‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 30 sur 89 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pay trouvé enfin PEpigramme que je vous ay cherchée si long-temps, et la voicy. de peur qu'elle n'eschappe encore

vne fois à ma mémoire. Elle a pour tiltre : Citm Sanetimo niali capilli secarentur.

Quœ secuit tibi fia ventes Araaranta capillos

Dextera Syllsea ssevior illa fuit.

Vna manus Niso vilam abstulit, altéra Amori ;

Magna homines; major hedere culpa Deos.

Mais j'ay bien plus trouvé que cette Epigramme des cheveux coupez. Deux mois après que la Silve eut veû le jour, je descouvris fortuitement, et à l'ouverture du Livre, certains vers d'vn Poëte Italien, composez sur vne semblable matière, fie n'est pas vn Italien du rang du commun : c'est vn des illustres de la Galerie de Paul love. Et ce Maistre faiseur d'Eloges, après l'avoir traité de prxaltum ingenittm. dit de luy entre autres choses, Extant Odx ejus ptures. et patic-x Elegix Romana simplicitate décantât». Sed lambico ver su, àpaucis hactenus prospéré tantato. visus est ad antique laudis metam propius accessisse.

Neantmoins à vous parler franchement, ce prxaltum inyenium, cet Illustre des Eloges de Paul love, ne m'a point donné de jalousie, et pour ne rien dire de plus avantageux ii vostre tres-humble serviteur, je ne pense pas que les vers du Romain vous desgoustent de ceux du Barbare. Mettez-les à Tespreuve les vns et les autres.

Et censé, ô judex Tarpa, aut tu docte Trebati.

Mais il faut, Monsieur, que la chose se fasse en habit décent, le suis d'advis que vous preniez pour cela vostre robe longue et vostre bonnet carré, sans oublier vos vénérables lunettes, par lesquelles vous pourriez mesme faire des Sermons, et affirmer qu'il est ainsi, ou qu'il ne l'est pas; comme font les Docteurs de Conimbre et de Salamanque.

le ne mets icy, ny les vers de l'Italien, ny les miens.

Vous trouverez les premiers, dans le Livre de Ioannes Anrelius Augurellus ad Camillam nuper initiatam, et les seconds, dans l'édition des vers Ioan. Lud. Guezii Balzacii, que l illustre Ménage n'a pas desdaigné de dédier à la Heine de Suéde. Il sont sous le tiltre de Céladon desperatus. Quoique ces quatre petits Poëmes ne vous soient pas nouveaux, j'ay voulu vous en donner toutes les enseignes, afin que vous ayez moins de peine à les chercher. C'est un ancien mot, Monsieur, que ce qui dépend du \i jugement des hommes est incertain, et je ne puis pas sçavoir ce que vous prononcerez, quand vous aurez veû et examiné toutes nos pièces. Mais si vous prenez la voix de vostre voisin le Chevalier de Meré, je sçay bien qu'il opinera à mon avantage, et qu'à son ordinaire il dira des vers du Poëte italien, Non è mi gran cosa ; il conclura que les meilleurs de ces vers ne sont pas fort bons, et que les autres sont pitoyables. II adjoustera que prœaltum ingenium est tombé de son haut, dans ce petit Poëme ; et que l'Altesse estoit à bon marché en ce siecle-là.

La Iustice ne punit pas tousjours ; elle recompense quelquefois : Il faut estre juste à tout le monde, et à l'Estranger, comme au Domestique. Sur ce fondement vous faites bien j de rendre justice à l'Eloquence de nostre excellent Heretij que, et de la séparer de son Hérésie. Pour moy je ne sçau- 1 rois m'empescher de dire que le Docteur Huguenot est vn grand Docteur, et plust à Dieu que ce qu'il a escrit de la Résurrection de Iesus-Christ eust esté preschéà Paris, et non pas à Charanton.

Mais le dessein de Dieu s'accomplira en son temps, et il faudra cueillir le fruit quand il sera meur. Espérons constamment vne si vtile conversion. Attendons vn exemple que nous ne sçaurions trop désirer, qui tireroit après soy de si belles suites; qui acheveroit peut-estre les Conquestes de I* Eglise, qui mettroit fin à toutes nos Guerres. Ten parle.

comme vous voyez, avec quejque espèce de transport, et je voudrois bien que ce transport fust inspiration. Le cœur me le dit : Il passera de nostre costé ce grand, cet excellent Adversaire.

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