CHAPITRE PREMIER
le ne me porte jamais bien : et qui olim totum hiemasse anniim, non probante Seneca, dixit, totam hanc œgrotare qua vivo vitam, non improbante me, diceret. Mais comme la santé a de meilleurs jours les vns que les autres, mon indisposition en a de moins et de plus mauvais, et c'est en ce plus mauvais^jue vostre Messager est arrivé icy avec vos Escritures. Sans doute mon Ange protecteur m'a rendu ce bon office, et vous a inspiré de me l'envoyer, afin que je pusse me purger délicieusement, ou pour continuer à parler Epigrammes, vt me salutaria oblectarent.
Vous avez trouvé la manière de donner les médecines à la neige, et de guérir avec des fleurs. Mais parce que le mot mesme de Fleurs ne corrige pas assez le mauvais goust de celui de médecines, cherchons vne plus belle image de ce que vous venez de faire, et parlons de vos Entretiens, et de vos ragousts, de vostre sel et de vostre poivre, de vostre ambre et de vostre sucre, car tout cela entre dans vos festins. Il est certain que je ne fis jamais si bonne chère, non pas mesme chez la Coiffier, ny chez Athénée; car je ne connois Maistre Martin que par relation de Monsieur Des-Barreaux, ny Apicius que sur le rapport que Pline m'en a fait. Mais la table d'Apicius estant renversée depuis tant de siècles, je me tiens, s'il vous plaist, à la vostre, et je ne doute point qu'vn de ces jours, elle ne soit mise en proverbe, aussi bien que celle des Sybarites.
Cette table est chargée des despouilles de l'air, de la mer et de la terre. La Nature et l'Art ne travaillent que pour elle, et si vous vouliez que je m'enfonçasse dans l'Allégorie que Monsieur de Voiture a ouverte, je vous dirois que ny les ortolans de Luculle, ny les sangliers de Marc-Antoine, ny les perles fondues de sa maistresse, ny les bisques de Vitellius, ny son bouclier de Minerve, ny les poissons qu'on alloit chercher par mille naufrages, ny les oyseaux qu'il faloit plustost conquérir que prendre, juxta illud, venatorum cohortes militabant conviviis : En vn mot, ny l'ancien, 1 ny le nouveau luxe ne représentent qu'imparfaitement l'abondance et les délicatesses de vostre esprit, la multitude et le choix des excellentes choses que vous m'avez envoyées. Et partant je ne violeray point le vœu que j'ay fait de ne faire jamais d'hyperbole, quand je m'esleveray audessus de toute la Nature connue, et de tout le bas estage du monde, pour prendre dans le Ciel de quoy vous exprimer mon contentement. le vous dis donc avec le transport que vous venez de me donner, et tout plein de vostre esprit :
mediis videor discumbere in astris,
Cum love, et Uiaca porrecium sumere dexlra Jmmortale merum.
Voilà ce me semble vne assez belle course, pour vn homme qui garde la chambre ; et deux assez longues périodes pour un Orateur qui ne vouloit dire que trois mots, et qui n'avoit résolu de vous parler, qu'aiin que vous sçeussiez par luy-mesme, qu'il ne pouvoit parler. Mais il n'y a qu'à se mettre en haleine. le sens que la force me revient par^ l'exercice : et peut-estre que de toutes les choses que je vous diray aujourd'huy, il s'en formera vn Entretien de plusieurs chapitres.