A LA REYNE
Madame .
Nous ne désespérons plus du salut de nostre Estât. Nous ne croyons plus que les maux de nostre Siècle soient incurables. Le premier jour de la Régence de vostre Majesté nous a promis vn Advenir bien heureux ; Et si le peuple Chrestien, chastié si long-temps et si exemplairement par la lustice du Ciel, doit enfin avoir sa grâce de Dieu irrité,
vrajrsemblablement il la recevra par des mains A pures et si innocentes que les vostres.
La pluspart des Princes se prennent pour Celuy qui les a faits, et rapportent à leur bonne conduite la bonne fortune de leurs Estats. Ils pensent estre la cause, et ne sont que les moyens; et encore des moyens si foibles, que Dieu s^en sert pnr bienséance plus que par nécessité, pouvant, s'il vouloit, gouverner le Monde sans Empereurs, sans Roys et sans Republiques.
Votre Majesté, Madame, est tres-esloignée de ces sentie mens des Princes superbes, fflle a en horreur la mémoire de ces Serviteurs qui ont excité la jalousie de leur Maistre, ayant voulu vsurper sa gloire : Elle se prosterne au pied des Autels sur lesquels ils ont monté. Et nous ne craignons point de Toffenser, quand nous luy disons qu'elle n*est pas assez puissante pour donner la Paix à la Ghrestienté, mais qu^elle est assez bonne pour l'obtenir du Dieu des Chrestiens; que ce ne sera {tes de son Throsne et en commandant qu'elle fera pleuvoir cette bénédiction sur la Terre, mais que ce sera dans son Oratoire et en priant qu'elle l'attirera d'vne région plus eslevée.
Cependant, Madame, le Monde inférieur se promet tout le reste de votre sage conduite, et la regarde comme celle qui a esté choisie pour contribuer à Toeuvre du Ciel. Il croit estre asseuré de tout le bien qui est en votre puissance et qui se peut faire humainement par la voye naturelle de la Vertu, Ou la reformation des desordres est vue affaire impossible, ou ce sera vous qui terminerez cette affaire : Ou nostre misère doit estre étemelle, ou vous la devez finir.
Ce qui a pu ôstre donné dans vn tempsst pauvre et si stérile que celuy-cy, la France Ta d^ja.receû; Elle a esté plainte; elle sera vne autre fois soulagée. Pour le moins. Madame, de vostre grâce, elle a des pensées moins tristes et Tnoin$ fuiiestes qu'elle n'avoit. m\e est capable de eonsola-
DISCOVRS A LA BEYNK REGENTE. 363
: tien ; Elle espère^ elle attend; Elle jouit en esprit du bienheureux Advenir^ dont la pi^osaesse luy fut faite et limage luy ; fut monstrée» lorsque vostre Majesté fut au Parlement.
Que ne fit point c:e premier rayon de vôstre Régence? Il fît refleurir ce qu'il y avoit de plus languissant et de plus sec dans Famé de vos Subjets» Il perça ce long laspaœ de terre qui nous sépare du siège de vostre Empire et viat esclairer jusqu'à Tobscurité de nos ombres et de nos cavernes. Il entra mesme dans \e& lieux de douleur et de desespoir, et fut cause du bon intervalle qui arresta la vie sur les lèvres de ceux qui mouroient.
Apres vue si salutaire Apparition, nous ne visines plus de suites dans nostre perte : Nous pleurasmes vn grand Boy, mais nous ne trouvasmes point à. dire son gouvernement. Le Soleil ne se coucha que pour se lever : Les phantosmes du raisonnement humain disparurent, et la fausse prudence se cacha. Les cœurs effrayez osèrent se ra^seurer. Le peuple conaipença. à prendre courage; je parle, Madatne, du courage qpp.yous lui donnantes.
Sans doute le progrez respondra au commencement. La lumière nous amènera la chaleur; Les e^erances meuriront, et le courage deviendra force. Nais on va par degrez et par âges à la perfection de la force. La maturité des choses a besoin de la patience des hommes, et le relèvement de tant de pièces renversées n'est pas Touvrslge d'vn jour, ny le coup d'essay d'un Artisan.
Que stert^l de^ le dissimuler? L^ félicité publique est encore robjet de nos vœux et de nos soupirs. Elle û'est pas encore arrivée ; On ne passe pas si viste dVn Contraire à l'autre. Hais Ah doit arriver; Mais elle ne sera pas longue à venir; ou toutes les belles apparences sont menteuses et tous les bons présages sont faux.
Nos bons i»resages, Madame, nous les, prenons de vos bonnes intentions» dans lesquelles il n'y a poiiA de si mali-
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364 CELVRES DE BALZAC.
cieux Aveugle qui ne voye vue proche disposition à un meilleur Temps, et le dessein formé de notre Salut : Intentions ardentes et laborieuses, qui veillent et agissent sans cesse ; non pas oisives et immobiles, qui ne font que songer et que souhaiter.
Le doux changement, Madame, à des yeux lassez de Spectacles hideux et terribles, de considérer aujourd'huy ces Présages et ces Signes favorables. Ils promettent, après tant d'autres Signes qui ont menacé; Ils consolent les âmes qui ne sont pas encore assez hardies pour se resjoûyr : Ils annoncent à la Chrestienté le repos, la seureté, l'abondance; les biens qu'elle envie à l'Empire du Turc et aux royaumes Barbares.
Ces Signes n'ont rien de commun avec la superstition Payenne, ne se lisent point dans les Estoilles, ne se fouillent point dans les entrailles des bestes, ne sortent point du bec d'vn oyseau qui a parlé et qui a dit : Tovt ira bien. Ils sont espurez de la vanité des Fables, des faux sermons de la Grèce, de la saleté de la Flatterie. Us paroissent, et nous les remarquons. Madame, dans la vie religieuse de vostre Majesté, dans S3s continuelles Dévotions, qui ne sont pas seulement en vénération aux Peuples qui pourroient nous faire la Guerre, mais qui sollicitent et qui pressent pour nous le Donneur de Paix et le Bienfaicteur des Souverains. Il n'y a point de Signes plus visibles et plus esclatans, plus certains et plus infaillibles que ceux-là. Au moins il n'y en a point de plus raisonnables ny de plus justes, puisqu'ils méritent la chose qu'ils signiJSent et qu'ils la procurent en la marquant.
