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Enfin il faudroit vne figure extrêmement violente pour faire changer de place au mot de Monstre et à celuy de Prodige; Et sans estre accompagnez de quelque Epithete bien particulier et bien efficace, ils ne peuvent passer de leur signification, qui est mauvaise, en vne autre signification, qui soit ou bonne ou indifférente. Pour le moins, il ne me souvient point de l'avoir veû, si ce n'est à la vérité dans les Livres du Père ***, qui sont tous pleins de Prodiges aussi bien que d'Augures et d1 Auspices, d'Orages et de Tempestes. Il
ne se despoiiille jamais dans ses Livres de cette pompe de langage et de ses termes illustres (ainsi les appeloit-il). On les y trouve sans les y chercher : Et c'est ce qui obligea vn grand Prince à dire de luy que, pour vn Prestre de la Religion Chrestienne, il vsoit vn peu trop souvent d'Auspices et de Prodiges ; et que, dans ses Œuvres, il n'y avoit gueres moins d'Orages que dans la Mer. Mais Orages, Auspices et Augures à vne autre fois. Contentons-nous aujourd'huy de dire qu'en la langue du Père * * *, Salomon est vn Prodige de Sagesse, qu'vn autre est vn Prodige de Saincteté ; qu'il y a des Prodiges de beauté et des Beautez prodigieuses. Sans doute, s'il eust esté Poëte, il eust chanté dans ses vers un jeune Prodige, comme Malherbe a chanté une jeune Merveille.
Cela n'empesche pas que ce bon Père ne fust un bon Théologien et vne des Lumières de nostre Eglise ; Mais il n'estoit pas pour cela la Règle de nostre Langue. Et il ne faut pas plus le suivre quand il dit vne prodigieuse pieté, que quand il dit de l'Impératrice Livie Cette habile Courtisane et quand il parle des Onguens de Saincte Marie-Magdeleine. En quoy pourtant le Prédicateur a voulu encore l'imiter, et mal, si je ne me trompe. Car il est certain qu'il y a grande différence entre vne Courtisane et vne femme de Cour, entre des Onguens et des Parfums. Outre que ceux-là offensent les sens et font bondir le cœur à ceux qui ont l'imagination délicate, se servir d'Onguens au lieu de Parfums, c'est parler Latin en François, c'est prendre vne invention de la Volupté pour vne composition de la Médecine.
I'avois oublié que le mot de Prodige , et mesme celuy de Monstre, pourroient estre employez en bonne part dans les occasions de la Guerre, où il entre non seulement du desordre et de la confusion, mais aussi de la cruauté et de la fuii 5
m ŒUVRES DE BALZAC.
reur, toutes choses mauvaises en elles-mesmes, mais qui sont louées du Monde quand elles servent à la Victoire.
Poi ch'eccitô délia Vittoria il guslo 1/appetito del sangue è de* le morti Nfci fiero Vincitore ; egli fè cose IneredibiH, horrende è monstruose.
A mon advis, on ne parleroit pas ainsi des actions de bonté, de modération et de prudence, de ce qui se seroil passé à l'Hostel de Ville ou dans le Sénat, pour conclure vn Traité de Paix, vne alliance entre deux couronnes, etc. Réussir prodigieusement, monstrueusement, dans les Conseils, dans les Négociations, quel Prodige, bon Dieu! et quel Monstre de langage ! I'aimerois mieux dire faire un exeez de modération, estre furieusement sage, estre grandement petit, comme parle d'ordinaire un bonne Dame que je connois.
Nostre homme parfume d'Ambre-gris les habillemens de la Reyne dans le Pseaume quarante-quatriesme, quoy que la Traduction vulgaire porte mirrha, gutta et casia, et que pas vn de ces trois mots ne puisse signifier l'Ambre-gris, quelque nfot des trois qu'on veuille choisir pour cela. Cette précieuse odeur n'a point esté connue de l'Antiquité, non pas mesme de l'Antiquité Romaine, qui est inférieure à celle des Iuifs. Et j'advouë bien que, dans les cabinets d'ivoire chantez par le Pseaume quarante-quatriesme, que dans la Garderobe du Roy David et dans celle du Roy Salomon, il pouvoit y avoir des parfums Ires-rares et tres-exquis : Mais je soustiens qu'on ne parloit pas plus d'Ambre-gris eu ce temps-là que des peaux d'Ambtete et des gants de Frangi* pane.
