LNFIRMITEZ DE SON CORPS ET DE SON AME
MoîfSIEVR**,
Si d'abord vous ne connoissez pas ma lettre, el si vous voulez sçavoir qui vous escrit, c'est vn homme qui est plus
* Sébastien Boutbillicr, cinquante-quatrième évêque de ce diocèse, né vers 1581, mort à Mont-de-Marsan le 17 janvier 1625; « Summo, ajoute « la Gallia Christianay diœcesis suée luctu, cum in Episcopatu nondum an* ft num explevisset. » *
** « Estant encore enfant, « dit Balzac au H. P. dom'André de Saint*l>euis, a j'avois grand commerce de lettres avec feu Mousieui* Goeffeteau, '< Evesque de Dardanie, nommé par le Roy à rEvcsché de Mai-seille. Ce
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124 (KUVKES DE BALZAC.
vieux que son père, qui est aussi vsé quVn vaisseau qui au- Foit fait trois fois le voyage des Indes, et qui n^est plus rien queles restes de celuy que vous avez veû àRome. En ce tempslà je meplaignois quelquefois injustement, et peut-estre qu'il n'y a voit pas grande différence entre la santé des autres et ma maladie. Au moins, soit que j*aye l'imagination offensée, soit que ma douleur présente ne reçoive plus de comparaison dans le monde, je commence à regretter la fièvre et la sciatique, comme des biens que j'ay perdus, et les plaisirs de ma jeunesse qui se sont passez. Voilà à quels termes je suis réduit et comme quoy je vis, si toutefois c'est vivre que de combattre continuellement avec la mort. II est vray qu*il n'y a pas assez de force en toutes les paroles du monde pour vous exprimer les maux que j'endure; ils ne laissent point de lieu à la science des Médecins, ny à la patience du Malade, et la Nature n'a fait pour leur remède que le poison et les précipices. Mais j'ay peur de me laisser vaincre à la violence de la douleur et de la souffrir moins chrestiennement que je ne devrois faire, ayant esté tesmoin de vostre pieté et pu profiter de vostre exemple. 11 est temps, Monsieur, que je dompte ce meschant esprit qui emporte par force ma volonté, et que le vieil Adam obéisse à Tautre. Ce n'est pas qu'il ne
• a sçavant Prélat se contenta tousjours de Mofuieur dans nostre commerce. « En ce mesme temps, nous n'escrivions pas dVne autre sorle à Monsieur u l'Ëvesque de Luçon (Richelieu), qui s'est depuis eslevé si haut au-dessus (( de toutes les qualitez et de tous les tiltres. Monsieur de Racan fut le « premier qui me mist du scrupule dans Tesprit, et qui me remonstra que « la dignité d'Ëvesque ne dey oit pas estre moins respectée par vn vray « Ghrestien, que celle de Duc et Pair par vn naturel François. Sa renions- « trance me sembla fondée en raison, et nous résolûmes luy et moy de don « ner iTadTenir du Morueigneur à tous les Evesques, sans excepter TE- « vesque de Rethleem, quoy qu'il logeas! dans vn trou de collège de Paris. « quoy qu'il allast à pied par les rués, quoy qu'il fust luy-mesme son Au- « mosnier. » (Disc. impr. à la suite du Sotrate chrfstien. Paris, 1652, 4*, p. 210.)