Dieu nous permet, Madame, de deviner de la sorte : Il approuve et ratifie cette espèce de Divination. Et s'il ne se fasche d'estre bien et fidèlement servy (c'est vn inconvénient qu'il ne faut pas craindre) : Si la pureté des mœurs et l'innocence de Tame ne lui desplaisent : Si les sacrifices du
DlSl^OVRS A LA KEYNK UliGEiNTE. 36ô
cœur des Princes, et les Majestez humiliées devant la sienne ne luy sont désagréables, il ne vous refusera pas vne Grâce que vous lui demandez si pieusement et avec de si dignes et de si efficaces préparations.
Hais de plus, Madame, compteroit-il pour rien ces Boutez versées à pleines mains, cette lustice obligeante et libérale qui a fait raison à tant de personnes intéressées, qui a reconcilié tant de particuliers avec TEstat; ces thresors de Miséricorde et de Clémence par Touverture desquels vostre Majesté a signalé l'entrée de son Administration: De si grandes avances de Charité, je dis de Charité Héroïque, ne seroient-elles point considérées par Celuy qui paye vn verre d'eau de la dernière Félicité et à qui les Hommes prestent à Ysure tout le bien qu'ils font?
Seroit-ce en vain, Madame, qu'après avoir pris soin des Innocents affligez, vous n'auriez point voulu chercher de Coupables dans la mémoire du Siècle passé? Seroit-ce en vain que vous auriez pu dire ces paroles que Rome a leuës autrefois avec des larmes de joye et que l'Histoire a gravées en lettres d'or : Qu'on espargne les vies les moins précieuses; Qu'on mesnage le bon et le mauvais sang; Que les prisonniers ayent liberté; Qiie ceux qui sont fugitifs reviennent; Et pleust à Dieu pouvoir faire revivre ce/ux qui sont morts.
Non, Madame, il n'est pas à croire que tant de Mérite soit perdu pour nous, et qu'vne telle Bonté n'ait point de crédit en l'autre Monde, puisque c'est le Monde juste et reeonnoissant. Il n'y a point d'apparence qu'vn autre Ange que vous nous apporte ce que Dieu nous doit envoyer, et que ce ne soit pas la personne la plus voisine du Ciel, tant par sa pieté que par sa naissance, qui soit la Médiatrice si désirée entre le Ciel et la Terre.
Pour l'Œuvre qui doit embellir et suivre la Paix et à quoy le Ciel entend que vous travailliez, les mesmes présages et
les inesmes apparences nous en respondent. L'inclination bien-faisante de vostre Majesté n'est pas vne fougue de vertu qui produit des actions aveugles et fortuites : Vous estes bonne, Madame, et avez dessein de i'estre partout et tousjours. Le desbordement de grâces que nous avons veû coule d vne source qui jette beaucoup et qui ne tarit jamais. Il y en a pour les Nations et pour les Siècles : La Postérité en puisera aussi bien que nous, et vous obligerez le public après avoir obligé les particuliers.
Vous ne vous contenterez pas, Madame, d'avoir rompu les chaisnes de quelques-vns de vos Subjets et d'avoir rendu à quelques autres leur pays, leur fortune et leur honneur : H faut délivrer de plus grands Captifs et sauver de plus nobles Malheureux. 11 faut que les Rois et les Estats soient vos Affranchis et vos Créatures : Il faut que toute l'Europe se sente de vostre protection : Et vous préférerez, je m'asseure, le nom de Mère de la Patrie à celuy de Mère des Aimées.
Ce dernier nom me semble avoir quelque chose de farouche et estre peu convenable à vn sexe dans lequel les Amazones sont considérées par la Morale comme des Monstres de la Police : L'autre nom, Madame, est plus digne de l'ambition de vostre Majesté et s'accorde mieux avec la modestie d'une bonne Reyne.
La femme d'Auguste, neantmoins, la sage et vertueuse Livie, a prisTvn et Fautre nom, ou> pour mieux parler, elle les a receus tous deux de la faveur de son Siècle. 11 se voit mesme encore aujourd'huy des médailles d'argent avec sa figure, qui disent quelque chose de plus et qui l'appellent la Mère du Mande; la Mère, dis-je, qui a porté le Monde dans ses entrailles et de laquelle il est né, car la force 'du mot des médailles va jusques-là.
Ce beau nom ne vous fait^il point d'envie? Ne voudriezvotis point disputer de la gloire de la bonté avec la femme •l'Auguste? Vous pouvez estre, Madame, encore mieux
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blSGOVUî^A LA lU:VMi REGKMÈ. .V.ï
qu'elle, la Mere du Monde, si vous voulez estre sa Tutrice, et si vous l'adoptez par ^s Bien-faits. 11 semble que vou^ soyez prédestinée pour cela; et le Monde s'y attend. Mais particulièrement la plus noble partie de ce Monde, vostre chère France, Madame, qui, toute victorieuse qu'elle est, n'est pas moins lasse que glorieuse de ses Victoires; s'aiïoiblit et s'espuise par les grands efforts et par la continuelle action; a meilleure nrine qu'elle n'a bonne santé.
Vous la soustiendrez, Madame, vous la fortifierez, personne n'en doute : Vous la recevrez entre vos bras, vous la mettrez dans vostre sein, vn chacun se le promet. Et certes», en Testât où elle est, débile et abbattuë à l'extrémité, elle ne doit pas estre seulement aimée, elle doit estre aimée avec indulgence. Elle ne demande pas votre simple protection, elle a besoin encore de vos caresses.
Il y a vn certain amour de pitié qui commence par la douleur et qui s'allume des larmes et des maux d'autruy. Mais quand les maux nous touchent de prés et qu'eu vn mesme subjet nous rencontrons ce qui souffre et ce qui est à nous» la Nature, se sentant alors frappée par vn second coup, redouble sa chaleur avec sa compassion, et d'ordinaire nous chérissons davantage nos enfans malades que nos enfans qui se portent bien.