Ce n'est pas que l'Ambre-gris ne fust au nombre des cho-* ses, mais il n'estoit pas daHs le commerce des hommes;
SOÛRATÈ CHRESTIEN. è3
C'estoit un enfant de la Nature, qu'elle a caché longtemps dans son sein avant que d'en manifester la naissance et de l'exposer sur le rivage de la Mer, comme ont este exposez ces Enfans illustres dont l'Histoire a tant parlé. Cette bonne Hère a fait vn secret de ce cher Enfant durant je ne sçay combien de siècles, pour le faire paroistre tout d'vn coup dans le Cabinet des Roys avec avantage sur ses Aisnez, les autres Parfums connus de l'Antiquité. Car il est certain, je le dis pour la seconde fois, que c'est vne pièce qui a manqué au luxe de Rome et à r élégance de la Grèce. Et qu'ainsi ne soit, ny Y vne ny l'autre n'ont point de terme de leur crû, pour exprimer ce qu'elles ne connoissoient pas, vn thresor non encore descouvert, des délices réservées à la Postérité, le dernier présent que peut-estre la Nature vouloit faire au Monde. Ambar ou Ambara est vn mot originaire d'Arabie, et ne se trouve que dans les Livres des nouveaux Grecs : et c'est encore vne des mesprises de nostre faiseur d'Onguens, le bon Père ***, lors qu'il parle dans son Histoire Romaine des Bains de l'Empereur Heliogabale. 11 asseure qu'ils estaient parfumés d' Ambre-gris, qui est un pur don qu'il fait à ce siecle-là, et vne marque de sa libéralité que nous pourrions appeller prodigieuse»
De cette sorte» les Historiens, ou pour mieux dire, les Traducteurs de l'Histoire se permettent d'embellir la Vérité : Ils ornent ainsi et enjolivent les choses de l'Antiquité quand elles leur semblent trop rudes et trop grossières. Parce que l'Ambre est plus estimé que la Casia, que quelques- vns pensent eslre la Canelle, le Prédicateur croit bien faire de parfumer d'Ambre le Pseaume quarante-quatriesme. Et, parla mesme raison, où il y aura du Miel dans vn autre Pseaume, vn autre Prédicateur changera ce Miel en Sucre, à cause que le Sucre sera plus à son gousl, et qu'il est plus nouveau et en plus grande réputation.
A la page CM il fait son idole de son subjet, et tombe dans l'intempérance de ces Orateurs violens, qui vont tousjours plus loin que leur but, et ne croyent jamais en dire assez s'ils n'en disent trop. Chose estrange, qu'ils ne puissent estimer un Sainct sans mespriser tous les autres Saincts I Quelquefois mesme, dans la chaleur de leur Eloquence, il leur eschappe quelque mot peu avantageux au Sainct des Saincts, et qui blesseroit la gloire du Dieu jaloux, si l'innocence de l'intention n'excusoit l'imprudence du mot. Ce n'est pas vn vice de nostre Siècle. Pay remarqué le mesme dérèglement dans le Chœur d'une ancienne Tragédie, où un Dévot, invoquant Hercule receû depuis peu au nombre des Dieux, 0 Hercule ! luy dit-il, à cette heure que tu habites le Ciel, tu lanceras la Foudre avec plus de Force que lupiter ! Ainsi le Dévot se laisse emporter à la violence de son zèle, et offense le Père pour louer le Fils.
le voy que vous avez pris garde au coup d'ongle que j'ay donné sur les Gaulois de la Déesse Cybele. Il est vray qu'en cet endroit le Prédicateur s'est mespris et a fait vn équivoque. Mais, s'il a failly, sa faute n'est pas sans consolation, ayant failly après Sainct Hierosme, qui s'est équivoque le premier. Galli Cybeles ou famtdi Cybeles se doivent rendre en François par les Prestres ou les Ministres de la Déesse Cybele. Et on ne les appelloit pas Galli pour estre nés dans la province des Gaules, mais à cause d'vn fleuve de la Phrygie nommé Gallus, dont l'eau mettait en fureur ceux qui en beuvoient, et sur le rivage duquel ces Prestres furieux vacquoient au service de leur Déesse.
Vous voyez l'Equivoque causé par la ressemblance du mot. Mais combien en voyons-nous de mesme nature? Nous sommes en vne saison si fertile en équivoques, que, nouvellement, le premier homme de nostre Siècle a pris le Grammairien Terenlianus Maurus pour vn personnage des Co-
SOCRATE GHRESTIEN. 85
medies de Terence , et Ta appelle la Maure de Terence. Vn autre a crû, tant il est bien versé en l'Histoire Ecclésiastique, que Sainct Epiphane et l'Epiphanie avoient esté le frère et la sœur. Vn autre excellent Géographe, comme vous pouvez penser, s'est imaginé que Sodome estoit la capitale Ville de Bulgarie.
