‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de Balzac (volume 2)Chapitre 74 sur 90 · Â MADAME DES LOGES · texte numérisé non relu

 MADAME DES LOGES

SYR LA MORT DE SON FiLS.

Madame; ,

Tay 8ceû d*vn de mes amis, venu nouvellement de Hollande, la perte que vous avez faite devant Breda; Hais jugeant de vostre douleur par la connoissance que j'ay de vostre bon naturel, et ne doutant point qu'elle ne soit plus grande que les ordinaires, je ne suis pas assez hardy pour entreprendre d'y mettre la main. Ce sont des maux contre lesquels les remèdes estrangers n'osent agir ou agissent inutilement. On peut ne pas pleurer avec vous, mais on ne peut pas condamner vos larmes : Les plus austères Philosophes suspendent icy la sévérité de leurs décrets, et Zenon seroit pire que Phalaris, si dans la violence qu'il exerce sur les Passions humaines, il n'espargnoit la pieté naturelle. Ainsi il n'y a que vous. Madame, à qui appartienne le droict de vous consoler. Vous estes seule capahle de vous rendre cet office et de toucher à Taffliction que je respecte. Vous le ferez aussi, je m'asseure, avec succez, et sçachant bien qu'il

* Marie de Braneau, dame des Loges, sœur de madame de Beringhen, née vers 1585, morte le 1" juin 1641 ; mariée à messire Gharies de Bechignevoisin, chevalier, seigneur des Loges, gentilhomme de la chambre du roi, issu d'une des plus illustres maisons de Poitou et des mieux alliées. Madame des Loges fut une des femmes les plus célèbres de son temps par son esprit.

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se trouvera dans vostre ame autant de force que de tendresse, je ne croy pas que, contre Tordre des choses, vous vouliez que la force obéisse, et que le plus foible emporte le plus puissant. Autrefois, je vous ay ouïe si peu estimer la vie, que, par vos propres maximes, ce n'est pas vn grand mal que d'estre mort. Et quand vous ne seriez plus de cette opinion, vous m'ad vouerez que l'absence qui sépare ceux qui vivent de ceux qui ne vivent plus, est vne chose trop courte pour mériter vne longue plainte. La cause des douleurs opiniastres ne peut estre soustenable qu*en présupposant vne éternité en cette vie, ou vn desespoir de la vie future. Mais l'exemple mesme des personnes que nous regrettons destruit la première presupposition , et la dernière ne compatit pas avec les promesses du Fils de Dieu. Si bien, Madame, que je ne me souviendrois plus du commun fondement de nostre créance, si je consentois à Tobstination de vostre tristesse ; et d'aiHeurs, j*aurois oublié que je traite avec vne Femme qui sçait faire aux Hommes d'excellentes leçons de Sagesse, et avec vne Hère, qui ne cède point en courage et en magnanimité à toutes les Mères de Lacederoone. le me contenteray donc de vous représenter, pour esloigner de vostre esprit les pensées vulgaires, que ce n*est pas en vain que nous vous appelions Héroïne, et de vous dire ensuite, pour satisfaire à la vérité et à mon affection, qu'il n'est pas possible que je ne sois malade de tous vos maux, estant comme je suis, de toute mon ame,

Madame ,

Vostre, etc.

BALZAC

Le 16 décembre 1638

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 M0NSEI6NEVR L'EVESQYE DE GRASSE'

IL 1I*T A BIBII A CRAIMDRB DK l'kLOQTBNCE QVAND BLLK EST AY SERVICE DE LA PIETÉ.

MoHSElGlfEYK»

Si VOUS avez résolu, comme vous dites, d^escrire sans ornemensy c'est vn dessein qui vous donnera bien de la peine, et dans lequel difficilement vous réussirez. Outre que vous ne prendriez pas en cela le conseil de Sainct Basile, vous vous esloigneriez encore de son exemple et de celuy de toute TEglise de son temps, qui n'a point fait scrupule de bien parler. Défaites-vous, je vous prie, de cette mauvaise humeur. Ne vous mettez point en cholere contre les Grâces, ces bonnes et innocentes filles, qui vous ont acquis tant de partisans, et tant de lecteurs à vos escrits. Ayez quelque respect pour les avantages de la Nature, c'est-à-dire pour les dons de Dieu : Et si vous n'estes ennemy des plaisirs honnestes de vostre patrie, ne faites pas comme ce Chaste extravagant, qui se deschira le visage, parce que sa beauté plaisoit trop aux

* Antoine Godeau, évêqne de trrasse, Tun des premiers académiciens, né à Dreux vers 1605, mort à Yence le 21 avril 1672. On l'appelait, à l'hôtel de Rambouillet, le Nain de Julit. U a laissé un grand nombre d'ouvrages en Ters et en prose. — Baktac disait encore de lui à Gonrart : « Ce c Monsieur de Grasse n'a point de dévot plus zélé que moy ; je l'honore n comme t'A estoit mon père, et je l'aime comme s'il estoit mon iils. » (LeUrê à Conratt, 81 juin 1651 .)

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yeux qui la regardoient. Il n*y a rien à craindre d% TEIoquence quand elle est au service de la Pieté. Le Grec ne se doit point faire Barbare, se faisant Chrestien. Et ceux qui ont peur que les richesses du langage corrompent la simplicité du Christianisme, eussent chassé les Mages de l'estable de Ibsvs-Cbrist, quand ils luy vinrent présenter de l'or. 11 ne sçauroit y en avoir de trop fin ny sur les Autels ny dans vos Ouvrages; et vous ne devez point appréhender que le nom de Chrysostome vous fasse perdre celuy de Sainct. le suis,

HO!f 8BI6HBTR ,

Vostrt, etc.

BALZAC

Le iS afril 1699.

LETTRES ET PENSÉES. 4t9

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