‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 64 sur 90 · A M«« LE CARDINAL DE LA VALETTE · texte numérisé non relu

A M«« LE CARDINAL DE LA VALETTE

MONSEIGNEVR

L'espérance qu'on me donne depuis trois mois, que vous devez passer tous les jours en ce pays, m'a empesché jusques

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LËTtWfcS ET 1»ENSÉËS. M

icy de vous escrire et de me servir de ce seul moyen qui me reste de m'approcher de vostre personne. Mais puisque vous avez jugé que de quitter la Cour tout d'vn coup, ce seroit autant que mourir de mort subite, et qu'il ne faut pas moins de force ny de temps pour se résoudre à laisser les choses plaisantes que pour surmonter les difficiles, je reprendray, s'il vous plaist, le commerce que le bruit commun m'avoit fait cesser et ne.croiray pas vne autre fois que vous puissiez sortir de Paris plus aysement que TÂrcenal et le Louvre. Si ce n'estoit vn lieu tout plein d'enchantemens et de chaisnes^ et qui a vne telle force d'attirer et de retenir les hommes, qu*il a fallu donner des batailles pour enchâsser les Anglbiset en esloigner les Espagnols, on pourroits'estonner de la peine que vous avez à vous en tirer. Hais il est certain que tout le monde y trouve sa maison et ses affaires, et pour vous, Monseigneur, puis qu'en ce pays-là les Rois naissent et deviennent vieux, et que c'est le siège de leur Empire, personne ne vous sçauroit blasmer d'y demeurer trop long-temps, sans vous accuser d'aimer vostre maistre et de vouloir estre prés de sa personne. A Rome, vous marcherez sur des pierres qui ont esté les dieux de César et de Pom« pée : vous considérerez les ruines de ces grands ouvrages dont la vieillesse est encore bc»lle, et vous vous promènerez tous les jours parmy les lik^toires et les fables. Mais ce sont les amusemens d'vn esprit qui se contente de peu, et non pas les occupations d'vn homme qui prend plaisir de navi-^ guer dans Torage, et qui n'est pas venu au monde pour le laisser en oysiveté. Quand vous aurez veû le Tibre, au bord duquel les Romains ont fait Tapprentissage de leurs victoires et commencé ce long dessein qu'ils n'achevèrent qu'aux extremitez de la terre ; quand vous serez monté au Gapitole, où ils croyent que Dieu estoit aussi présent que dans le Ciel, et qu'il avoit enfermé le destin de la monarchie universelle : après que vous aurez passé au travers de

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ifiH (BUYKKS DE BALZAC.

m grand atipuce qui esloit dédié aux plaisirs du peuple et ujùi le sang des martyr» a eafé>itNi?eiit meslé- avec celuy des eriminels et des besles; jfe ne doute^point qo^apres avoir encore regardé beaucoup d'autres eboses, vous ne vous lassiez à la fin. du repos etck la tranquillité de Rome, qui sont deux eboses beaucoup plus propres à la nuiet et aux cimetières qu a la cour et à la lumière du monde. Toutefois ce n'est pas mon dessein de vous desgousler dVn voyage que le Roy vous a commandé défaire et duquel j'espererois estre le guide, si mon meschant corps suivoit le mouvement de ma volonté. Mais véritablement, Monseigneur, je sub intéressé en eette affaire, et quand je me regarde tout seul, j'aurois envie de vous rendresuspeets les biens que j'ay peur de ne recevoir pas avec vous.Quoy que je die pourtant, je ne m*aime pas de telle sorte que je vetiille préférer mon contentement aux désirs de tout le monde et aux nécessitez de TEglise. Il est besoin pour vne infinité de considérations importantes, que vous soyez au premier conclave et que vous vous trouviez à cette guerre qui ne laissera pas d'estre grande pour estre composée de personnes desarmées et pour ne faire ny veuves ny orpbelins. le sçay bien que vous avex veù ailleurs de plus dangereuses occasions et que vous ave2 souvent désiré des victoires plus sanglantes. Neantmoins^ quelque grand objet que se (HTopose vostre ambition, elle ne sçaurott rien concevoir de si haut que de donner en tnesme temps vn sncces8<»ir aux Consuls, aux Empereurs et aut Apostres, et d'aller faire de vosire bouche cduy qui tnatèhe sur la teste des Rois et qui a la conduite de toutes lésâmes. Encore que ma santé soit si peu asseUrée, que je ne m' eu puisse pi*omettre treis)oufs de suite^ je n*ay pas tou« tefols perdu l'ësperaucé dé vous voir vu jour en ce pays-là donner des loix à ceux qui obeïssôtit et des eiemples à ceut qui commandent. Peut*estre, Monseigneut*, que Dieu iûe conservera pour T^mour de vous, afin que rien ne manque

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LETTRES ET PENSÉES. iiS

à vostre gloire, et qu'il y ait un homme au monde qui puisse vous louer comme vous le méritez. C'est,

MONSEIGMËVR, Voslre très-humble et tres-obeîssant serviteur,

BALZAC

Le 3 juin 1623.

A MONSIEVR L'EVESQVE D'AYRE

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