Hais pour revenir à Sainct Hierome, son opinion me semble remarquable par sa singularité, et je ne croy pas que personne ait dit devant luy que les Romains, se voulant venger de la prise de Rome contre les Gaulois, prissent des gens de cette nation pour les faire Prestres de Cybele après les avoir fait Eunuques. Vne opinion si particulière se trouve dans son Commentaire sur le quatriesme Chapitre du Prophète Osée, et le passage mérite que vous le lisiez. Socrate fit apporter le cinquiesme tome des Œuvres de Sainct Hierosme et nous donna à lire ce qui s'ensuit.
QvOMAM JPSI CVM MERETRECIBVS CONVERSABANTVR, ET CVM EF-
fœminatis sacrificabant. Ht sunt quos hodie Romx, Matri non Deorum, sed Dxmoniorum seivientes Gallos vocant. Eo quod de hac gente Romani truncatos libidine in honorent Atys (quem Eunuchum Dea meretrix fecerat) Sacerdotes illius mancipaHnt. Propterea atUem Gallorum Gentis tontines effœminantur, ut qui vrbem Romam ceperant, hac feriantur ignoniinia.
Sainct Hierosme, adjousta Socrate, n'eust pas débité cette Histoire s'il se fust souvenu de ces vers :
Gur igitur Gallos, qui se excidére vocamus,
Cura tanlùm à Phrygia Gallica distet buraus? Inter, ait, viridem Gybelen altasque Gel en as,
Amnis it insana, nomine Gallos, aqua :
Qui bibit inde, furit, Procul bine discedite queis est
Cura bon» mentis, qui bibit inde, furit.
Vous diriez qu'Ovide, par vn esprit de divination, et pre-
voyant que SainctHierosmeprendroitTvn pouïTautre, a fait ces vers tout exprés pour empescher qu'il ne se mesprist. Neantmoins, comme vous voyez, il s'est esgaré en beau chemin et quoy qu'il ne manquast pas de guide. Tirons de l'instruction de cette remarque et n'en prenons point de vanité, Reconnoissons, avec beaucoup de respect pour la personne de sainct'Hierosme, qu'il n'y a point de force qui ne soit accompagnée de foiblesse, point de science qui ne soit meslée d'erreur. Consolons-nous en cette rencontre, mais ne triomphons point de cet exemple. Vne faute de mémoire ou d'attention ; Vn peu trop de crédulité ou trop de déférence au tesmoignage d'autruy, n'effacent pas la gloire de tant de gros volumes d'excellentes choses, ne ruinent pas le mérite d'vn jugement exquis et d'vne Doctrine extraordinaire. Pour vne légère bevuë, pour vn petit équivoque, sainct Hierosme ne doit point perdre son rang parmy ceux qui ont veû plus clair que les autres : 11 n'en est pas ny moins grand Sainct ny moins grand Docteur. Les hommes ne sont pas les mesmes hommes à toutes les heures du jour : Comme les Fous ont quelquefois de bons intervalles, les Sages en ont quelquefois de mauvais.
O Gouffres! ô Abysmes de l'Amour de Dieu! Iettons-nous dedans sans appréhender : il y a du plaisir à s'y perdre.
le suis de l'avis du Prédicateur, et ne blasme point cette belle fougue de dévotion. Les abysmes de l'amour de Dieu sont les seuls abysmes où il y a du plaisir à se perdre, parce qu'vne telle perte est avantageuse et qu'on se retrouve en se perdant. Quand vn mouvement extraordinaire de pieté pousse les âmes hors de leur assiette naturelle, elles changent de place pour estre en vn meilleur lieu. Les cheutes sont heureuses quand on tombe de la terre dans le Ciel. Il n'y a point d'eslevation qui soit si haute que pareilles cheu-
tes, et ce n'est pas de la mesme sorte qu'Agrippine fit descendre son Mary dans le Ciel.
Vn jour nous pourrons dire quelque chose de cette descente que vous avez veuë dans les Satyres de lu vénal. Disons maintenant que c'est vn desespoir héroïque, que c'est vne divine fureur, de se précipiter dans la Souveraine félicité. Disons que l'infinité de ce bonheur ne sçauroit eslre mieux représentée que par la vaste estenduë de l'Océan, que par la profondeur de ses gouffres et de ses abysmes. Les choses de l'autre Monde sont si grandes, qu'il n'y a point d'excez qui ne devienne médiocrité lors qu'il est question de les faire entendre à ce Monde icy. Il n'en est pas de mesme des choses inférieures, qui ont leurs proportions et leurs mesures, selon lesquelles il en faut parler. Rien n'est si voisin du haut stile que le Galimatias : le Ridicule est vne des extremitez du Subtil. Et je ne puis approuver ce Poëte Italien, qui, après avoir loué toutes les beautez d'vne rivière, pour couronner toutes ses louanges par vne subtilité merveilleuse, conclut que F eau en est si belle, quil y aurait de la volupté à s'y noyer. Vn autre Italien, parlant de la mort de Marulle, qui fut emporté par le courant d'vne autre rivière la voulant passer à gué : II meritoit, dit-il, de se noyer dans la Rivière des Muses,
Àonio mergi flumine debuerat,
comme si on se noyoil plus doucement et plus agréablement en vne rivière qu'en vne autre. Comme si mourir en Grèce estoit plus de la dignité d'vn grand Personnage que de mourir en Barbarie.