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LETTRES ET PKNSÉÊS. 426
me fasche fort de devoir mon salut à ma misère, et que je ne voulusse que ce fust une plus noble considération que celle de la nécessité qui me fist homme de bien. Mais puisque les moyens de nous sauver nous sont donnez et que nous ne les choisissons pas, il faut que la raison combatte notre sentiment pour nous faire trouver bon ce qui ne nous est pas agréable. Au pis aller, c'est tousjours ne se perdre pas que d'estre porté à bord par un naufrage; et peut-estre que si Dieu ne me chassoit comme il fait de cette vie, je ne penserois jamais à vne meilleure. le me reserve à vous dire le reste quand vous serez de retour dltatie et que je pourray vous faire voir mon ame toute nue et mes pensées en la simplicité qu'elles naissent. Vous estes la seule personne de qui j'attends du soulagement, et je croy estre plus riche de posséder vostre amitié que si j'avois la faveur de tous les Rois et tout lerevenu de leurs Royaumes. Aussi, depuis que jevous escrivis de Lyon, voicy la première fois que je me sers de mes mains, et j'ay receû cent lettres de mes amis, sans que j'y aye fait aucune response. Par là vous voyez qu'il n'y a que vostre considération qui soit capable de me faire rompre mon silence, et que pour tous les autres j'ay perdu l'vsage de la parole, le vous prie pourtant de croire que mon affection n'est ny avare ny ambitieuse. Les biens que je désire devons sont purement spirituels,et je suis en un estât où j'ay plus besoin de mettre ordre aux affaires de ma conscience, que de songer à Teslablissement de ma fortune. Hais, Monsieur, pour changer de discours, et m'esloigner un peu de mes maux, diles-moy, s'il vous plaist, que faites-vous si long-temps à Rome? Le Pape se mocque-tMl de nous, et veutil laisser à son successeur la gloire de la meilleure eslection qui se sçauroit faire? N'a-t'il point peur qu'on die qu'il s'entend avec les Huguenots, et qu'il ne prend pas l'advis du Sainct Esprit en ce qui regarde l'honneur de l'Eglise? Au nom de Dieu, apporlez-moy bien-tost de ses nouvelles, pour- I 24
426 (BUVRCS DE BALZAC.
veu qu'elle soient telles que le Roy les demande, et que les gens de bien les désirent. Il ne sera point dit, je m'asseure, que vous ayez parié si long-temps Italien inutilenient, ny que vous puissiez accuser d^erreur les prédictions de celuy qui ne vous mentit jamais, et qui est parfaitement,
MOMSIEVR,
Vofltre tras-humble serriteur,
BALZAC
Le 4 juillet les».
A MONSIEVK DE LAMOTTE-AIGRON^
OeSGftlPTIOM t)B son DB8ERT.
MoNSIEVHj
tl fist hier un de ces beatix jours sans soleil, que vous dites qui ressemblent à cette belle aveugle dont Philippe se-
* J. Aigron de la BloUe, avocat au siège présidial d'Aogoumois. On a de lui , oulre la préface de» premières Lettres de Balzac, — TAf mù en deuil, ou Regret ftinebre sur la uiorl du jeuue Kobcrl, advocal en la cour du Parlement, in-8*, i645. — Resporue à Phyllarque, iiit-8% Paris,' 4008.
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LETTRES ET PKNSÉES. 487
cond estoit amoureux. En vérité, ']é n'eus jamais tant, de plaisir à m'entretenir moy-mesnoe^ et quoy que je me promenasse en vne Campagne toute nuë, et qui ne:Hçauroit ser* vir à Tusage des hommes qu^ pour estre le champ d- vne bataille, neantmoinsTombreque le Ciel faisoit de tous coûtez, m'empeschoit de désirer celle des grottes et 'des forests. La paix estoit générale depuis la plus haiite région de Tair jusques sur la face de la terre; Feau de U.rivi^ri» paroissoit aussi plate que celle d'vo lac; et si, m, ploine mer^ vn 4el calme surprenoit ppur tqusjour^ l6s> vaii^Q«ux<, ils ne pour*roient jamais ny se sauver ny $e perdre, le vous dis jeecy afin que vous regrettiez vn jour si heuneui^ une voua s^vdii perdu à la ville, et que vous descendiez quelquefoi^âe voflire Angoulesme, où vo,us alleiz de pair avec nos tpurs et A08,)islor chers^ pour vçnir recevoir 