaction d'avoir servy le Public gratuitement. C'estoient des Gueux adorez des Souverains et des Peuples, que les Consuls et les Dictateurs de ce temps-là. Leur pauvreté fait tout ensemble envie et pitié dans la première Décade de Tite-Live. Ces pauvres Consuls, après avoir acquis à la Republique plusieurs Yilles et plusieurs Provinces ; après luy avoir envoyé des Flottes, chargées de la despoùille de sas Ennemis, ne laissoient pas en mourant de-

quoy payer le mariage d'vne Fille, ny faire les frais de leurs Funérailles.

Ils entreprenoient les fameuses actions dont encore la mémoire nous estonne. Us venoient à bout de choses apparemment impossibles, et dont la seule proposition feroit peur à la pluspart des Princes de nostre Siècle : Ils devenoient vieux dans les armées, et cberchoient par vne infinité de Combats Toccasion d'vne Bataille, et par mille périls vn plus grand péril. Mais pourquoy, à vostre ad vis, tant de Périls et tant de Combats? Vous plaist-il, Madame, que je vous le die? C'estoit pour obtenir le Triomphe; pour voir vne de leurs Statues en Public; pour avoir vn nouveau Nom. Et ce Triomphe n'estoit que la beauté d'vne journée; Et cette Statue ne leur servoit pas plus qu'vn Meuble inutile; Et ce nom n'adjoustoit à leur fortune que trois ou quatre syllabes.

D'vn pareil présent ont esté recompensés les Illyriques, les Macedoniques, les Numantins, les Achaïques, les Africains, les Asiatiques ; Et pour cela ils ont donné de bon cœur à la Republique les peines et les sueurs de plusieurs années. Vn petit mot leur a cousté vne partie de leur sang, tout leur courage et tout leur esprit ; et si vous les en voulez croire, il ne leur a pas cousté ce qu'il vaut ; ils ont plus estimé cette vaine et imaginaire Acquisition, que la véritable Conqueste qu'ils venoient de faire.

Or de dire maintenant. Madame, qu'ils manquassent de jugement en la conduite de leur vie, et qu'ils n'eussent pas assez de connoissance des choses, pour sçavoir aussi bien que nous celles qu'il faut négliger, et celles qui doivent estre estimées, la Vertu n'a pas encore si peu de crédit parmy ses ennemis, qu'il y ait personne qui ose proférer vn si mauvais mot. Mais c'est véritablement que leurs pensées estoient moins terrestres que les nostres ; C'est qu'ils mettoient le souverain bien en vn lieu plus haut que nous ne

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faisons, et qu'ils avoient vn autre goust que nous de THonneur. C'est qu'ils croyoient que la gloire estoit rvnique salaire que les Dieux et les Gens de bien dévoient attendre de la reconnoissance des Hommes.

Aristote le dit et le redit dans ses livres des Ethiques. Il tient que l'Honneur est la seule chose qui se peut donner à ceux qui ont tout. Les Grecs ont eu ces sentiments, comme les Romains; Et si nous nous figurions que la Pauvreté de leur Siècle fust cause de leur Intégrité, et qu'vn bien ne pouvoit pas estre aimé, avant que d*estre connu, nous ne nous souviendrons pas qu'après que le Tyran d'vne simple ville eust donné des millions d'or à vn Médecin, pour l'avoir guery d'vne maladie, Athènes ne donna que deux Branches de Laurier à celuy qui Tavoit deslivrée de trente Tyrans.

Les sept Gentils-hommes Perses, qui tuèrent les Mages Vsurpateurs, ne voulurent non plus, pour eux et pour leur postérité, que le privilège de porter vn Bonnet pointu, penchant sur le devant de la teste, à cause que ce Bonnet pointu avoit esté la marque de leur entreprise. Et d'autres ayant conquis le pays de TEnnemy, se sont contentez d'autant de terre qu'en mesureroit le jet de leur javelot, après l'avoir lancé, en présence de l'Armée qu'ils avoient conduite.