Vostre Majesté, Madame, connoist ce foible de la Nature, sans lequel elle tiendroit plus du sauvage que de l'humain^ et ces relasches de la Vertu, qui ne s'oplniastre pas tous^ jours dans la fermeté. Elle sçait que les t'eres sont quelquefois durs et rigoureux, et ne ^ont pas pourtant tnauvais Pères : Mais que si les Mères manquent de tendresse et de douceut^ elles manquent des qualitez qtii letir appartientient de droict naturel et qu'elles tie peuvent perdre sans perdre le nom de bonnes Mères.
Sur ^e fondement nous appuyohs nos conjectures et tlos discours, et peu s'en faut que nous n'esfcrivions rHisloiré
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des choses qui ne sont pas encore arrivées. Vostre Majesié estant tres-sensible aux afflictions^e ses Subjets et souffrant le mal qu'elle voit souffrir, elle sera tres-aise de s'oster de devant les yeux des objets qui luy blessent également les yeux et le cœur; Et son interest luy doit conseiller de faire cesser les misères que sa compassion luy approprie, qu'elle luy porte jusqu^au fonds de l*ame, qu'elle luy rend communes, au milieu mesme de sa grandeur, avec les Misérables qui les endurent
Le Peuple, Madame, est composé de ces Misérables, et ne présente jour et nuit à vostre veuë ou à vostre imagination que des infirmitez et des playes, que des gemisseinons et de la douleur. Il ne se nourrit point des grandes nouvelles qui viennent de vos Armées, ny de la haute réputation de vos Généraux : Ses appétits sont plus grossiers et ses pensées plus attachées à la terre. La gloire est vne passion qu'il ne connoist point, qui est trop déliée et trop spirituelle pour luy : Il voudroit plus de blé et moins de lauriers.
Il pleure souvent les Victoires de ses Princes et se morfond auprès de leurs feux de joye, parce que les avantages de la Guerre ne sont jamais purs, ny les Victoires entières, parce que le Deuil, les Pertes et la Pauvreté se trouvent souvent avec les Triomphes. Quelque heureux succez qui accompagne nos armes sur la Frontière et hors du Royaume, cet esclat de dehors ne guérit point les incommoditez domestiques. Âpres avoir bravé l'Ennemy sur la Frontière et hors du Royaume, chacun se trouve malheureux chez soy ; Et Testât où nous sommes n'est pas vne vraye prospérité, c'est vne misère que Ton loue et qui est en bonne réputation.
Mais, Madame, pour nous mieux préparer à gouster les douceurs de l'advenir, qui seront les fruits de vostre Régence, il me semble qu'il ne seroit pas mal de considérer de plus prés les amertumes présentes, qui sont les restes du Siècle passé. Vostre Majesté me fera bien l'honneur de voir en cet
endroit vn crayon de ma façon et de souffrir que je luy figure vne chose qui n'est supportable qu'en peinture. Elle ne sera pas faschée que j'accuse la Guerre de tout, et s*il m'est possible, que je n'accuse personne de la Guerre. Les hommes ne veulent point estre blasmez ; Ne les blasmons point. Ayons quelque esgard à la délicatesse de leur humeur, et attaquons une Idole qui ne sent pas plus le blasme que la louange.
Ce Mars, Madame, dont on se plaint chez le Victorieux aussi bien que chez le Vaincu, est vn Démon bizarre et capricieux qui n'a ny foy, ny constance, ny raison. Aujourfl'huy il est Déserteur de la cause de laquelle il estoit hier Partisan, et ne sçait non plus pourquoy il la quitte, que pourquoy il la soustenoit. Il prend plaisir à faire recevoir des affronts à la prudence, après les meures délibérations, et à deshonorer les bons Conseils par les mauvais Evenemens. Il couronne la Témérité, les Fautes et les Folies. Mais regardez la malice de son amitié : c'est afin d'attraper quiconque se fie en luy, car presque tousjours ses presens sont ses hameçons, ses Favoris sont ses victimes.
S'il n'emporte les Braves du premier coup, à tout le moins il les arrhe et s'en asseure pour vne autre fois. Nulle teste privilégiée : Nulle vie exempte quand il s'agit de prendre son droict. Le sort de Mars tombe sur le General de l'armée comme sur vn des enfans perdus. Personne ne luy eschappe, non plus l'heureux que le malheureux ; Et à la fin les Gustaves n'en ont pas esté mieux traitez que les Tiliys.
Vous plaistil que je die encore quelque chose à vostre Majesté de ce Spectre malfaisant? Rome et Athènes, Madame, mais Rome et Athènes aussi vaillantes que sages, luy ont chanté publiquement des injures. Dans les Cantiques qui se recitoient aux grandes Festes, on ne parloit point de rappeller la Félicité bannie et les Vertus fugitives, qu'auparavant ou ne parlast d'envoyer Mars en exil ou de le mettre à
7*70 . lElîVRKS DE BALZAC.
la chaisne. Il a esté maudit de ceux mesmes qui Tont adoré, à rheure mesoiie qu'ils radoroîent; et entre autres beaux noms que luy donne Orphée au commencement de l'Hymne qu'il luy a faite, celuy de Parricide n'est pas oublié. Furieux, Impie et Sacrilège sont ailleurs ses Epithetes perpétuels. Et ainsi vous voyez, Madame, que dés ce temps-là il estoit ennemy de la Religion et des choses sainctes : vous voyez qu'il ne pardonnoit ny à Père, ny à Mère, ny à patrie : qu'il mangeoit les siens après avoir dévoré les Estrangers.
Uâge ne Ta pas rendu meilleur : H ne s'est point converty de son ancienne impieté : Il viole encore la Religion et profane les Autels. Le Desordre, la Licence, Tlmpunitê marchent encore à sa suite : Il se mocque encore de la lustice et de l'Equité, des Parentez et des Alliances, et brise d'abord les plus sainctes chaisnes qui lient les hommes avec les autres hommes. Il ne fut jamais plus impitoyable ny plus cruel. Mais, chose estrange! Madame, il est plus prodigue et plus affamé qu'il ne fut jamais. Vue nation de Donneurs d'advis travaille sans cesse aux inventions de luy trouver de l'argent, et il en demande tousjours davantage. Les richesses du vieux et du nouveau Monde ne suffisent pas à ses excez. Il destruit les Vaincus par les pertes et ruint* les Victorieux par la despense. Il se monstre contraire en vn lieu; Il paroist favorable en l'autre : Mais par tout il est mauvais.
