‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 45 sur 89 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le suis tout-à-fait de vostre opinion. Autre est le goust du grand Monde, et autre celuy des petites Villes. La pluspart

des délicatesses de la Cour offensent les oreilles des Provinciaux. Il y a tel lieu au deçà la Loire, où les Bergeries de Juliette, et lean de Paris ont des Partisans, contre l'Astrée, et contre le Polexandre raesme; qui est à mon ad vis vn Ouvrage parfait en son espèce. On ne connoist aux lieux dont je parle, ny le bien, ny les différentes sortes du bien. Le Galimatias y est sur le Throsne; le Phœbus y passe pour le Genre sublime de l'Eloquence : On s'y mocque du Stile tempéré, et du bon mesnage des paroles. le reçeus dernièrement de la Cour vn Discours que j'estimay infiniment; Mais vn Docteur qui me vint rendre visite ne l'estima point du tout. Il n'en trouvoit pas les mots assez grands, ny les périodes assez longues. Sur quoy il faut que je vous conte vne histoire, dont il vous sera aisé de tirer la conséquence; Et patientez encore vn peu, car me voicy bientost au bout de mes Chapitres.

Il y avoit autrefois vn Boulanger, à deux lieues d'icy, estimé excellent homme pour le Théâtre. Tous les ans, le jour de la Confrairie, il representoit admirablement le Roy Nabuchodonosor, et seavoit crier à pleine teste :

Pareil aux Dieux je marche, et depuis le réveil Du Soleil blondissant, jusques à son sommeil, Nul ne se parangonne à ma grandeur Royale.

11 vint de son temps à la Ville vne Compagnie de Comédiens, qui estoit alors la meilleure Compagnie de France. On y mena Nabuchodonosor vn Dimanche qu'on j ou oit le Ravissement d'Helene : mais voyant que les Acteurs ne prononçoient pas les complimens d'vn ton qu'il se faut mettre en cholere ; et principalement qu'ils ne levoient pas les jambes assez haut dans les démarches qu'ils faisoient sur le Théâtre, il n'eut pas la patience d'attendre le second Acte, il sortit du Ieu de paulme, dés le premier.

Et ce Roy tout blanc de farine, Dsegousté de la troide mine De celuy qui fa i soit Paris, Mordi, dit- il, de la quenaille, I, ne san rein faire qui vaille, I, fasan les pas trop petits.

Vous avez assez long-temps demeuré à Balzac pour entendre le dialecte des trois derniers Vers : mais à mon advis vous ne connoissez pas le Poëte qui les a composez. Il estoit autrefois mon voisin, mon amy, et fort galant homme. Son père futMaistre des Requestes sous la Régence de la Reyne Catherine de Medicis, et en ce temps-là les Maistres des Requestes estoient en fort petit nombre. Celuy-cy eut part aux affaires, et Monsieur de Thou en parle honorablement. Le fils a aimé les douceurs de la vie privée, les livres, la chasse, la bonne chère. Il m'auroit aidé à faire l'honneur de la campagne, s'il eust esté encorç au monde, quand vous avez pris la peine de me venir voir.

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