STR SCARRON
MONSIFVn,
Le livre que vous m'avez fait tenir de la part de Monsieur Scarron est vn présent qui m*est bien cher, et que j*ay sub-
' Comme on parlait un jour à Bois-Robert de généalogies fabuleuses, il dit : a Pour moy, j*ay envie de me faire descendre -de Metellus, puisque je m'appelle Metel. Ce ne sera donc pas, luy dit-on, de Metellus Pius que vous descendrez. »
** Pierre Costar, né à Paris en 1603, mort le 15 mai 1660. Il se déclara en faveur de Voiture contre Balzac, dans un écrit intitulé Défense de Voiture. On a de lui des Entretient et des Lettres, en 2 vol. in-4''.
*" Paul Scarron, né à Paris en 1610, fils d'un conseiller tu parlement
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J6t d'estimer bien fort. D'abord il m'a servi de remède, et m'a soulagé d'vne oppression de rate qui m'alloit estouffer, sans ce secours venu a propos. Fespere qu'il fera davantage si j'en vse plus souvent. Il se peut qu'il me guérira de mon chagrin sérieux et de ma triste philosophie : Peut-estre que j'y apprendray à rimer des requestes et des légendes, et que je deviendray gay par contagion. Voilà, sans mentir, vn admirable malade : Il a je ne sçay quoy de meilleur que la santé, je parle de la santé stupide et matérielle, car vous sçavez ce que les Arabes disent de la joye, que c'est la fleur et l'esprit de la santé vive et remuante. Puis que vous voulez sçavoir les différentes pensées que j'ay eues de ce malade, et que vous m'en demandez vn chapitre : le dis, Monsieur, que c'est l'homme du monde le plus dissimulé ou le plus constant. le dis qu'il porte tesmoignage contre la mollesse du genre humain, ou que la douleur le traite plus doucement qu'elle ne traite les autres hommes. le dis qu'il y a de l'apparence que le bourreau flatte le patient. le dis qu'à le voir rire, comme il fait, au milieu du mal, j'ay quelque opinion que le mal ne le picque pas, mais que seulement il le chatouille. le dis enfin que le Promethée, l'Hercule et le Philociete des Fables, sans parler du lob de la Vérité, disent bien de grandes choses dans la violence de leurs tourmens, mais qu'ils n'en disent point de plaisantes : Que j'ay bien veû, en plusieurs lieux de l'Antiquité, des douleurs constantes, des douleurs modestes et des douleurs éloquentes-, mais que je n'en ay point veû de joyeuses que eette-cy ; mais qu'il ne s'estoit point encore trouvé d'esprit qui sceust danser la Sarabande et les Maïassins dans vn corps
et d'une ancienne famille de robe ; il épousa, en 1651 , Françoise d'Aubigné, depuis madame de Maintenon, et mourut le 27 juin dCCO. Il est célèbre par ses infirmités, son mariage et ses ouvrages burlesques : Virgile travesiif le Roman ntmiquê^ Dpn Japhêt d'Arménie, etc.
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484 ŒUYRES DE BALZAC.
paralytique. Vn si beau prodige mérite d'estre considéré par les Philosophes curieux; l'histoire ne le doit pas oublier; et s'il me prenoit fantaisie d'estre historien, comme je suis historiographe, je ne le compterois pas pour le plus petit miracle de nostre temps, qui a produit de si grands niira> clés. Ce n'est point mon dessein de diminuer le gloire des morts, avec lesquels mesme j'ay eu amitié ; mais il y a differens degrez de gloire, et quoy que la qualité d'Apostre ne soit pas vn tiltre peu considérable dans vne famille chrestienne, il faut ad vouer que le Martyre du Fils est quelque chose de plus rare que l'Apostolat du Père. Quels seroient là-dessus les sentimens de vostre Seneque, qui a pris autrefois tant de plaisir à traiter semblables matières, et qui en a cherché si souvent les occasions? N'est-il pas vray que la fiere et orgueilleuse vertu qu'il a tant louée et qui se vantoit d'estre à son aise dans le Taureau de Phalaris et de pouvoir dire qu'il y fait bon, n'a esté que la simple figure de cette vertu si douce et si humble, qui sçait mettre en œuvre les paradoxes de Tautrp, et ne se vante de rien? Concluons donc, à l'honneur du Malade de la Retne, ou qu'il y a de l'extase et de la possession en sa maladie, et que l'ame fait ses affaires à part, sans estre meslée dans la matière , ou qu'il y a de la fermeté et de la vigueur extraordinaire, et que l'ame lutte contre le corps, avec tout l'avantage que le plus fort a sur le plus foible :
Aut cœleste aliquid, Gostarde, astrisque propinqiiuin Morbus hic est, superoqae trahit de lumine lucent, Aut servant imiriota saum Bona vera serenum, Statque super proprias virtus illsesa ruinas.
Post tôt secla igitur tandem, gens Stoica, Regem Cerne tuuni : fasces tenero submittite vati Sublimes tragicique Sophi, Zenonia proies; Nec pudeat décréta humili post ponere socco
Grandia, et ampullas verboram el nomen Uonerti Magnifîcum, ac yeras audire in carminé vocea.
Scarro œger, Scarro infando data pneda dolori, Non Fatum crudele, Jovem non clamât iniquum; Iralis parcit Superis, 8ortiq[ae malignœ, Et patitur scvos invicta mente laborea, lucundumque afTert dira in ter spicula vultum. Nec simulata gerit, personam indutus honestam, ^'el mista ridet, veluti Mezentius, ira, Sed purum sine fraude et Iaxis ridet habenis.
Dicam iterum, neque aat semel est dixisse triumphofl, Qui lœta, ingcniosa, œgro de pectore promit; Qui ludat Gœum, Enceladum, vasiumque Typhœa, Terrigenaaque alios, festivo carminé fratrea : Qui sedeat licet setemum, mirabile dictu, Perpétuas agilat Pindi per amœna choreas, Proximus ille Polo, Fortunaque altior omni, ^'carro meus, mihi namquetuum, Gostarde, dedisti, Magnus erit Rex ille sui, quem prisca ooronel Porticus, et rigidi tox imperiosa Gleanthœ, Ni seclo invideat nostro rigidusque Gleantbes, Priscaque Dis divumque Patri, se Porticus œquans.
le ne sçay si la bigarrure de ce chapitre vous plaira : Pour le moins, je ne veux pas que sa longueur vous desplaise, le vous donne le bon soir, et suis sans reserve,
MONSIEVR
Vottre, etc.
BALZAC
Le i*' janvier 1645.
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(EUVRBS SB BALZAC.