Au contraire nous sçavons, Madame, que le Tableau d'vn Peintre a beaucoup plus valu qu'vne semblable Conqueste, et qu'vn Bouffon a eu davantage d'vn de ses bons mots, et que les grandes fortunes ont esté faites par des Charlatans, qui ont tiré tribut de l'ignorance des Princes. Nous avons appris de l'Antiquité que des femmes de mauvaise vie on^ laissé des Edifices aussi superbes que peuvent estre les Galeries du Louvre : 11 y en a eu qui se sont offertes à rebastir les murailles de Thebes à leurs despens : Il y en a d'autres, qui ont fait fondre des simulacres d'or, du gain qui estoit provenu de leur Beauté, et de l'intempérance de leur Siècle.

Autrefois on vendoit et on achetoit les personnes qui n'es» toient pas libres : Le travail des Mercenaires coustoit cher : La Volupté n estoit point à bon marché, et les Arts faisoient riches ceux qui les sçavoient. Tout produisoit, comme vous voyez, et rapportoit du fruit et de Tavantage : Hais la souveraine Vertu, jouissant d*elle-mesme au dedans, et ne rendant que de Tesclat au dehors, estoit remarquable par vne illustre et glorieuse stérilité, il n'y avoit rien, Madame, d'assez grand au Monde, pour estre le prix des services rendus à la iPatrie ; Si bien que ne pouvant pas les reconnois* tre, elle se contentoit de les honorer, et au lieu de payer les gens de bien, elle leur demeuroit obligée.

Et en conscience n'estoit-ce pas vn trop digne payement pour qui que ce soit, de pouvoir dire en soy-mesme. Le Peuple Romain est mon débiteur; Ha Victoire est vne des Festes de Rome. le n'ay point perdu les avances que j'ay faites; la Patrie me paye de la mesme sorte dont elle s'acquitte de ce qu'elle doit aux Dieux immortels?

Vn particulier n'estoi^il pas trop recompensé de ses services, de voir par son moyen vne grande Nation, ou Esclave, ou Affranchie de la Republique ; ou sous son joug, ou sous sa protection; de regarder vne multitude infinie de Citoyens, dont les vus luy estoient obligez de la vie, les autres de la fortune, les autres de la liberté, et tous ensemble de la gloire du .nom Romain, d'ouir proposer son Exemple à tous les jeunes gens, et chanter sa vaillance par la bouche de toutes les Dames?

C*estoit, Madame, vn estrange chatouillement d'esprit à vn General qui triomphoit, de n'ouir par les rues que des vœux pour sa personne, et des louanges pour ses actions ; de tirer après soy des cris de joye et des applaudissements continuels; de faire naistre par sa présence vne Musique d'amour et d'admiration, qui Taccompagnoit jusqu'au Capilole : Et enfin après tout cela, d'estre couronné dans le

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Capitule mesme, c*est à dire presque dans le Ciel, et presque de la propre main de lupiter. Car vous sçavez, Madame, qu'on croyoit que ce lieu fatal estoit la seconde demeure de ce grand Dieu; et qu'il y estoit toujours présent, voire qu'il y estoit quelquefois visible à ceux qui avoient la veuë bien purgée des nuages de la Terre. On tenoit que de là il avoit tonné et foudroyé en diverses occasions, et qu'il n'estoit pas moins le Capitolin que TOlympien et que le Céleste.

Hais d'autant que quelques-vns plus ignorans que dévots, et plus paresseux que véritablement humbles, voudroient excuser leur peu de courage en condamnant la Gloire du Monde, et soustenant qu'elle est contraire à celle du Ciel ; Ils doivent sçavoir, Madame, que Dieu met Tlnfamie au nombre des supplices de sa lustice. Qu'ils consultent les Livres qu'il a dictez. Là dedans il menace les Meschans, ou d'effacer leur mémoire de dessus la Terre, ou de la rendre de mauvaise odeur à toute la Terre. Et au contraire il promet aux Gens de bien, de l'honneur, de la Renommée, et de la Gloire ; ce que sans doute il ne feroit pas, si ce n'estoient de très-bonnes choses.

De qui est-ce en effet que nous rêverons les Cendres, et que nous saluons les Images? Â qui chantons nous des Hymnes et des Cantiques? De qui est-ce que Rome célèbre encore aujourd'huy les Apothéoses et les Triomphes, si ce n'est de ceux qui ont agy ou souffert courageusement pour le service de Dieu, et pour la défense de sa cause? Il fit porter cette parole par Samuel, au grand Sacrificateur Hely :

QVICONQVE MB GLORIFIERA, SERA HONORE, ET CELVY QVI HE UES- PRISERA, SERA MESPRISÉ, ET RENDV INFAME. No Voila-t'il paS OU

termes formels l'Ignominie pour peine, et la gloire pour recompense?