Voilà bien des plaintes contre ce phantosme, et bien véritables et bien justes ; Voilà bien de quoy haïr ses Faveurs, qui ne sont gueres meilleures que ses Disgrâces. Si ne fautil pas abandonner tout d'vn coup à la Censure publique quinze ou seize années de nostre Histoire, ny blasmer nousmesmes nostre Party, ny descrier le mérite d'vne Cause qui ne laisse pas d'estre la bonne, quoy que sa longueur et que ses espines nous ennuyent.
(I ne seroit pas impossible, Madame, de purger 4e$ arme&
OISCOVIIS A I.AKKYNK UEGKNTK. Twl
«lu Hoy de la pluspart des reproches que l'on fait à Mars. Pour le moins il se pourroit dire à leur justification, qu'elles n*ont pas cherché Tennemy, et que ce n'est point la France à qui on doit imputer les misères de l'Europe. Il se pourroit dire mesme à la descbarge de la conscience des Roys, qui pensent es^e obligez de croire conseil, que celuy qui leur conseilla de s'opposer à main armée au droict le plus clair qui fust jamais et de faire assiéger Casai sans aucune couleur de raison, doit estre accusé de toutes les mauvaises suites qu^a produit ce mauvais commencement.
Mauvais, certes, et visiblement injurieux ; plein d'injustice et de violence devant quelque Tribunal que se traite l'affaire de Mantoûe. Car si estre né François n'est vn vice qui rend vn homme incapable de succession, n'est vue tache qui efface les droicts de la Nature, les lois escrites et les Coustumes receuës, personne ne sçauroit douter que la protection qu'a donnée la France au légitime héritier n'ait esté juste et que l'oppression qui luy est venue d'ailleurs ne Tait pas esté.
Que si après cette action peu soustenable et si vniversellement condamnée, vne guerre a attiré plusieurs guerres : Si la contagion d'vne partie infectée a gaigné tout le corps de la Gbrestienté ; Et si tous les Chrestiens sont devenus ennemis, comme s'il n'y avoit plus de Turcs ni de Mores à haïr : Que diray-je davantage? Si toute l'Europe est noyée de sang et tous ses Estats sont languissans et malades à la mort, ce Siège fatal, Madame, a fait tout cela. Il a conceû, il a enfanté toutes les misères qui nous travaillent. Cette première Injustice est coupable de toutes les Injustices que nous avons veuës.
Grands Dieux 1 souvenez-vous de FAutheur de tant de maux, et ne le laissez pas impuny ! s'escria le plus homme de bien de Rome, après la Bataille de Philippes, et estant prest à rendre l'esprit : Car quoy qu'il fust naturellement
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vertueux, neantmoins il avoit esté forcé par la violence du temps et par la tempeste des affaires de s*esloigner quelquefois de son naturel et de la vertu. 11 n'avoit pu oster à la Guerre la licence ny la cruauté. Mais, par ces dernières pa rôles, il crût se pouvoir descharger sur autruy de la faute des choses passées et estre assez innocent, puis qu'il n*avoit pas esté le premier coupable.
Celuy donc qui a premièrement abusé des armes d'Espagne en Italie, celuy qui nous a ouvert la lice et qui a mis aux mains les deux Nations, le Conseiller de la guerre de Hontferrat, sera responsable des ruines et des embrasemens de la Chrestienté, des blasphèmes et des sacrilèges de nos Armées, aussi bien que de celles de son Maistre. Il sera chargé de ses iniquitez et des nostres ; Il portera la peine des crimes de IVn et de Tautre Party; Il rendra compte à la lustice divine, non-seulement de tout le mal que les Croates ont fait, mais aussi de tout celuy que peuvent faire les Suédois.
Ainsi, a peu prés. Madame, la France se pourroil justifier et entreprendre elle-mesme la défense de sa cause. Mais parce que si nous soustenions si affirmativement qu'vn Espagnol qui est hors de la Cour a commencé la querelle, on nous repartiroit avec presque autant d'afGrmation, qu'vn François qui n'est plus au Monde ne l'a pas voulu finir, et qu'ayant dessein de perpétuer nos maux, pour rendre étemelle son authorité, il a tousjours meslé son ambition dans la justice de la cause de la France, je ne suis pas d'advis que nous examinions cette question avec trop de curiosité. Puis que nous avons protesté de n'accuser qui que ce soit, souvenonsnous de nostre protestation. Ne cherchons ny qui a allumé le feu, ny qui l'a nourry d'huile et de soufre; ny la main qui a entamé le corps de la Chrestienté, ny celle qui a empoisonné ses blessures. Respectons l'Asyle de la Mort, et laissons en repos TAffliction : ne faisons le procez à per-
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sonne, en vn temps où vostre Majesté a tesmoigné qu'elle vouloit faire grâce à tout le Monde.
Il est encore mieux de courir après de nouveaux phantosmes et de s'esgarer dans des pensées vagues, que d'aller trop droit à la vérité. Il vaut mieux souffrir, Madame, que les Spéculatifs aillent prendre plus loin et plus haut la cause de nos malheurs. Qu'ils disent que c'est, si bon leur semble, ou vne supercherie de la Fortune, ou vue nécessité du Destin, ou la conjonction de plusieurs Estoilles malfaisantes; Ou la Comète qui vint menacer la Terre, Tannée mil six cens dix-huit, et dont le venin a duré et la malignité s'est fait sentir jusqu'à Tannée mil six cens quarante-trois.
le ne les empesobe point de parler de cette sorte. Mais pour moy, qui ne suis point Spéculatif et qui suis Chrestien, j'ay appris à parier vne autre langue. le monte encore plus haut que les Comètes et que les Estoilles : le dis que c'est Dieu, desguisé entant de façons parles profanes Spéculatifs; que c'est Dieu, Madame, qui de temps en temps chaslie son peuple et fait des exemples de ses enfans, à cause que son Peuple ne l'honore que des lèvres et donne son cœur à vn autre Dieu ; à cause que ses enfans sont des Rebelles et des ingrats, qui, non-seulement n'vsent pas bien de ses grâces, mais qui les gastent et les corrompent, mais qui s'en veulent servir contre luy.
