‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 62 sur 90 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

UE MONSEIGNEYR îfl CARDINAL DE RICHELIËV

A MONSl&VR DE BALSAC.

MON^IRVR, *

Bien que j'aye desja fait connoistre à Tvn de vos amis le jugement que je faisois des Lettres qu*il m''a fait voir de vostre part, je ne me satisferois pas moy-mesme si ces lignes ne Vous en portoîent une approbation plus authentique. Ce n'est pas l'affection que j*ay pour vous qui me convie à vous la donner, mais la vérité, qui a cet avantage, qu'elle force ceux qui ont les yeux de l'esprit assez bons pour la voir telle qii'elle est, à la représenter sans desguisement. Mon "sentiment sera ^niivi de beaucoup d'autres, et s'il y en a

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quelques-vns qui en ayent vn contraire, j*ose vous asseurer que le temps leur fera connoistre que les défauts qu'ils remarquent en vos Lettres viennent de leur esprit et non de vostre plume ; et qu'ils sont comme ces pauvres malades qui, ayant la jaunisse jusques dedans les yeux, ne voyent rien qui ne leur semble en avoir la teinture. Autrefois les esprits médiocres admiroient tout ce qui passoit leur portée; maintenant leur jugement suit leur puissance, car ils n'approuvent que ce qu'ils peuvent faire, et blasment ce qui est au-dessus d*eux. Tose dire sans présomption qu'en ce qui vous concerne je voy les choses comme elles sont, et les dis telles que je les voy. Les conceptions de vos Lettres sont fortes et aussi esloignées des imaginations ordinaires qu'elles sont conformes au sens commun de ceux qui ont le jugement relevé ; la diction en est pure, les paroles autant choisies qu'elles le peuvent estre pour n'avoir rien d'affecté, le sens clair et net, et les périodes accomplies de tous leurs nombres. Ce sentiment est d'autant plus ingénu, qu'en approuvant tout ce qui est de vous en vos Lettres, je ne vous ay point celé que je trouvois quelque chose à désirer en ce que vous y mettez d'autruy, craignant que la liberté de vos paroles ne fist croire qu'il y en eust en leur humeur et en leurs mœurs, et ne portast ceux qui les connoistroient plus de nom que de conversation à en faire vn autre jugement que vous ne souhaiteriez vous-mesme. La façon avec laquelle vous avez receû cet advis fait qu'en continuant ma franchise, je fmiray en vous advertissant que vous seriez responsable devant Dieu si vous laissiez votre plume oisive, et que vous la devez employer en de plus graves et de plus importans subjets, voulant que vous m'en fassiez reproche, si vous n'avez ce contentement de voir que ce que vous ferez sera loiié et estimé de ceux mesmes qui voudroient avoir occasion de le blasmer, qui est Tvne des plus seures marques de la perfection d'vn ouvrage. Vous en recevrez de

celles de mon affection quand ]*auray moyen de vous tesmoigner que je suis,

MONSIEVR

Yoslre bien alTectionné, etc.

De Paris, ce 4 février 1624.

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