le recevrois mal ces sortes de subtilitez quand elles me viendroient de Rome et du Vatican. Et je n'ay garde de trouver bon qu'on redie en France se noyer dans un fleuve de délices, quoy que celuy qui l'a dit la première fois soit
va de mes chers amis : Ne luy en desplaise, ce n'est pas penser à ce qu'on dit. Se noyer est vne mauvaise chose, fust-ce dans vne pipe de Malvoisie qu'on se noyast : Vous sçavez l'exemple de l'Histoire d'Angleterre. Le terme de se noyer ne peut exprimer la possession d'vn bien, la jouissance d'vn plaisir, vn estât où l'on se trouve à son aise. L'image d'vn homme qui se noyé, en quelque lieu que ce soit, en quelque liqueur que ce puisse estre, ne peut jamais estre que funeste : Elle offense tousjours les yeux et l'esprit. Elle n'est gueres plus agréable que celle d'vn homme qui se pend, quand il se pendroit avec vne corde d'or et de soye, quand ce seroit avec vn collier de diamans ou de perles, et qu'il choisiroit pour cela le plus beau Cèdre du mont Liban.
Le peu de respect que les Minisires portent aux Pères en les alléguant, etc.
Us commencent pourtant à estre vn peu plus honnestes et à les traiter plus civilement. Depuis quelque temps ils s'accoustument à Sainct Hierosme, à Sainct Augustin et à Sainct Ambroise. De dire comme ils disoient autrefois Hierosme, Augustin et Ambroise, il me semble que c'est dégrader les Pères en les alléguant. Mais non-seulement c'est les dégrader et leur oster vne qualité que l'Eglise et le consentement des Peuples leur a donnée, c'est de plus leur dérober vne partie de leur nom, c'est en retrancher la première et la plus importante syllabe. Sainct est tellement joint et lié, tellement colé et incorporé à Ambroise, à Hierosme et à Augustin, qu'il en fait comme vn membre essentiel : il en fait mesme la teste, et le reste n'est plus que son tronc. Ce seroit donc les décapiter que de leur ravir ce tiltre, sans lequel ils ne sont pas reconnoissables au Monde Chrestien. A mon gré, ils ne seroient pas plus défigurez si on les appeloit Broise, Rosme et Gustin, que si on les appelle simplement Ambroise, Hierosme et Augustin.
SOCRÀTE CHRESTIEN. 89
Hais ad votions la vérité toute entière. Comme c'est estre trop Huguenot que de nommer ainsi les saincts Pères, aussi c'estoit faire trop le Catholique, et vouloir estre trop opposé aux Huguenots, que d'adjouster le nom de Monsieur à celuy de Sainct, et d'appeller Monsieur Sainct Àmbroise, Monsieur Sainct Hierosme et Monsieur Sainct Augustin. Dans la lumière de la gloire qui les environne et qui les pénètre de tous costez, dans la Souveraine Grandeur dont ils sont en possession, ils sont eslevez d'vne distance infinie au-dessus de nos qualitez et de nos tiltres, au dessus de nostre Monsieur, de nostre Monseigneur, et mesme de nostre Sire. Neantmoins, au temps de nos Pères, les Eglises de Paris retentissoient de pareils Messieurs : Le Barreau suivoit l'exemple des Chaires, et l'Advocat General de la saincte Ligue, le célèbre Louis d'Orléans, n'alleguoit jamais les Pères d'vne autre façon : Ce Ligueur zélé pensoit par là faire honneur aux Saincts et faire despit aux Huguenots.
C'est la beauté de l'Eglise et la Gloire de l'Humilité, de voir les Roys prosternez devant les Près très, de les voir descendre de leur Throsne pour se sousmettre au Tribunal de la Confession.
