‹ Œuvres de J.-L. de Guez, sieur de BalzacChapitre 67 sur 89 · I)'VNE PERIODE DE LA LETTRE DE SEBV1VS SVLP1T1VS ESCRITE A CICERON · texte numérisé non relu

I)'VNE PERIODE DE LA LETTRE DE SEBV1VS SVLP1T1VS ESCRITE A CICERON

AV MESME

On vous aura dit à l'Hostel de Rambouillet que Monsieur le Marquis de Montauzier n'est pas en cette province. le l'attends pour luy rendre vostre Lettre, et pour luy mettre entre les mains les Pièces que vous m'avez envoyées. Il en jugeroit souverainement, au lieu que vous n'aurez qu'vn simple Advis, quoy que ces Messieurs, qui sont en différend, semblent désirer de moy quelque chose de plus ; en quoy ils me font beaucoup plus d'honneur que je ne mérite. le n'accepte point cet honneur : et bien que je veuille vous obeïr, et que je le fasse en effet, je ne prétends pas que ce soit prononcer vn Arrest que de vous dire mon Opinion. La voicy en peu de mots, car je ne suis pas en estât de vous entretenir longtemps.

Vous n'avez pas voulu me nommer ces Messieurs les Contestans ; et ils ne désirent pas mesme que je rende publique la Version de la Lettre de Sulpitius à Ciceron, pour le con-

soler de la ïnort de sa Fille, non plus que l'Objection et la Response. Toutes ces Escritures neantmoins seroient nécessaires pour vne parfaite intelligence du différend, et ne feraient pas moins d'honneur à leurs Autheurs qu'elles donnèrent d'ornement à ce Discours. Mais puisqu'ils ne veulent pas estre alléguez, je vay rendre à leur mérite ce que je croy luy estre deû, et tout l'esclaircissement qui se pourra à Testât de leur Question.

La Version de la Période contestée me semble bonne et fidèle, et les objections tres-subtiles et tres-ingenieuses. j Celuy qui les a faites a eu occasion de douter et de trouver quelque chose à dire. Mais j'estime qu'il s'en faloit prendre à vn autre qu'à celuy qui a traduit; et vous mesme, Monsieur, estes le premier qui m'avez mis dans le sentiment où je suis, par vn mot que j'ay trouvé dans vostre Lettre ; vostre excellent raisonnement vous faisant tousjours aller droict à la Vérité. le tiens donc que le François ne pouvoit pas mieux traduire. Mais véritablement le Romain se pouvoit mieux faire entendre. De sorte que s'il y a je ne sçay quoy à blas- ] mer, c'est dans l'Original, et non pas dans la Copie. Si quelqu'vn a failly, c'est Sulpitius qui ne s'est pas expliqué assez nettement, et non pas Monsieur, que vous ne me nommez point, qui a interprété Sulpitius, sans avoir eu dessein de le corriger. Il s'est contenté de rendre les paroles de l'Àutheur, et n'a pas pris la peine d'en demesler la pensée, à cause qu'il n'a pas crû y estre obligé.

Disons franchement ce qui en est. La pluspart des gens (et des Anciens comme des Modernes) ne se souviennent pas au milieu ou à la fin d'vne Lettre de ce qu'ils ont dit au commencement. Parce* qu'ils s'entendent eux-mesmes, ils s'imaginent que cette première intelligence suffit, et que d'abord elle passe d'eux à autruy. Ainsi ne songeant point à vn plus particulier esclaircissement, d'ordinaire ils ne disent qu'à demy ce qu'ils veulent dire. Et il est certain qu'vn mot

laissé au bout de la plume, qu'vne particule oufise, quVne liaison oubliée, détache la suite du raisonnement, met le sens en desordre, et donne à deviner au Lecteur. Dans ces omissions et dans ces oublis, il se fait vne bresche au discours, et la pensée s'enfuit par cette ouverture, qu'il faloit fermer. Ou la chose disparoist, ou elle ne paroist pas toute entière, ou elle paroist autre qu'elle n'est; quoy que d'ailleurs les termes soient propres et démonstratifs, et qu'il n'y ait rien que de net et de receû en la diction. Au jugement d'vn de nos Amis, cela s'appelle estre obscur avec des termes intelligibles, et s'esgarer dans les grands chemins.