1^ plaisirs d^sancieilS'Itoifl» qui se desalteroiefit dans lea.fonf^ines et ^e nauitissoi^t de ce qui tombe des arbrçvs. Novs. sommes icy en -vn petit roftd; t^oui couronné d^ montagnes* où il resta eneose quelques grains de cet or dont, les premiers siècle ont .esté faits* Certainement, quand le feu s'allume «aux quatre coins, df la France^^.et qu'à cent p^s 4'i<^y la lerre est toule^iOMiverte (je troupes, les armées ennemies dVn commua caosanter ment pardonnent tpu^sjour^ à^nostre village, et.le.prinlie0q^< qui commence Içs sièges et les autres ei|jlreprft$ea>3le la guerre, et qui depuis douze an^ a esté <mOiin(s attenduipour le changement des saisons ql^-pour celuy desi affaires, ne nous fait jamais rien voir de nouveau que des vicdettes et des roses* liostre Peuple ne se conserve da«s sm innocence ny par la crainte des Loix ny par l'estude de la Sagesse; pour bien.faire:^ il suit s^mpiemcntJia bonté de sa naturey et tire plus d'avantage de Tiporane^ du vice>. que nalus n'en avons de la conno^ssance d<6 la Vertu. De sdrte qu'on ce Royaume de demie lieuë on ne sçait que trompav^que les oyçeaux et les bestes, et le stile du Palais est v.ne langue
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aussi inconnue que celle de rAmerique ou de quelque autre nouveau monde , qui s'est sauvé de Tavariee de Ferdinand et de Fambition dTsabelle. Les choses qui nuisent à la santé des hommes, ou qui offensent leurs yeux, en sont généralement bannies : Il ne s'y vit jamais de lezars ny de coleuvres, et de toutes les sortes de reptiles, nous ne connoissons que les melons et les fraises. le ne veux pas vous faire le portrait dVne maison dont le dessein n'a pas esté conduit selon les règles de l'architecture, et la matière n'est pas si précieuse que le marbre et le porphyre. le vous diray seulement qu'à la porte il y a vn bois où en plein midy il n'entre de jour que ce qu'il en faut pour n'estre pas nuict, et pour empescher que toutes les couleurs ne soient noires. Tellement que, de Tobseurité et de la lumière, il se fait un troisiesme temps, qui peut estre supporté des yeux des malades et cacher les défauts des femmes qui sont fardées. Les arbres y sont verds jusques à la racine, tant de leurs propres feuilles que de celles du lierre qui les embrasse, et pour le fruict qui leur manque, leurs branches sont chargées de tourtres et de faisans en toutes les saisons de l'année. De là j'entre en vue prairie, où je marche sur les tulipes et les anémones, que j'ay fait mesler^ avec les autres fleurs.... le descends aussi quelquefois dans cette vallée, qui est la plus secrette partie de mon désert, et qui jusques içy n'avoit esté connue de personne. C'est vn pays à souhaiter et à peindre, que j'ay choisi pour vacquer à mes plus chères occupations, et passer les plus douces heures de ma vie. L'eau et les arbres ne le laissent jamais manquer de frais et de verd. Les Cygnes, qui couvroient autrefois toute la rivière, se sont retirez en ce lieu de seureté, et vivent dans un canal qui fait resver les plus grands parleurs, aussitost qu'ils s'en approchent, et au bord duquel je suis tousjours heureux, soit que je sois joyeux, soit que je sois triste. Pour peu que je m'y arreste, il me semble que je retourne en ma première inno-
eenee. Mes désirs, mes craintes et mes espérances cessent tout dVn coup. Tous les mouvemens de mon ame se relaschent, et je n'ay point de passions, ou si j'en ay, je les gouverne comme des bestes apprivoisées. Le Soleil envoyé bien de la clarté jusques-là , mais il n'y fait jamais aller de chaleur; le lieu est si bas, qu'il ne sçauroit recevoir que les dernières pointes de ses rayons, qui sont d'autant plus beaux qu'ils ont moins de force , et que leur lumière est toute pure. ..Par quelque porte que je sorte du logis, et de quelque part que je tourne les yeux en cette agréable solitude, je rencontre tousjours la Charente, dans laquelle les