Voilà la Gloire du Monde, canonisée par le propre suffrage de celuy qui fait les Saincts. Mais, Madame, n'avez-vous jamais pris garde que la plus parfaite des choses créées, la

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tres^saincte Mère de nostre Sauveur, n'a point dissimulé la joye qu'elle sentoit dans son ame, devoir qu'à Tadvenir toutes les Générations la dévoient appeller Bien-heureuse ; et après avoir admiré ce que Dieu avoit fait pour elle, a compté pour quelque chose ce que le Monde en diroit?

Sans faire violence à son intention, il se peut conclure de ses paroles, que la belle passion dont il s'agit, s'accorde avec la plus haute saincteté; avec celle qui est la plus proche de la divine. Et si la bonne renommée est la possession des Morts, comme Ta asseuré Aristote, il s'ensuit encore que cette passion monte dans le Ciel, avec les Esprits bien-heureux. Mais je dis plus, Madame, elle est sur Terre vue marque et vn charactere de leur noblesse. Et nos Philosophes, aussi bien que les Philosophes Payons, ont apporté ce désir commun et naturel, qui picque les Hommes de Tamour d'vne Gloire reculée, et qui les porte à vouloir estre louez après leur mort, pour vne sensible et certaine preuve de rimmôrtalité de leur ame.

Mais pourquoy tant d'inutiles paroles? le n'ay que faire à me donner de la peine à justifier la Gloire. Quand elle seroit aussi dangereuse qu'elle est désirable, il ne faut point avoir peur qu'elle corrompe les Chrestiens de nostre temps. Faurois beau la parer, elle ne trouvera guère de Serviteurs. Et si j'en faisois vn livre exprès, comme Ciceron, mon livre ne passeroit que pour vn maigre et mauvais Roman : le n'aurois rangy Madame, que parmy les faiseurs de contes, et les vendeurs de fumée.

On ne se laisse plus prendre à vn appas qui a si peu de corps, et qui est si subtil et si délié. Les belles opinions ne font plus de sectes : Elles ne gaignent rien sur des esprits qui veulent toucher et compter leur félicité; qui n'estiment que ce qui tombe sous les sens, et qui est de mise dans le commerce. Les Maximes de Rome triomphante ne sont pas des Maximes à nostre vsage ; et de penser les introduire

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dans le Monde, ce seroit y vouloir apporter de vieilles modes, qu'on a quittées depuis la mort des Fabrices et des Scipions.

La pluspart mesme de nos gens pensent que ces gens-là n'ont jamais esté. Ils les mettent avec les Araadis et les Agramans, et leur Histoire parmy les Fables. L'Honneste du vieux temps est le Ridicule de cettuy-cy. Aussi je n'en parle qu'à vous. Madame, qui estes digne d'vn meilleur temps que le nostre ; qui au milieu de la Cour ne servez pas le Dieu que la Cour adore ; qui ne vous mocquez point du Bonnet des Perses, ny du Laurier des Athéniens : qui ne mesprisez pas les Statues et les Triomphes de vos Ancestres ; qui trouvez beaux les Noms d'Africains et d'Asiatiques.

Vous avez dans l'ame tous les principes de la haute et ancienne Générosité ; de celle que suivoient les Romains et les Spartiates, tant qu'ils se conservèrent dans la pureté de leurs loix et de leur police. Vous croyez que la Vertu se tient lieu de digne et de suffisante recompense; mais que neantmoins elle accepte la gloire, sans l'exiger. Que la Gloire n'est pas tant vne Dette, dont s'acquitte le Public, qu'vn adveu de ce. qu'il doit, et tout ensemble vne Protestation qu'il est insolvable ; Qu'elle n'est pas tant vne lumière estrangere, qui vient de dehors aux actions Héroïques, qu vne Reflexion de la propre lumière de ces actions, et vn esclat, qui leur est renvoyé par les objets qui l'ont receû d'elles. Ainsi, Madame, ny en vos sentimens, ny en vos affections, vous ne séparez point deux choses, qui sont naturellement vnies. Vous estimez la Vertu pour l'amour d'elle-mesme , et la Gloire pour l'amour de la Vertu.

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DISCOVRS CINQVIESME.

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