Il ne faut point s'expliquer plus clairement, ny estaler des veritez odieuses. Mais si les Grands du Monde examinoient leur conscience sur cet article, ils verroient eux-mesmes de combien de Miracles ils sont redevables à Dieu, et de quelle felonnie ils se sont rendus coupables, à l'heure mesme que les Miracles ont esté faits, en se les attribuant à faux, comme s'ils en eussent esté les Autheurs, quoy qu'ils n'en fussent que les Tesmoins. Empereurs et Rois, Conseil et Ministres, Tous ont desrobé la gloire de Dieu.
Or, Madame, puisque sa lustice n'a point en ce Monde de
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plus rude supplice que la Guerre, et qu'elle s'appelle le fléau de Dieu, vraysemblablenient ce fléau est entre ses mains et non pas eoftre les nostres. Nous ne pouvons pas estre battus à sostre discrétion, estre affligez autant qu'il nous plaist, avoir la disposition de nos malheurs. On n'a point encore oliy parl^ quWn Criminel fust arbitre de sa propre peine ; que les Misères fussent en la puissance des Misérables; que la fantaisie du Malade reglastia longueur de ses accez.
Et par là je conclus, Madame, de la mesme sorte que j*ay commencé. le m'affermis sur les propositions que j'ay avancées d'abord. le me fortifie dans ma première raison. Apres avoir détesté la Guerre avec tous les gens de bien, ne puisje pas dire derechef à vostre Majesté que la Paix se propose sur la Terre, mais qu'elle ne se fait que dans le Ciel ; que les assemblées arrestées en Allemagne, les Passeports en forme et les Plénipotentiaires des Rois sont de grands mots en la bouche de leurs Peuples, paroissent de grandes Machines, quand un Conteur de nouvelles les remue, mais ne sont que de petits louets quand la Providence divine les veut renverser.
Ce que nous desirons aujourd'huy avec tant de chaleur et tant de besoin vient immédiatement du crû de Dieu, est absolument de sa façon, se nomme, par son Eglise, vne chose impossible au Monde. Et partant je redis, Madame, que nous l'attendons beaucoup moins de vostre Puissance que de vostre Pieté ; Et en le redisant, je ne croy rien dire de desavantageux à vostre Puissance, ny de rude à vos oreilles.
Vous ne voulez point estre traitée de Déesse, non pas mesme par les Poètes, qui font largesse de Divinité. Vous n'exigez point de vos Subjets d'Hymnes ny de Pestes en vostre nom. La Vertu de vostre Majesté rejetteroit bien loin Tadoration de nostre Flatterie. Et c'est sa Vertu de qui nous sommes partisaïui en c^tte pcciisîop. et pour qui Doiis linons
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contre sa Puissance. C'est votre Vertu, Madame, île qui nous nous promettons plus que de vos Armées, quoy que tousjours victorieuses; que de vos Alliances, quoy que puissantes et en grand nombre ; que de vos Ambassadeurs, quoy que tressages et tres*habiles. Toute leur Politique peut estre employée inutilement : Mais vn de vos soupirs peut travailler avec succez.
Que ne peut la saincte douleur de la charité, quand elle blesse le cœur dVne Reyne? la Grandeur, quand elle se fait petite devant les Autels? THumilité, quand elle descend de si haut et qu'elle met si bas les Sceptres et les Couronnes qu'elle en apporte? Ce sera elle qui persuadera, qui forcera la bonté de Dieu ; à qui Dieu se laissera gaigner, se laissera vaincre; à qui la Paix doit estre accordée. Et certes il y a bien de l'apparence que par vue particulière élection cette personne ait esté choisie pour recevoir la Paix, qui la recevra dans des mains nettes de toute sorte d'injustice ; avec vn esprit vuide de toute l'aigreur et de toute l'animosité des Partis, pur et innocent de toute la violence des choses passées; qui n*a eu aucune part à aucun mauvais conseil.
La Paix aime la Bonté et se plaist parmy les Vertus humaines sociables. Elle se laisse attirer par la Douceur, par la Clémence et par la Pitié. Et bien qu'à présent elle soit esloignée de nostre Monde d'vne distance presque infinie ; Bien qu'elle s'en soit fuye au plus haut des Cieux, comme parlent les personnes inspirées, ces attraits de Clémence et de Douceur peuvent pénétrer jusqu'au dernier Ciel : Ce sont les seuls Charmes, il n'en faut point chercher d'autres, qui sont capables d'évoquer la Paix et de la faire voir encore à la Terre après vue si longue absence et qui luy dure si fort» après de si fréquentes remises qui nous font tan| bnguir et tant souspirer.
Redisons donc, Madame, ce qui ne sç^uroit estre di^ trop souvent Tqus liBs préparatifs let toutes les dispositions nec0s-
saires pour la réception dVn grand Bien se trouvant en vostre Majesté, elle doit espérer que non-seulement il viendra, mais après les avances qu'elle a faites, qu'il viendra encore pour Tamour d'elle. Elle obtiendra la Grâce qu'elle demande, parce qu'elle la demande comme il faut. Elle aura la Paix, parce qu'elle la veut tout de bon. Et s'il y a quelque François ambitieux qui désire le contraire; car, quel Espagnol le peut désirer, s'il n'est tenté par le Desespoir? je ne pense pas qu'il y ait de Scythe médiocrement raisonnable, qu'il y ait de Sauvage tant soit peu apprivoisé, qui ne blasme le désir de ce François et qui puisse trouver estrange vostre bonne volonté pour la Paix et vostre aversion pour la Guerre.
Mais, Madame, que cet ennemy de nostre repos ne jette point d'irrésolution dans l'esprit de vostre Majesté. De quelque spécieuse apparence que ses paroles soient colorées, defiez-vous d'vne Rhétorique qui veut embellir les précipices et les Abysmes; dVne Rhétorique de feu et de sang; Conseillère de mort et de misère, ruineuse à vostre Estât, mal affectionnée à vostre Personne. Elle fait sonner bien haut la réputation de vos Armes, vos Avantages sur TEnnemy, et la Dignité de vostre Couronne. Mais ne Tescoutez pas au préjudice de la voix publique, qui vous asseure que la vraye Dignité de la Couronne c'est le salut du Royaume, qui vous conjure de cesser de vaincre, de ne faire plus de conquestes; de mettre fin à vos bons succez; puis qu'vne victoire a tousjours besoin dVne autre victoire ; puis que vous estes obligée de payer et de nourrir vos conquestes; puis que vos bons succez ne finissent point nostre mauvais^ fortune, et que le gain augmente la pauvreté.