animaux qui vont boire voyent le Ciel aussi clairement que nous faisons, et joiiissent de Tavantage qu'ailleurs les hommes leur veulent ester. Hais cette belle eau aime tellement cette belle terre, qu'elle se divise en mille branches et fait vne infinité d'isles et de destours afin de s'y amuser davantage, et quand elle se desborde, ce n'est que pour rendre Tannée plus riche et pour nous faire prendre à la campagne ses truites et ses brochets, qui valent bien les crocodiles du Nil, et le faux or de toutes les rivières des Poëtes. Le grand Cardinal D**** est venu icy quelquefois changer de félicité, et laisser cette vertu severe, et cet esclat qui esblouit tout le monde, pour prendre des qualitez plus douces et vne majesté plus tranquille. Ce Cardinal, dont le Ciel veut faire tant de choses, et de qui je vous parle tous les jours, après avoir perdu vn frère si parfait, que s'il Teust choisi entre tous les hommes, il n'en eust pas pris vn autre; après avoir, disje, fait vne perte qui mérita des larmes de la Reyne, vint icy chercher du soulagement et recevoir des propres mains de Dieu, qui aime le silence et qui habite la solitude, ce qui ne se trouve point dans les discours de la Philosophie, ny dans la foule du monde, le vous apporterois d'autres exemples pour vous monstrer que mon désert a esté de tout temps fréquenté par des hermites illustres, et que les traces
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^es Princes et dçs grap^s Seigneurs $omf.e«eore fresehes dans mes allées; m^s afin, deiYpn^ coBTier^'y venir, je pense qu'il me suffit de vous dira que Virgile e^t moy vous y attendons, et. que si vous vous accompagne^, en ee voyage de vos muses et de vos papier^, nous, n'aurons que. foire* pour noQs entretenir, des noi^velles dQ la Cour ny des troubles d'AUemagnç. {e meure, si je. vis jamaisricoi de mieux que ce qui. sort des méditations. 4^ vostre esprH^ et ai la moindre partie 4® r<;)uvrage qu/a^ vpus m'avez,. montré ne vaut toute la foire de Francfort et tous les gQos livres qjai nous viennent du Septentrion, d'où nous vient ayec eux le grand froid et la gelée. le sçay bien que Monsieur le Président de Thou, qui estoit aussi, digo)e juge de, Feloquence latine que de la vie et de la fortune djBS hommes^ et, qpi nous auroit laissé vue histoire parfaite, s'il en eust voulu diminuer quelque chose, faisoit beaucoup de cas des gens de ce pays-là ; mais sans mentir, je n'ay pu ei^core deviner ce qui l'obligeoit d'aimer des espritsqui sont tputà fait contraires an sien, et qui ne connoissent pas seulement cet^ pureté romaine, que vous recherchez avec des soins si scrupuleux et vne diligence si exacte. Vous leur ferez do^c voir, je m'asseure, etauxsçavans mesmes de.delà les monts (qui pensent que tous ceux qui ne sont pas Italiens sont Scythes), de quelle façon on parloit au siècle d'Auguste, et en vn temps encore plus esloigné de la corruption des bonnes choses. En conscience, outre la propriété des mots et la chasteté du stile, qui donnent tant de lumière à ce que vous es* crivez, il faut advouer que vos pensées sont courageuses, qu'il y a apparence que Tancienne République en avoit de telles, lorsqu'elle estoit victorieuse du monde, et que le Sénat concevoit en de semblables termes les commandemeus qu'il faisoit aux Rois et les responses qu'il rendoit aux nations de la terre. Nous en dirons davantage quand vous serez arrivé où je vous attends, et que pour des fleurs, des
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fruicts et de rombre, que je voua prépare, \[ûi|§ m'apporterez toutes les richesses (]|e Tart et jde 1^ nature. A t^m (pour vser des termes de Monsieur le. Cardinal d'Ossat) Je vous donne le bonsoir, et vous déclare que si vous cherchez d^ excuses pour ne venir pas/je nje suis, plus , ., i
. Vostre tres^hiimble et fid^ 3èinri1(^ry
BALZAC
Du 4 septemhre 1622.
A MONSIEVR L'EVESQVE D'AYRE
IL LTY EXPOSE l'esTAT DE SON AME.