Cela s'appelle parler noblement des affaires de l'Eglise et des choses de la Religion. l'approuve bien plus ce langage que celuy du Père que nous avons veû à la Cour, et qui, après en estre sorty, avoit accoustumé de parler de cette sorte : Du temps que favois l'honneur de servir le Roy en sa conscience, pour dire du temps que festois Confesseur du Roy. La Phrase me semble bien délicate. En cette occasion, le mot de servir est inférieur à la chose qu'il signifie : Il avilit la noblesse de l'action et la dignité du Ministère ; Il est trop Courtisan, et sent trop la Milice Palatine. Le Confesseur du Feu Roy d'Espagne connoissoit bien mieux la grandeur de sa Charge et la Souveraineté de la lurisdiction qu'il exer-
çoit. Vn jour le duc de Lerme le voulut traiter de petit Compagnon et iuy parler avec msspris. A qui pensez-vous avoir affaire? Iuy respondit-il; Vostre faveur est bien moindre que la mienne. Sçachez qvé vovs vovs attaqvez a vn homme qvi a
TOVS LES IOVRS DlEV ENTRE LES MAINS , ET VNE FOIS LA SEMAINE
le Rot a ses pieds. Nous apprenons de là le stile dû Confesseur dans la brouillerie qu'il eut avec le Favory, et la dévotion du Roy, qui se confessoit toutes les semaines.
En ce temps-là la Providence divine estoit accusée par les hommes de la longue prospérité d'vn si mauvais Prince.
Il est vray qu'on partait ainsi avant que la Religion Chrestienne eust reformé le langage. On accusoit les Dieux de tout le mal que faisoient les hommes. La Providence divine estoit prise tous les jours à partie par quelqu'vn qui se plaignoit que les choses du monde n'alloient pas comme il eust
VOUlu. Ce TYRAN HEVREVX PORTE TESMOIGNAGE CONTRE DlEV.
C'est vn ancien mot allégué par vostre Ciceron; Et il n'est rien de si vulgaire dans les vers des Poètes payens que le crime de leurs Dieux et de leur Destin : Crimen Deorum, Fatorum crimen, etc. Cinthia est malade, et si elle meurt de sa maladie, dit le Poëte amoureux de Cinthia, vne si belle Morte sera le crime du Dieu de la Médecine.
Tara formosa Iuuoj Mortua crimen erit.
Depuis Constantin mesme, et sous les enfans de Theodose, il y a des exemples de ces blasphèmes Poétiques et de cette profane liberté. Si Rufin n'eust esté puni de ces crimes, on alloit appeller les Dieux en justice comme fauteurs et complices de Rufin :
Abslulit hune tandem Rufini pœna timorem, Absolvitque Deos.
SOCRATE CHKÈSTIEN. 91
Vn de nos Poètes a dit je ne sçay quoy de semblable, mais en vérité d'vne excellente manière, et sa copie passe tous ces originaux. le vous la propose comme vn chef-d'œuvre dans cette Ode, qu'on peut opposer aux plus belles et aux plus achevées de l'Antiquité. Le Dieu de Seine parie à vn Favory qui passoit sur le Pont-neuf.
Va-t'en à la mal'heure, excrément de la Terre, Monstre qui dans la Paix, fais les maux de la Guerre,
Et dont l'orgueil ne connoist point de loix ; En quelque haut dessein que ton esprit s'égare, Tes jours sont à leur lin, ta cheute se prépare,
Regarde-moy pour la dernière fois.
C'est assez que cinq ans ton audace effrontée, Sur des aisles de cire aux estoiles montée,
Princes et Roys ait osé défier ; La tbrtune t'appelle au rang de ses victimes, Et le Ciel accusé de soustenir tes crimes,
Est résolu de se justifier.
En tout le Poëme il n'y a qu'vn mot qui ne me plaîst pas, et que je voudrois avoir changé pour vn autre.
Excrément de la Terre me semble trop bas pour vn Tyran, c'est-à-dire pour vn Criminel illustre, né à la ruine de la Patrie, altéré du sang des Citoyens, et partant plus haï que mesprisé. Engeance de la Terre seroit peut-estre mieux, parce qu'il feroit allusion à la naissance des Geans, que la Fable appelle enfants de la Terre. Le mot d'excrément est d'ailleurs assez vilain et d'assez mauvaise odeur : En sa plus honneste signification il ne peut signifier que les rats, les mouches, les vermisseaux et autres créatures imparfaites qui se forment de la corruption de la Terre,
Si Alexandre n'eust pas esté Alexandre, il eust voulu estre Diogene, tant la Pauvreté vertueuse se fait estimer par la Royauté roesme et par la Grandeur.