Vostre puissance, Madame, n'a que faire du Desordre pour se maintenir. 11 n'est bon qu'à ceux qui doivent leur authorité au malheur du temps et à la confusion des choses. Ce n'est point icy l'interest d'vn Vsurpateur qui s'est emparé
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d'vne Tutele contre la résistance des Loix, et qui rapporte tout à luy seul; qui ne cherche que de Tembarras, et ne veut donner que des Procez à. son Pupille, pour profiter avec les autres de la dissipation de son bien. C'est la passion dVne Hère, que les Loix et la Nature authorisent; qui vit plus en son fils qu'en elie-mesme, qui ne prend de la peine que pour luy laisser du repos, qui ne songe qu'à luy esclaircir ses affaires et à luy nettoyer sa maison.
Yostre Majesté est sage : ses pensées ne sont donc pas vastes et infinies. Elle est bonne : Son cœur n'est donc pas d acier ny de marbre. Estant sage, elle doit appréhender l'inconstance des choses humaines et la revanche des Malheureux; Et quand il n'y auroit point d'ennemy à craindre, elle sçait que souvent on a levé des Armées pour les donner en proye à la Dysenterie et à la Peste; que quelquefois on a équipé des Flottes pour les envoyer contre les Rochers et contre les Vents. Mais d'ailleurs, n'estant pas moins bonne que vous estes sage, pouvez-vous. Madame, vous représenter sans horreur tant de sang Chrestien et Baptisé qui coule à torrens en vue infinité d'endroits de l'Europe, et Tespouvantable image de cette cruelle Guerre, de cette Guerre plus que civile? le ne dis pas au hazard plus que civile, veû qu'en effet nous sommes tous Domestiques d'vne mesme Foy, et que les Estrangers, avec lesquels la Picligion nous vnit, nous sont plus proches, en quelque façon, que les François, desquels elle nous sépare.
La Politique profane a beau déclamer sur le Chapitre de la Réputation et des Avantages : Elle a beau préférer vn peu de bruit et vn peu d'esclat à la solidité du Bien public; ce n'est point. Madame, et ce ne peut point estre vostre dessein, d'acharner les Fidèles contre les Fidèles, de donner vn si agréable passe-temps aux peuples de Mahomet et aux autres ennemis de l'Evangile; de souffrir plus long-temps que la Terre de lesus-Christ soit leur Amphithéâtre de Gla-
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ri7« ŒllVRKS DE KALZAC
diateurs. Ce n'est point vostre plaisir, nous le sçavons bien, de nous sacrifier à vostre Ambition; de consumer les Nations et les Anges, de lasser et dVser dans vos querelles la meilleure partie, du genre bumain.
Asseurement vous avez pitié de ceux qui meurent; vous avez regret de ceux qui sont morts. Et quand ce ne seroit que pour sauver ce qui nous reste de Testes illustres, et pour empescber cette solitude d'hommes cxcellens, de laquelle nous menace la continuation de la Guerre; quand ce ne seroit que pour conserver à la France vne vie qui luy est infiniment chère et qui se bazarde tous les jours, vn Héros de la race de nos Dieux, vostre General de vingt et vn ans : Sans doute. Madame, sans doute vous desirez la fin de la Guerre. Vous devez craindre Tinfidelité de Mars et le destin de Gustave, pour vn Prince qui va au péril comme il y alloit. Vous estes (Aligée de n'exposer pas davantage ù la funeste adresse dVn Carabin tant de vertus naturelles et acquises, civiles et militaires, et d'essayer de conduire en seureté jusqu'à la Majorité du Roy vostre fils, vn Mérite qui doit faire tant d*honneur à son Règne et estre si vtile à son Estât.
Hais, à plusieurs autres raisons de désirer vn autre Xem\\< que celuy-cy, qui se présentent à vous d*elles-mesmes, adjoustons, Madame, celle qui vous presse le plus vivement, et qui donne le plus d'inquiétude à vostre bonté : le parle de la passion que vous avez pour la France, et du Vœu que vous avez fait delà rendre heureuse, qui ne peut estre accomply que la Guerre ne soit terminée. Car de se figurer que la Félicité précède la Paix au lieu de la suivre, c'est renverser Tordre des choses, et se figurer qu'vne fille est plus vieille que sa Mère; C'est penser moissonner au mois de Mars: C'est vouloir loger en vn Palais dés le jour que le i[)lan en est dressé, et se fascher que le Dôme ne soit pas plustost fait que les Fondemens.
Voicy vpe proposition d'éternelle vérité ; // ne peut y
DISCOVnS A LA REYNi: BEOKNTi:. 379
aimr di'. félicité pMique sans wie Paix générale . Vous la méritez, Madame, de plus en plus, par la cont'muatton de vos bonnes oeuvres : Vous la Demandez incessamment dans la ferveur de vos Dévotions : Vous faites entrer en cette sollicitation les Saincts et les Sainctes de Tvne et de l'autre Eglise, de celle qlii triompbe et de celle qui combat. Vous employez des Troupes entières de Vierges Amantes de lesus-Christ pour luy recommander nostre cause : Vous employez la pureté mesme et la blancheur mesme, pour luy recommander la cause des Lis. Comprenons tout en fort peu de mots: vous nous donnez vos souhaits, vostre Mérite et vostre Crédit, lusques icy vous ^n'avez pas pu donner davantage : H faut avoir de la patience pour le reste, et laisser faire le Ciel et vous.
le Tay adv&ué, Madame, dés l'entrée de ce Discours, et je ne crie autre chose à ceux que je voy. le cric de toute ma force qu'il faut qae la Pauvreté soit humble et obéissante, et'non pas fiere ny séditieuse ; qu'elle invoque et non pas qu'elle menace; qu'elle agisse auprès de Vostre Majesté par la modestie de sa douleur, et non pas par les murmures de son chagrin. Il ne suffit pas que le peuple ait la Fidélité d«ins le cœur; il la doit porter sur le visage : Il doit éviter la mine mesme et la ressemblance de la Révolte. Il ne doit pas estre extravagant dans sa mauvaise fortune, ny demander l'embonpoint premier que la guerison.