MONSIEVR
Puisque vous avez autant de soin de moy que de vostre Diocsese, et que vous trouveriez quelque chose à dire dans le Ciel, si je n'y estois avec vous, je feray ce qu'il me sera possible, afin que vous n'ayez pas désiré mon bien inutilement, et pour me pendre capable des conseils que vous me donnez par vostre lettre. 11 est vray qu'il y a si long-temps que je fais du mal, que je n'ay plus de mémoire de mon inno-
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cence, et je pense que j'aurois besoin d*vn lubilë qui ne fust que pour moy seul. D'ailleurs les bons mouvemens que j'ay sont si lasches, que du feu que les premiers Chrestiens ont enduré, à grand-peine supporterois-je la fumée. Neantmoins, Monsieur, en cet estat-là j'attends vn miracle de Celuy qui des pierres se peut faire des enfans, et je ne veux pas croire que sa miséricorde puisse jamais manquer à noslre misère. Puis qu'il a donné des ports aux mers les plus dangereuses, et de la clarté aux plus noires nuicts, peut-estre qu'il y a encore quelque chose pour moy dans les secrets de sa Providence, et si jusques icy je me suis esloigné du bon chemin, il permettra que je m'esgare ou que je me lasse en celuy du vice. Et c'est en cet endroit qu'il faut que je vous advouë la vérité, encore qu'elle me soit honteuse. Avec trois gouttes de mauvais sang qui me reste, j'ay toutes les passions de ceux qui se portent bien ; et les tyrans qui brusleut les villes au premier mouvement de leur cholere, et se permettent tout ce qui est défendu par les Loix, ne font rien plus que moy, que de joiiir des choses que je désire et d'çxecuter les desseins qui me demeurent en la volonté, à cause que leur puissance me manque. Ny la fièvre, ny la sciatique, ny la gravelle, n'ont pu encore vaincre mon esprit et le rendre capable de discipline, et si le temps avoit adjousté la vieillesse à mes autres maux, je croy que je voudrois voir avec des lunettes les choses que vous fuyez, et me faire porter aux lieux où je ne pourrois pas aller de moymesme. De sorte que, comme il y a des peintures qu'il faudroit effacer, pour en oster lés défauts, ainsi j'ay peur qu'il n'y ait que la mort qui puisse finir mes péchez, si par vostre moyen je ne commence vue seconde vie, qui soit meilleure que la première. Pour cet effet (je vous le dis tout de bon) mettez vostre clergé en prières, et ordonnez vtf jeusne public de la mesme sorte que si vous aviez à demander au Giella conversion du Grand Turc ou du Rov de Perse. Pn>-
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posez-vous des Monstres à combattre en ma volonté, et vne ' infinité d'ennemis à défaire en mes passions, et âpres cela, vous m'advouerez que je ne vous ay pas fait les choses plus grandes qu'elles ne sont, et que, si on m'ostoit vn désir imparfait que j'ay de me repentir, et quelque petite résistance que je fais au commencement du mal, il n'y auroit point de différence entre moy et le plus grand pécheur qui soit sur la terre. Mais ne prenez pas ce que je vous escris pour vne marque de mon humilité, car vous ne leustes jamais de plus véritable histoire : Et ce que Sainct Paul disoit en la personne du genre humain et s'accusant des fautes des autres, c'est ma déposition que je fais entre les mains de la lustice divine. le m'en veux mal à moy-mesme : Mais il est certain que je sens tant de froideur aux actions de pieté, qu'il semble que mon esprit entre en prison quand mon devoir m'appelle à l'Eglise, et lorsque j'y suis, j'y cherche plustostdesdivertissemens et des tentations, que de l'instruction et du profit. La prière mesme de la pensée, qui est vn sacrifice de toutes les heures du jour, qui se peut faire sans brusler d'encens ny tuer de bestes, et dont la fin est si proche du commencement, m'est vne aussi grande corvée que si j'avois à faire le voyage de Montferrat ou celuy de Nostre- Dame-de-Lorette. le suis tousjours triste, mais je ne suis jamais pénitent; j'aime la solitude, mais je hay l'austérité; je suis du party des gens de bien, mais je suis du nombre des meschans. Que si quelquefois je me resous de changer de vie, et s'il me vient de petits rayons de dévotion, c'est vne lumière qui dure si peu et est si foible, qu'elle ne m'eselaire ny ne m'eschauffe. il faut donc de nécessité que vous travailliez à ma conversion, que je ne sçaurois opérer de mes propres forces, et que je vous serve de matière, de laquelle vous fassiez vn homme de bien. S'il y a des Saincts que nous devons aux larmes et à l'intercession des autres, et si les Martyrs ont fait quelquefois de leurs bourreaux des