Pour moy, en cette occasion, je ne sçaurois estre complaisant à la Royauté mesme et à la Grandeur. Celuy que toutes les Nations et que tous les Siècles ont loué n'aura point icy de mes louanges. Si ie n'estois Alexandre, ie vovdrois estre Diogene. Le Prédicateur a trouvé ce mot extrêmement bon, et moy je le trouve extrêmement mauvais. Car, à vostreadvis, et dans la vérité de la chose, qu'est-ce que c'est que d'estre Diogene ? le vais vous le dire, en traduisant seulement le Texte Grec, sans aucune addition de ma part.
Estre Diogene, c'est violer les Coustumes establies et les Lois reçues, c'est n'avoir ny pudeur ny honnesteté, c'est no connoistre ny parent, ny hoste, ny amy ; c'est ou japper, ou mordre toujours; c'est manger en plein marché vne sole crue ou de la viande toute sanglante ; c'est offenser les yeux du Peuple par des actions encore plus sales et plus vilaines, des actions pour lesquelles il ne doit point y avoir d'assez grand secret ny d'assez profonde solitude. Voila ce que c'est que d'estre Diogene, et ce qu'Alexandre vouloit estre s'il n'eust esté Alexandre.
Il ne pouvoit pas sortir vn plus mauvais mot de la bouche du Disciple d'Aristote, et le Prédicateur ne pouvoit pas desobliger davantage ceux qu'il avoit dessein de louer, qu'en se servant d'vne comparaison si odieuse, pour le moins à quiconque n'est pas estranger dans les bons Livres. La modeste pauvreté des Philosophes Chrestiens n'a rien de commun avec la Gueuserie effrontée des Philosophes Cyniques. Ces Philosophes extravagans faisoient profession d'orgueil, d'impudence et d'impureté : Ils haïssoient les Hommes sous prétexte de haïr les Vices : Ils vouloient que leur barbe, que leur misère, que leurs ordures fussent adorées. Tout ce que
je viens de dire est bien esloigné de la douceur, de la chasteté, de l'humilité du Christianisme : Nos Philosophes sont les Antipodes de ceux-là.
Chose déplorable! Ils nient celuy qu'ils ne peuvent ignorer. La Cour, les Villes et la Campagne sont pleines de ces gens-là. Autrefois, l'Impiété n'alloit que de nuit et ne parloit qu'à l'oreille; Aujourd'hui, elle triomphe en plein jour, etc.
le ne puis luy accorder ce qu'il dit. Son exagération est trop injurieuse à la France et au temps présent. Il n'est point de Siècle, je le sçay bien, qui ne soit remarquable par quelque Monstre : Hais le bon est que les Monstres ne font point d'espèce, et qu'ils finissent sans multiplier. Quand mesme ils ne seroient pas stériles, et que la corruption des mœurs les voudroit faire durer dans le Monde, la Police de France pourvoit à cet inconvénient, et les Parlements chastient ceux qui sont eschappez à l'Inquisition.
le vous diray à ce propos que j'ay esté spectateur de l'horrible Tragédie dont vous avez esté auditeurs plus d'vne fois, puisque vous avez veû souvent le Chevalier de l'Escale. le parle de la mort de Lucillio, à laquelle je ne songe jamais qu'il ne me ressouvienne de celle de Capanée. Cette Fable devant Thebes est devenue Histoire à Tholose : Et vous ne serez pas faschez, je connois vostre curiosité, que je vous fasse la Comparaison de deux Spectacles qui ont tant de rapport l'vn à l'autre.
Considérez dans le dixiesme Livre de la Thebaïde cet ennemy de la Religion receuë et des Loix de son Pays. Il fait profession de n'adorer que son bras et que son espée. Ce sont les seules Divinitez qu'il reconnoist et qu'il invoque allant au combat. Voyez comme il défie lupiter et son Tonnerre, comme il se mocque d'Apollon et de son Oracle, comme il ne sçauroit ouvrir la bouche sans braver les Puissances Su-
U ŒUVRES DE BALfcAC.
perieures. A la fin vne si haute insolence ne pouvant plus estre supportée, et le Ciel estant las d'estre outragé par vn enfant de la Terre, il fallut luy faire sentir la foudre qu'il mesprisoit, et le punir de la peine des Geans. Capanée est donc abbattu, à la veuë de Thebes et de l'Armée, par vn coup qui fait trembler les Assiégez et les Assiegeans. Hais il est tout en feu, et il blasphème encore en cet estat-là. N'ayant plus ny parole ny voix, il murmure et souffle contre le Ciel. 11 voudroit tonner aussi bien que luy. Il luy fasche que Iupiter ait le dernier mot ; Et, pour conclure avec le Poëte qui a représenté vne extravagance si furieuse,
Si le premier esclat ne l'avoit mis en poudre, Il alloit mériter vne seconde foudre.
L'Original Latin porte :
Et si jam tardius art us Gessissent, poterat fuknen meruisse secimduYn.