le souffre aux Philosophes leur obscurité, qui naist de I celle de leur matière. Et quand ils me parlent du Mouvement, du Lieu et du Vuide, j'apporte de l'attention et de l'estude à ce qu'ils me disent : mais s'il y a voit moyen, je voudrois bien ne point estudier où il ne s'agit que de choses domestiques et vulgaires, qui devant estre de la portée d'vn valet et d'vn artisan, ne doivent point exercer la subtilité d'vn honneste homme. Il faut esplucher les points difficiles des Sciences et les mystères des Religions : mais il faut que ce qui ne regarde que les affaires particulières et les devoirs de la Vie commune soit exposé à la première veuë de l'esprit. Si on cherche de pareilles choses, c'est la faute de celuy qui les a cachées, et qui ne les a pas bien descouvertes.

Sulpitius a donc tout le tort en cette affaire ; Non seulement il est occasion du procez, mais il en est cause; et s'il avoit pris à parler sans embarras la peine qu'on prend à débarrasser ses paroles, il n'y auroit point eu de procez. On n'auroit recours ny à l'Interrogation, ny à l'Ironie : son attention nous eust espargné la nostre, et nous nous fussions bien passez du soin que nous donne sa négligence.

Car en effet, pour ne pas venir à vn particulier examen de la Lettre de consolation ; « ces avantages ravis avant que « d'avoir esté donnez. » n'avoient-ilspas besoin, pour estre

entendus, d'vne ligne qui leur manque, et qui est demeurée dans l'esprit du Consolateur ? Sulpitius venant de parler de la Republique mourante, et Payant représentée malade à l'extrémité, devoit-il advoiier immédiatement après, et sans aucun entre-deux, que les Petits-fils de Ciceron pourroient aspirer aux premières Charges de cette Republique, qui, à son compte, seroit morte et enterrée il y auroit longtemps quand ils seroient en âge d'aspirer aux Charges? Il y a du vuide que sans doute il devoit remplir; pour le moins faloitil adjouster à la supposition qu'il faisoit quelques vœux et quelques espérances pour l'advenir; comme vous diriez, « si « les choses s'establissent par la bonté des Dieux immortels, * et s'ils nous envoyent vne meilleure saison après celle-cy.

Est quidem summa aiitlioritas Antiquitatis : magnum est veterum Homanorum nomen, quod nos etiam, non sine aliqua Religione, veneramur. Sedfuerenihilominusinterillos non pavci, qui sœpius hallucinati suntt forçant mihi Sulpitiani, Sallustiani etc. Mânes : Summi illi in dicendo viri non semper benè cohœrentia, imo interdum pugnantia locuti sunt.

Si vous ne voulez pas vous douter de ce Latin, l'excellent Monsieur Pelisson vous l'expliquera, avec lequel vous avez des entretiens si particuliers. Il y a bien plus à gaigner qu'avec moy : car outre que mon érudition est fort médiocre, et au dessous de la sienne, d'vn espace presque infiny, le poids de mes maux m'abbat de telle sorte, que je pense estre insupportable à tout le monde, comme je le suis à moy-mesme.

Quand j'ay pris la plume, je ne pretendois pas aller si loin : mais vous faites de moy tout ce qu'il vous plaist. En Testât où je suis, je ne me trouve capable de quoy que ce soit, et si l'amitié ne me soustenoit, vous n'auriez pas eu vne période, iugez de là, mon cher Monsieur, quelle est la grandeur de sa puissance. Quelque foible et de quelque

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mauvaise humeur que je sois, je ne sens ny de langueur en I mon esprit, ny de résistance en ma volonté, quand il est question de vous obeïr et de vous plaire.

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