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(lompagDODs de leur gloire, je puis bien espérer que vous me sauverez avec vous, et qu'vn jour peutrestre je seray mis au nombre de vos miracles. le sçay, Monsieur, que vous vivez aussi purement que si vous n'aviez point de corps, et que vous n'aimastes jamais qi|^ la Beauté dont toutes les autres sont venues, et partant il n'y a point de doute qu'vne si rare vertu ne sçauroit estre refusée de Die^^ quelque demande qu'elle luy fasse, et que pour elle il n'a point donné à sa bonté d'autres bornes jque celles de sa puissance. A tout le moins, vous trouverez en moy de Tobeissance et de la docilité, si je n'ay acquis de plus fortes habitudes, et dans la corruption de ce Siècle où presque tous les esprits se révoltent de la Foy, vous aurez a faire à vn homme qui ne veut rien croire de plus véritable qiie ce c(^'il a appris de S9\ mère et de sa nourrice. En ce qui ne regarde pas mesme l^ Religion, si.j'ay eu autrefois quelques: sentimens par^çuliers, je Iqs quitte de bon cour^ afin de vçlq recoacilier avec le Peuple, et ne paroistre pas ei^neipy de ma patrie pour vn petit mot ou vue chose de peu d'impprtajDce. Si ... * eust suivy cette maxime, il vivroit en seiu*e^ parmy Je,s h^Momes et ne.^seroit pas poursuivy à outrance jcomjne la pl^s farouche de toutes les bestes; Mais il a mieux aimé finir, p^f vpe tragédie, que d'attendre vue mprt .qui fust inconnue au monde, et ne faire rien que des choses ordinaires. A ce qi,ie j'apprends, et si le bruit qui court est. véritable, il s'est imaginé qu^jl pouvqit estre ce dernier faux Prophète, dont la
* Le personnage dotit il estiei question ii'epfa autre <{ii0!I1iéoi)[>We. Théophile de Viaud, né à Boussères-Saiste-Hadegonde en Agenois, vers Tan 1590, mort à Paris le 25 septembre 1626, fut poursuivi conuneauteiir de la publicatioh du Parncuse de vers eatiriques (1622), recueil rempli d'obso^nités et d'impiétés; oondamnépar eontumaee le 49fioùt id23, comme criminel' de lèse-majesté dWine et hamaiiie, à faire amende honorable devant l'église Notre-Dame et â être brûlé vif. Cette senteoee fut commuée en un simple bannissement de Paris. ...
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' I.ETÏRES Et PËNSKES. 435
vieillesse de l'Eglise est men&eée, et quoy qu'il soit né pau* vre, et qu'il euét peu de fortune, il a esté si présomptueux que de se prendre potnr feeluy^lâ; qui doit venir avec des armées troubler la paix dès consciences, et à qui les Démons gardent toiis les ihresors qui sont cachée sous la Terre. Du temps qu'il se contentoit de faire des fautes pùretnent humaines, et qdll eserivôit avec des' mains qui n'estoient pas encore coupables, je luy ay souvent monstre qu'il ne faisoit pas d'excellens i^rs, et qu'il s'estimoit injustement vn grand personnage. Mais voyant que les règles que je luy proposois pour la reformation de son stUë estoient trop sévères et qu'il ne pouvpit pas venir où je le voulois mener, il a jugé peutestre» qu'il devoit chercher vn autre chemin pour se mettre en crédit à la Cour, et que de Poëte médiocre, il pourroit devenir grand législateur. Si bien qu'on dit partout qu'après avoir' renversé quantité de foibles esprits et paru long^ temps au milieu d'vne multitude ignorante, il a fait à la fin comme vn homme qui se jetteroit dans vn précipice pour aecpierir la réputation de bien sauter. Vous sçavez, Monsieur, <^ que nous avons dit autrefois de cette sorte de gens, et la foiblesse= que vous m'avez monstrée aux principes de leur mauvaise doctrine. Et véritablement, quelque désbauché' qu'ait eSté mon esprit, je Tay tousjaurs sofasmis à Tauthoritéde UEglise, et au consentement des Peuples ; Et comthefdy creû qu'vie'goutte'd'eau se pouvoit beaucoup plus aisemÈfnt corroiripre' que toute la mer, j'ay pensé de mesmie que le» -Oj^ûiond particulières "ne sçauroient jamais estre si saines que les générales. Vn pauvre homrtie, qui ne se connôist que par le rapport d'autruy, qui perd l'esprit dans la cousideratiôW dès moindres ouvrages de la Nature, qbi dtepuis*'tam de siècles n'a pu trouver la cause du desbordem'etifrd'^ne rivière ny dés intervalles de la fièvre tierce, eopiment peut-il parler hardiment de cette majesté infinie devant lactuelle les Anges se couvrent la face de leurs aisles.
