‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 28 sur 89 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Fragment qui est après l'Epigramme a esté tiré d'vn parchemin pourry en plusieurs endroits* et à demy mangé de vieillesse. Il faut que le Poëte, autheur du Fragment, ait escrit sous le Règne de Néron, quoy que son charactere soit plus ancien et qu'il ait cherché vne autre manière et vne plus noble expression que celle des Escrits de ce Temps-là. Hais de plus, Monsieur, nos Amis du Pays Latin trouvent que son génie est liardy et qu'il n'y a rien de bas en ses sentimens.

S'il les en faut croire, les choses qu'il dit sont grandes de leur propre grandeur; Elles n'empruntent point leur dignité de celle de la langue Romaine; elles seroieût belles, disenty ils, en Basque et en bas Breton.

Dés le commencement de la Pièce, fay pris plaisir à ces Parens de Troye et à cette Grand'Mere Venus, qui met dans le ridicule le Veneris Genitricis des médailles de Iules Cœsar, et ce vers d'vn ancien Pofte :

Komuli matrem crearet, et nepolem Caesarem.

En suite la description du mauvais Règne n'est pas, à mon gré, vne fougue d'vn Poëte vulgaire. Et que vous semble de cet enragé, de cet homme que les Ghrestiens de son temps croyoient estre l'Antéchrist, de Néron, en vn mot, qui veut poursuivre à son tour les Furies qui le tourmentent, qui leur veut opposer d'autres Furies, et à leurs Serpens d'autres Serpens? Voyez cet Empereur parricide, qui est prest de tuer sa Mère encore vne fois, et d'vne plus mauvaise mort que la première. Voyez-le qui espouse publiquement vn garçon et fait vne feste de ses abominables nopces : II fait mourir le Peuple de faim et le Sénat de poison : Il suce les vns jusques à la moelle et engraisse les autres pour les manger: Enfin il se mocque du Genre humain et de la patience publique. Il veut faire le plaisant dans les larmes et dans la désolation vniyerselle, parlant de l'embrasement de Rome comme de la resjouïssance d'vn feu d'artifice el de la consolation des ténèbres de la nuit. Qnod miré etiam ad historiam facit : siquidemy Tranquillo teste, incendium hoc è turri Mœcenatis prospectans, Ixtusque flammx, vt aiebat, pulchritudine. Vous sçavez le reste.

Ergo famem miseram, aut epulis infusa venena, Et populum exanguem, piriguesque infiltras amicos,

Stfl ŒUVRES DE BALZAC.

Et motte imperii senium sub nomine Pacis.

Et quodcumque illis nunc attrea dicitur «tas,

Marmoreseque canent lacrymosa incendia Rom* .

Vt formosum aliquid nigrae et solatia Noctis ? ,

Ergo re benè ces ta, et leto Matris ovantem;

Maternisque canent cupidum concurrere Diris,

Et Diras alias opponere, et anguibus angues,

Atque no vos gladios pejasque ostendere lelum?

Sœva canent, obscœna canent fœdosque hymenanos

Vxoris pueri, Veneris mon n m en ta nefandae.

Il y a d'autres endroits qui m'ont extrêmement plû. Mais surtout, Monsieur, les pauvres Muses qui se prostituent ;i des Valets, et encore à si bon marché, sont des Dames qui m'ont bien fait rire et qui sont bien traitées selon leur mérite. Elles m'ont fait souvenir de ces autres Dames du mesme temps, que vous avez veuës en vn mauvais lieu, et qui doivent craindre le Commissaire du quartier; je veux dire dans le Satirique de Pétrone; Quae vestigia (lagro7yum osculabantnr, qux amplexm suos. si ma mémoire ne me trompe, mittebant in erucem. et in extrema plèbe 'qmerehant etiam quod amarent.

Pour les Geans à qui les Muses bastissent des Temples, et qu'elles veulent mettre en la place des Dieux et des Demi-dieux, vous vous doutez bien de qui il entend parler. Et à mon advis, en cet endroit Titius Terrœ omniparentis nlumnus, est le Nom de guerre de Tigellin, ministre de toutes les cruautez, et Confident de toutes les ordures de Néron. Apparemment vn Poëte affamé de ce temps-là l'avoit mis au-dessus de Iupiter, et avoit appelé Oracle et Destin les commandemens et les ordres de cet honneste homme.

Nil Musas cecinisse pudel, née noiniiiis olim Virginei, famseque juvat meminisse prions. Ah ! pudor ex t inclus, doctteque infamia turbœ, Sub titulo prostant ; et queis genus ab love sumnio,

ENTRETIENS. .Ml

lies hoininum supra evectœ et nullius egentes, Asse nièrent vili, ac sancto se corpore (cédant. Scilicet aut Menas faciles parère superbo, A ut nutu Polycleti, et parca laude beatœ, Ysquc adeo maculas ardent in fronte récentes, Hesternique Getœ vincla et vestigia flagri.

Quin etiam patrem oblitae et cognata Deorum Nnmina, et antiquum castœ pietatis horîorem, Proh ! Furias et Monstra colunt, impuraque turpis Fata vocant Titii mandata, et quicquid Olympi est Transcripsere Krebn. lamque impia ponere Templa, Sacriiegasque audent Aras, Cœloque repulsos Qiiondam Terrigenas, superis imponere regnis, Qua licel. et stolido verbis illuditur Orbi.

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