‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 60 sur 89 · PORTRAIT · texte numérisé non relu

PORTRAIT

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ELOGE DV DVC DE GVISE.

AV MESME

A propos de la Ligue, dont nous venons de parler, et du Duc de Guise, dont le Monde parlera tousjours, il n'y aura point de mal que je vous communique quelques lignes qui en ont esté escrites il y a desjà assez long-temps, et que j'ay trouvées depuis peu dans mes magazins.

Les Eloges, aussi bien que les Harangues, sont les escûeils des Historiens Modernes. Au lieu de faire de bonnes Harangues, ils font d'ordinaire de mauvais Sermons, et dans les Eloges, ils déclament au lieu de juger. Celuy du Duc de Guise participe des deux Genres; il tient de l'Historique et de l'Oratoire : et avant que de passer outre dans nos matières, vous me ferez l'honneur de me dire, s'il vous plaist, si vous goustez ces sortes d'Eloges, car il s'en pourra trouver d'autres dans mes magazins.

La France estoit folle de cet Homme-là, car c'est trop peu de dire amoureuse. Il ne faut pas s'estonner si elle s'esloigna de son devoir, comme elle fit. Vne telle passion alloit bien

prés de l'Idolâtrie : il y avoit des gens qui l'invoquoient dans leurs prières, d'autres mettaient sa Taille-douce dans leurs heures. Pour son Portrait, il estoit par tout ; quelquesvns couroient après luy dans les rues, pour faire toucher leur chapelet à son manteau ; et vn jour qu'il revenoit d'vn voyage de Champagne, entrant à Paris par la Porte Sainct- Antoine, non seulement on lui cria : Vive Guise! mais plusieurs personnes luy chantèrent : Hosanna fUio David!

On a veû des Assemblées, qui n'estoient pas petites, se rendre en vn instant à sa bonne mine. Il n'y avoit point de cœur qui pûst tenir contre ce visage : il persuadoit avant que d'ouvrir la bouche-, il estoit impossible de luy vouloir mal en sa présence.

Le premier regard qu'il jettoit sur ses Ennemis ostoit d'abord de leur esprit toute l'aigreur qu'ils avoient apportée contre luy, et faisoit vne telle esmotion en leur sang et un si estrange changement en leurs humeurs, qu'après cela ils avoient besoin de s'exciter longtemps eux-mesmes pour reprendre la haine qu'ils n'avoient plus. De sorte que ce que j'ay otiy dire à vn Courtisan de ce Regne-là ne me semble pas mal dit, que a les Huguenots estaient de la Ligue f quand ils regardoient le Duc de Guise. »

le laisse à l'Histoire à conter les choses qu'il a faites et à porter mesme sa curiosité sur celles qu'il a pensées. le ne me bazarde point de déchiffrer ces Enigmes de la Cour et ne suis pas spéculatif jusques-là. Il me suf6t de croire, sans deviner, qu'il faloit bien que ce fust un Homme fort extraordinaire, pnisque son seul nom, après sa mort, a esté capable de continuer la guerre à deux puissans Rois, et que le premier Capitaine de l'Europe, le second Fondateur de cet Estât, Henry le Grand, de glorieuse mémoire, n'a pris des Villes ny n'a gaigné des batailles, que pour faire perdre le crédit à vn homme qui n'estoit plus.

le ne veux pas oublier vn mot que vous ne serez pas fasché

de sçavoir. Il est détaché de l'Eloge, et on l'attribue à Madame la Mareschale de Raïs. « Ils avoient si bonne mine, di- « soit-elle, ces Princes Lorrains, qu'auprès d'eux, les autres a Princes paroissojent Peuple. » Cette façon de parler est vn peu hardie, et vn Grammairien scrupuleux diroit : paroissoient Bourgeois. Mais la Cour est au-dessus de l'Eschole et ne reconnoist point, non plus que l'Eglise, la Iurisdiction de la Grammaire.

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