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456 Œ13VKES DE BALZAC.
et ie Ciel s abbaisse jusques aux abysmes? Il ne dous reste que la seule gloire de rhumilité et de Tobeissance dans laquelle nous devons nous conserver; et puis qu'il est certain que la raison des hommes ne s'estend pas si loin que la vérité des choses, au lieu de plaider les points de la Religion, il nous doit suffire d'en adorer les mystères. Autrement certes, si nous voulons aller plus avant, et chercher vne chose qui a esté inconnue à toute la philosophie, et qui s'est cachée aux Sages du Monde, nous ne remporterous rien d'vne si profane curiosité que resbioûissement de nos yeux et la confusion de nostre esprit. Dieu nous a descouvert par la lumière de son Evangile, beaucoup de veritez que nous ignorions, mais il nous en reserve beaucoup davantage que nous n'apprendrons qu'au Royaume qu'il prépare à ses Esleus, et par la vision de sa seule face. Cependant, afin de rendre le mérite de nostre foy plus grand et nostre pieté plus parfaite, il veut que les Chrestiens soient comme des aveugles amoureux, et qu'ils n'ayent des désirs ny de Tesperance que pour des choses qui sont esloignées de leurs sens et qu'ils ne peuvent comprendre par leur raison natuturelle. Si tost que le terme que vous m'aurez donné sera venu, et que les premières fleurs nous auront amené les beaux jours, je m'en vais vous escouter sur ces graves et importantes matières, et me rendre homme de bien par l'ouïe, puisque c'est le sens qui est destiné à recevoir les Veritez Chrestiennes, et par lequel le Fils de Dieu a esté conceû et son Royaume estably entre les hommes. Hais il n'est pas besoin que vous cherchiez de l'artifice, ny que vous me représentiez le lieu de vostre demeure avec tant de belles couleurs, pour me convier d'y aller; car quand vous prèsobériez au désert, et que vous seriez caché en vne partie du monde où le Soleil n'esclairast que du sable et des rochers, vous sçavez bien que j'y serois heureux avec vous, et que vous portez mon contentement partout où vous estes. Vostre
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LETTRES £1 PKNSÉES. 437
compagnie, qui me rendroit la prison et le bannissement agréables, et dans laquelle je trouve le Louvre et toute la Cour, adjoustera à la description que vous m'avez faite d'Ayre, desbeautez que les Géographes n'y ont point remarquées, et qui sont plus grandes que les autres, quoy qu'elles soient plus secrètes- Ces montagnes qui ne veulent pas que la France et TEspagne soient à vn seul, et au-dessous desquelles^ la pluye et le tonnerre se forment, me paroistront plus grandes qu'elles ne firent la première fois que je les vis. Vos eaux, qui guerissoient auparavant les malades, ressusciteront les morts, quand vous les aurez bénies; et je m'asseure que ce Peuple, dont on compose les armées, et qui, comme le fer et le feu, est destiné particulièrement à Tvsage de la guerre, aura desja adoucy son humeur par la moderation de vostre conduite. Moy-mesme, Monsieur, je fais estât de m'aller changer entre vos mains, et de recevoir de vous vne nouvelle naissance. Et certes, ce seroit vne belle chose, si la santé, qui sortoit des habillemens et de l'ombre des Apostres, me pouvoit venir en m'approchant d'vne personne si saincte, et si estant vostre ouvrage et le fils de Vostre esprit, je ressemblois tout d'vn coup à vn père qui a toutes les qualitez qui me manquent. le suis,
MONSIEVR
Vostre tres'huttible serviteui',
BALZAC
A Balzac, le 20 septembre 1623.