Nous devons considérer. Madame, que d'autres ont fait les maux et que Vostre Majesté les a trouvez ; que la Guarre est cause de la despense, et que vous n'estes point cause de la Guerre; qu'il n'y a point de moyen que les charges cessent tant que durera la Nécessité. Nous devons considérer que cette Neces^té est vue chose violente et impérieuse, que ses conseils sont absolus et sans condition, qu'elle justifie ce qu'elle conseille : Que non seulement elle fait jetter dans la )|er les lingots d'or et les caisses de pierreries, mais qu'elle
fait fondre les vases sacrez pour battre de la monnoie quand on en manque, mais qu'en certains cas elle peut légitimement et sans scrupule mettre à Fencan tout le thresor de Lorette, toute la pompe et toute la magnificence de Rome.
Nous devons et nous ne sçaurions trop considérer la qualité du Temps d'aujourd'buy, je veux dire vn perpétuel esbranlement causé par vne perpétuelle action, vne extresme foiblesse après d'extresmes efforts ; les soins, les courvées, le faix des autres Estats sur la pauvre France : le Péril tousjours voisin de la Seureté, le But qui semble s'esloigner de nous quand nous nous voulons approcher de luy; les dîfficultez, les labyrinthes et les ténèbres des choses présentes.
Quelqu'vn s'est plaint autrefois de n'avoir à gouverner que le Naufrage de sa Republique. Dieu nous garde d estre obligez de nous servir jamais de ce mot. Mais il est tres-vray que le Vaisseau qui nous porte est estrangement fracassé à force d'aller et de venir, et que, s'il ne trouve bien-tost le Port, la Navigation, voire tres-heureuse, achèvera de le briser. Il est tres-vray, Madame, que vous avez pris le Gouvernail en vne fascheuse saison, et que si vostre Majesté eust fait faire Inventaire de la France en Testât où elle Va trouvée, le dénombrement de nos maux et de nos desordres eust espouvanté toute la Prudence humaine, eust fait fuir tous les Sages du lieu où Ton s'assemble pour délibérer de nos affaires.
Nous considérons tout cela , et ne laissons pas d'avoir bonne opinion du salut de nostre Estât. Dans cette infinité de desordres et de maux nous ne songeons point aux moyens et aux remèdes humains. Nous ne nous fions ny à la Science ny à la Pratique : Nous nous asseurons en quelque chose de Divin qui accompagne vostre personne, 'Ct qui porteront bonheur à des affaires encore plus déplorées que les nostres. Nous nous imaginons, Madame, que vous avez le Secret de rendre les Peuples heureux, que vous estes née pour leres-
DISCOVRS A LA REYNE BEGENTE. Ml
tablissement des Estais et pour la consolation de TEurope, qu'astre à vous et n'estre pas à son aise implique contradiction morale ; et nous nous Timaginons de telle sorte, que vous auriez bien de la peine à nous ester vne pensée à laquelle nostre esprit s'attache si fort.
Quand vostre Majesté nous defendroit d'espérer par vne Déclaration expresse, nous désobéirions à l'expresse Déclaration de vostre Majesté. Quand les mauvaises nouvelles arriveroient en foule d'Allemagne, et qu'il naistroit dans la Négociation de la Paix mille difficultez qui n'ont point esté preveuës ; Quand vn Démon de Discorde entreroit dans l'esprit des Députez pour rompre l'affaire sur le poinct de sa conclusion, encore pis que cela né nous rendroit pas l'affaire douteuse. Nous nous persuaderions, Madame, que vostre bon Ange seroit plus fort que le mauvais Démon, et qu'il r'babilleroit autant de choses que l'autre en auroit voulu f(aster.
il n'est pas possible à la Crainte, à la Défiance et aux autres froides passions de trouver entrée dans nostre coeur, de nous partager tant soit peu l'esprit, de nous donner seulement vne fausse allarme. Nous possédons desja vos Bienfaits par la force de nostre imagination, et nostre espérance nous en saisit. Pour le moins nous sommes gens à signes et à présages, et avons appris à parler de TAd 'nir comme du Présent. Vous nous avez enseigné vne nouvelle sorte d'Astronomie. Par vostre moyen, nous sommes ludiciaires dans la Morale : Nous faisons, Madame, l'Horoscope de la Paix.
Ce sera donc vne Paix solide et durable, pleine d'honneur, de bienséance et de dignité ; car autrement elle ne seroit pas digne de vous et ne meriteroit pas d'estre nommée la Paix de vostre Majesté. Ce sera vne Paix, Madame, qui d'abord vous acquerra tous les Esprits et obligera toutes les Bouches à vous louer; qui vn jour bénira vostre mémoire par la gratitude de tous les Siècles; qui d'vn consentement vniversel
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.•W2 ŒUVHKS l)K BALZAC.
et par la voix de toutes les Nations, appellera Anne d'Autriche la Mère de la commune Patrie, la Libératrice du Monde Chrestien, la Tutrice de la France.
Ce sera vne Paix, par conséquent, qui ne continuera pas les maux de la Guerre, qui ne sera pas souillée de nos larmes ny noire de nostre deuil ; qui ne versera pas sur les Esehafauts le sang que les Batailles auront espargné. 6e sera vne Paix qui ramènera dans le Monde la Douceur et l'Humanité, les Vertus et les Maximes Chresti^nes; qui donnera de la respiration au Peuple après de si longues défaillances, qui rendra la Subjetion aussi bonne que la Liberté, parce qu'elle fera régner la Loy aussi absolument que le Prince.
Cette Paix, Madame, n'estonnera point le Monde par les excez et les déreglemens dVn pouvoir aveugle, par des Spectacles de Grandeur énorme plustost que de véritable Majesté. Elle ne formera point de Météores qui obscurcissent les Astres et qui cachent le Soleil. Elle n'eslevera point de Domestiques, qui chassent les Ënfans de la Maison, ny de Favoris qui choquent les Princes : Elle ne produira point de Corps estranges, monstrueux et tumultuaires^ pour les opposer aux légitimes et naturelles lurisdictions, aux Corps immortels des Compagnies Souveraines.
