A M" LE CARDINAL DE LA VALETTE
SVR LE BRVIT QVl COTRVT ▲ ROME
QVE LA PAIX ATOIT ESTÉ FAITE A MONTAVRAN, GRANDEMENT AVANTA6EVSE
POVR CBVX DE U RELlfiION PRETENDVE REFORMÉE.
MONSEIGNEYR,
le me figurots qu'vn de ces jours les Huguenots seroient au nombre des choses passées, ou que pour le moins ils porteroient des chapeaux jaunes et iroient vue fois la semaine au Sermon, aussi bien que les luifs de cette ville. Mais on dit par tout que le Koy a mieux aimé céder à Tadvis de son Conseil, que de se croire soy-mesme, et qu'il a donné la paix à ses amis, qu'il avoit refusée aux rebelles. C'est vue nouvelle qui n'est icy au goust de personne, 'et
* Louis de Nogaret de la Valette, fils du célèbre duc d'Épemon, né vers 1592, honoré de la pourpre en 1621 par le Pape Paul V, mort à Rivoli en 1659.
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4iK iKUVRES DE BALZAC.
(]ui a surpris de telle façon les esprits de la Couf, qa'Us en ont tous perdu la parole. Quant à moy, Monseigneur» puisque vous m'avez commandé de ne laisser rien passer dans le Monde sans vous en dire mon sentiment, et que vous voulez que les aflaires publiques soient le subjet de toutes mes Lettres, il faut que je vous advouë en cette occasion que je suis estonné et que je resve comme les autres. Véritablement il n'esioit point besoin de faire traverser aux galères vn si long espace de mer, ny de tirer du sang de toutes les veines de TEstat par tant de nouveaux Edits, ny de recevoir (les pertes que la France pleurera des siècles entiers, pour irriter seulement desbestes sauvages. le serais présomptueux si je voulois pénétrer dans les secrets des affaires, et si je pensois voir clairement des choses qui sont autant au-dessus de moy que le Soleil et les Astres. le ne scay si le Roy ne se reserve point quelque pensée intérieure pour achever ses desseins par d'autres moyens que ceux qui sont connus du Monde : Ifais je sçay bien qu'if ne sçauroit faire changer de nature à THeresie, et que quoy qu'il la flatte, ellesera tous* jours ennemie de son authorité et rebelle à ses commandemens. Tout le temps qui s'est passé depui» la naissance de cette nouvelle opinion jusques à cette heure a plustost esté vn interrègne et vue suspension c^e la puissance légitime, que la véritable suite de Tancien gouvernement de nos Pères. Il a fallu que les Rois ayent fait vn serment contraire à cèluy de leur Sacre et qu'ils sç soient obligez de prendre la protection de ceux dont ils venoient de jurer d^entreprendre la ruine : Ils ont receû de leurs Subjets les conditions de la paix qu'ils avoient accoustumé de leur donner : Et sans mettre en avant qu'au milieu dé leurs Estats il y a des villes qui sont frontières et que la France n'est pas plus divisée de l'Espagne et de l'Angleterre par la mer et par les montagnes, que d'elle-mesme par THeresie, qui ne sçait que c'est elle qui ramasse tous les mesoonten-
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tameiis des Grands et les teoUilleries de la Cour, pour troubler Dostre repos v&efeis ran^ et qaelle a esté ou la mère ou la Dourfice de toutes les Faietiûias.^fue nous avons veuës? En cet estat-là, Monseigneur, il n'y a point d'apparence de songer aux «ffaire^^ estrangeres, ny de jetter les yeiîx sur le bien 4'siutruy. cep^nd^oH «qu'en nous dispute le nostre, et qu'il faut- que nous le tenions avec les deux mains» de peui' qu'il ne nou^ eschappe*. Comme les corps qui sont siibjats à ^pulqpe }ii4iqpp$iiî#B mô pww0SA s'«Â)igiiér de la dianbre, ny aoaflriT la nKÂndre inysa» de Tair sans courre fortune;: tout de mesme^ tant fpx^M &oy aura .vàe partie de son Estât malade, et qu'il se plaindra de: quelque costé, il ne faut pas qu'il parle d'aller visiter ses voysins, ny de passer les Wnes de son Royaume. 'Nous voicy donc, après vn an de guerre, aux termes où nous estions avant l'Assemblée de la Bochdie. Vu peu de résistance est venu à bout de toutes nos forces, et à cause que la victoire n'a pas arrivé au poinct que nous la desirions, nous nous sommes incontinent défiés de la Grâce de Dieu, et nous avons désespéré de la fortune de son Eglise. Est-il possible que la patience, sans laquelle on ne fait rien à la chasse et on ne sçauroit gaigner vn jeu aux Echecs, n'ait pu estre apportée à la defrase de la Religion et à la Gonqueste de la moitié d'vn Royaume? Pour nous délivrer de quelques petits maux presens, nous n'avons eu esgard ny au passé ny à Tadvenir, et avons fait cette belle Paix qui n'achevé point nos malheurs, qui ne fait point cesser nos défiances, à qui tant de mères de- Biandent leurs fils, tant de femmes leurs maris, et toute la France Monsieur du Mayne^. le prie Dieu, Monseigneur,
* Le dernier duc de Mayenne, tils du duc de Mayenne de la Ligue. Henri de Lorraine, duc de Mayenne, grand chambellan de France, gouverneur de («uy^nne, «é ein 1576, ttfé imsiége de jtfontauban en 1621 , à l'âge de quarante-trois ans. Il n'était pas rnarié.^
qu'il na soit rien de ce que je viens de dire, et que je me sois mis en cholere sur vne nouvelle fausse. Il est vray qu'il y a quatre jours qu'elle court par cette ville» et Monsieur le Cardinal de Sourdis la tient de la propre bouche de sa Saincteté. Hais le Pape mesme ne le sçachant que du bruit commun qui nous a souvent asseurez de la conversion du Roy de la Chine, et qui a tué vne infinité de Princes qui se portent bien, ce sera peut-estre un phantosme qui disparoitra à la première depesche du Roy. En ce cas-là, je seray fort ayse de vous avoir escrit une fable plustost qu'vne histoire, et j'aime mieux perdre mes paroles que si je perdois mon espérance. C'est,
MONSEIGNEVR
Vofitre tres^humble et tres-fidele serviteur,
BALZAC
Le 37 septembre 1621.