Apres avoir leû dans les Traductions d'Amyot :
Elle produit drogues medecinales
Tout pegle-mcsle, autant bonnes que maies.
et
Cétuy, malgré Phebus, a semé des enfans,
je me suis hazardé de traduire aussi à ma mode les vers des Anciens, et de dire en rime qve les tovrmens ne convertirent POINT LE COVPABLE. '
Mais, pour venir à la seconde pièce de nostre comparaison, Capanée n'a-t'il pas esté la figure deLucillio, etLucillio n'a-t'il pas jolie tout de bon le Capanée de son Siècle? N'at'il pas fini parla mesme Catastrophe? Il est certain qu'il
conserva ses abominables opinions jusques dans la mort et dans les supplices. N'ayant plus de langue sur l'eschafaut (car elle luy fut coupée dés la prison) , il faisoit des signes d'impiété. Son obstination et sa dureté ne purent estre vaincues, ny par la sévérité des luges, ny par la doctrine des Théologiens, ny par la présence du feu, ny par le voisinage de l'Enfer. Cet homme, visiblement reprouvé, a noircy son Siècle par sa naissance, a souillé par sa vie et par sa mort notre pays et le sien. Mais, quoy qu'il en soit, ce n'estoit qu'vn homme, et cet homme n'a laissé ny R&ce ny Secte.
On ne peut donc pas dire que la Cour, les Villes et la Campagne soient pleines de ces gens-là : Beaucoup moins que l'Impiété triomphe en France, puis que les Impies y sont bruslez tous vifs quand on les défère à la Iustice, comme Lucillio à Tholose, et qu'ils sont traisnez à la voirie après leur mort, quand leur mort prévient leur condamnation, comme Cosme Roger à Paris. Vous verrez à loisir cette autre Tragédie dans les Livres de la Vie de Monsieur de Thou. Mais advoiïez-moi cependant que voila vn Triomphe bien triste et bien funeste au Triomphateur. Et remarquez de plus, s'il vous plaist, qu'outre que ces exemples sont rares en ce Royaume, ils sont de deux hommes venus de delà les Monts. L'un estoit de Florence et l'autre de Naples : Et j'aime beaucoup mieux encore que le troisiesme Exemple que j'ay à vous alléguer, et que je vous promis il y a quelques jours, soit d'vn Prince estranger que s'il estoit d'vn Prince François.
Vue heure avant que ce Prince rendist l'esprit, le Théologien Protestant qui preschoit d'ordinaire devant luy l'estoit venu visiter accompagné de deux ou trois autres de la mesme communion. S'approchant de son lict avec vne profonde révérence, il le conjura au nom de toute leur Eglise de vouloir rendre quelque tesmoignage de la Religion qu'il professoit, et de faire vne espèce de confession de Foy qui pust
estre recueillie de la Compagnie, afin, disoit-il, que les dernières paroles d'vn si grand Personnage se conservassent dans la mémoire des hommes, et donnassent de rauthorité à l'opinion qu'il avoit suivie. A cette demande, le Prince se mit vn peu à sourire, et luy respondit incontinent après : Monsieur mon amy, j'ay bien du desplaisir de ne vous pouvoir donner le contentement que vous desirez de moy. Mais vous voyez que je ne suis pas en estât de faire de longs discours ny de vous rendre compte de ma Créance par le menu. Je vous diray seulement en peu de mots qve ie croy qve devx
ET DEVX FONT QVATRE ET QVE QVATRE ET QVATRE FONT HVIT. Mon*
sieur Tel, montrant du doigt vn Mathématicien qui estoit là présent, vous pourra esclaircir des autres points de nostre Créance.
Cette Histoire, connue de peu de personnes, est vn secret domestique que je tiens d'vn Gentil-homme d'honneur et bien informé. le ne vous nomme point le Prince qui avoit vne si belle Religion : il nie suffit de vous dire qu'il ne manquoit pas des vertus morales. Il ne juroit que Certes et il ne buvoit que de la Tisanne. Il estoit extrâmement réglé en tout ce qui paroissoit de luy au dehors. Et c'est de quoy je m'estonnerois extrêmement si je n'avois vn peu estudié le Monde. C'est ce qui m'oblige d'advolier, à la honte de la Nature humaine, que l'Homme est vn animal bien divers et bien bigarré, que les Centaures et les Chimères ne Festoient pas davantage; que non seulement il est composé de pièces différentes, mais quelquefois aussi de pièces contraires.