Cette Paix laissem la liberté aux Oracles, et rendra au Parlement son autnirité, qui est la vostre, Madame, et qui ne court point de fortune entre ses mains. Mais c'est vne chose desja faite, et que la France ne devra point à la Paix. Ce Parlement, qui plus d'vne fois a sauvé TEstat, qui, de la mémoire de nos Pères, a esté le ôdele gardien de la Loy Salique, qui nouvellement a tesmoigné tant de zèle et de de> votion à vostre Majesté; a recouvré Thonneur qui luy avoit esté ravy, a receû le pouvoir de sauver encore TEstat, si TOrage le menaçoit encore, si les Pirates s'en vouloient encore saisir, si la Seureté publique avoit encore besoin de sa résistance et de son courage.
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UISCOVKS A LA lUlYNK RKliKNTK. 387.
Ce ne serajms pourtaDt vne V^ix si occupée à procurer U* bien de Plusieurs, qu elle ne songe prineipalement à conserver les avantages dVn Seul. Elle corrigera TÂbus de rAuthorite comme vn très-grand *mal, mais elle en estoufl'era le Mesprls comme le plus grand de tous les maux. Elle n'oubliera rien à prévoir, ayant des lumières infaillibles qui la guideront. Elle n'oubliera rien à entreprendre, estant animée de Fesprit de vostre sage Conseil, qui n'a garde de favoriser là Confusion, puisqu'il est luy-mesme le premier effet de Tordre que vostre Majesté nous vient d'apporter.
Ainsi, Madame, vous et vostre Paix nous apportant peu à peu de salutaires nouveautez et vne saincte reformation, ce ne sera pas la France de dernièrement et d'aujourd'buy que nous regarderons avec pitié; ce sera la France du temps de nos Pères, la France purgée et rajeunie, que nous conside* Ferons avec merveille. Le Fort et le Solide estant establis, les beautez et les ornemens viendront après la solidité. Car, avec le temps, ce sera vne Paix riche et libérale, inventive et spirituelle, fleurissante en Arts et en Gonnoissances, pom* peuse et superbe par la MagniGcence publique, couronnée des mesmes rayons de gloire et de la mesme splendeur que la Paix du Roy Salomon, que celle de l'Empereur Auguste, que oelle de Henry le Grand, beau-pere de vostre Majesté.
Il y a bien du chemin à faire pour en venir là. Mais ce> pendant. Madame, cette Paix travaillant au plus aisé, qui n'est pas le moins nécessaire, renouvellera l'ancien cuite de nos Pères et la vieille dévotion Françoise pour le sacré charactere du sang de France, tiendra en parfaite vnion la maison Royale, sera soigneuse et jalouse de ses droicts, la fera révérer par toutes les autres Maisons Souveraines. Elle sçaura distinguer les Princes, et garder les Bornes et les Ëntredeux qui les séparent. Elle ne souffrira point de comparaison avec la race de Sainct Louis.
Elle tirera particulièrement hors du pair, mettra au dessus
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de toutes choses, la personne de Monseigneur le Duc d'Orleans. Rt en cet estat-(à, nous le pourrons voir à nostre aise et à descouvert : Nous verrons enfln cet excellent Prince, que les vapeurs et les nuages dVn Temps contraire, pour ne pas dire les violences et les artifices d'vne Cour ennemie, nous empeschoient de voir tel qu'il est. N'ayant plus à combattre la résistance du Cabinet, et ne rencontrant plus d'obstacle entre luy et le Public (pareilles interpositions causent les Esclipses), il y a de Tapparenc^ qu'il va remplir le Monde de sa lumière ; Il va agir si Wtement, soit du cœur, soit de l'esprit, qu'on connoistra bien que, sans autre droict que celuy qu'a la haute Vertu sur les' entreprises difficiles, c'estoit à son grand mérite qu'estoient deûs les grands emplois, et que, pour estre le premier en estime comme en dignité, il ne luy manquoit que d'estre en sa place.
Vous sçavez, Madame, le tort qui luy a esté fait. Vous avez tousjours esté asseurée de ses bonnes intentions : Mais a présent personne n'en doute, et cette vérité obscurcie parut si nette et si pure le jour que vostre Majesté fut au Parlement, qu'elle redoubla en quelque façon la clarté d'vn si beau jour. Les paroles que dit son Altesse Royale en vostre présence, pleines de feu et de passion pour le bien de sa Patrie et pour la grandeur de vos Majestez, justifièrent glorieusement sa conduite et ses actions passées : Elles détrompèrent la Crédulité. Elles fermeront à jamais la bouche à la Calomnie. Et qui ne vit ce jour-là, par le bon exemple quVn Prince si puissant et si regardé donna à toute la France, qu'il ne s'estoit esloigné de la Cour à diverses fois que pous se conserver à l'Estat, et qu'il faisoit mesme le service du feu Roy lorsqu'il sembloitne pas faire sa volonté?
De quelque ardeur que son courage soit allumé, et quelque gloire que luy promette la Guerre, vostre Majesté désirant la Paix, il ne s'opposera pas à vostre désir. Mais aussi cette Paix, approuvée de ses amis et maintenue par ses soins,
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DlSCOVUS A LA KtYNE REGENTE. 385
ne sera pas ingrate, quand il faudra rendre à sa fidélité les honneurs extraordinaires qu'il n'aura pas voulu devoir à son ambition, ne sera pas muette quand il faudra publier que le Salut du Royaume luy a esté plus cher que sa propre Gloire, et qu'il trouve bon que la Renommée se taise de ses Victoires pour parler de vostre Paix.
le ne finirois jamais si je voulois conter tous les avantages qui doivent naistre de cette bienheureuse Paix : Il faut conclure par le plus grand et le plus considérable. C'est, Madame, qu'elle fournira à vostre Majesté des journées tran- (|uilles et vn beau loisir, pour remployer à la bonne nourriture du Roy vostre Fils. Vos pensées, qui se divisent aujour- (fhuy en autant d'endroits que la Chrestienté a de besoins, et qui embrassent en mesme temps plusieurs Provinces et plusieurs Royaumes, seront alors toutes recueillies et toutes arrestées en ce seul objet. Apres nous avoir donné vn Prince, vostre Majesté nous fera vn second présent de ce mesme Prince; et, par vue excellente Institution, elle nous le redonnera le meilleur et le plus vertueux de son Siècle.
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RELATIOJN A MENAiNURE.
LES PASSAGES DEFENDVS.