le ne trouve point estrange que la Santé s'eschappe de la sujétion des Loix, que la Desbauche soit oublieuse de son devoir, que le Vice engendre l'Impiété. Mais de voir au milieu de la mort vne froide et tranquille mescreance, mais de dire qu'on puisse estre furieux sans émotion; que la Douceur et la Modestie se rencontrent avec les derniers effets de la Rage et du Desespoir, avec le renversement des Temples et des
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Autels, c'est en vérité ce que je ne puis pas bien comprendre. Sera-ce vn Sobre et vn Continent qui viendra esbranler les fondemens de Testât du Monde? qui se déclarera Ennemy de Tordre et des reglemens de la grande Republique? Ces derniers impies sont encore plus rares que les premiers, et à Dieu ne plaise qu'il y ait multitude des vns ny des autres ! le ne sçaurois le croire pour l'honneur de nostre Siècle.
Sur la fin du dernier Sermon, il y auroit bien de la matière à remuer pour vne humeur reprenante et pour vn Grammairien pointilleux. Mais ne soyons ny trop sévères ny trop indulgens. Arrestons-nous à quelque terme douteux et qui vaille la peine d'estre examiné : passons sur les autres, qui sont absolument bons ou absolument mauvais. Mais je vous demande premièrement du nombre desquels vous croyez que soient ceux-cy : la Superbe pour l'Orgueil, Emperiere pour Impératrice, Affectueusement pour Passionnément, etc. Toute la Compagnie trouva qu'ils n'estoient pas absolument bons. Il n'y eut que le Vicaire de la Paroisse qui s'opposa à ce jugement : Et là-dessus ayant allégué des Autheurs dont personne que luy ne reconnoissoit Tauthorité, Socrate se contenta de luy respondre par vn signe de teste et continua son Examen.
A vostre advis, est-il permis à vn Orateur, et mesme à vn Poëte, de dire que Godefroy de Bouillon et tant d'autres Héros Chrestiens ont esté planter leurs lauriers jusques sur les rives de VEuphrate?
Planter des lauriers n'est autre chose, ce me semble, en sa plus noble signification, que de faire des allées ou des palissades, et cette action appartient à l'Agriculture et non pas à l'Art de la Guerre. Les Jardiniers plantent les lauriers et on en couronne les Victorieux. C'est à quoy peu de nos gens ont pris garde, et ces belles phrases sont imprimées dans les
plus beaux Ouvrages que nous ayons. Ne (voyez vous pas que, pour bien parler, il faudrait parler plus correctement? César a mérité mille lauriers et mille statues : Il y a pourtant grande différence entre César et vn planteur de lauriers, entre vn Conquérant et vn faiseur de statues. Les îardiniers et les Bouquetière, les Sculpteurs et les Doreurs fournissent l'estoffe et les ornemens du Triomphe, travaillent à la décoration des Théâtres et au reste de la cérémonie qui doit honorer les actions militaires : Mais ceux qui ont fait ces actions et qui doivent triompher ne se meslent point de ce travail.
Saincte Paule, celte brave Veuve, cette Héroïne de Sainct Hierosme.
C'est l'opinion d'vn de nos Amis que Pepithete de Brave ne se peut donner à vue femme, qui ne va point à la Guerre, et par conséquent qu'il n'appartient de droit qu'à Penthesilée, Reyne des Amazones; qu'à Tomyris, Reyne des Scythes; qu'à Zenobie, Reyne des Palmyreniens, etc. Au deçà de la rivière de Loyre on dit vn Brave Advocat et vn Brave Prédicateur. Et peut-estre qu'en quelque lieu plus esloigné de Paris, et plus voisin des Monts Pyrénées, on dit Vn Vaillant Advocat et vn Vaillant Prédicateur. Nous avons veû à la Cour vn Autheur de ce pays-là qui se vantoit de tailler sa plume avec son épée: n estoit-ce pas vn vaillant Autheur? Vn Prélat du mesme pays, Député à l'Assemblée des Estais généraux tenue à Paris, respondit à vn autre Député qui luy contestoit quelque chose dans l'Assemblée : Hors d'icy, vous n'oseriez me le soustenir Vespée à la main! Ce Prélat n'estoit-il pas vn vaillant Prélat?
Puis qu'il se sert de Reliques où il devroit se servir de Restes, je m'imagine qu'en quelque autre lieu il prend les Restes pour les Reliques. Comme il dit icy les Reliques de la
Guerre, recueillir les Reliques de son Naufrage, sauver les Reliques de sa Fortune, il y a de l'apparence qu'il dit ailleurs les Restes de Sainct Pierre et de Sainct Paul, honorer les Restes des Martyrs, aller à l'adoration des Restes le jour du leudy absolu. 11 y a certains mots consacrez à la Religion et aux choses sainctes : Il ne faut point les profaner en les employant à vn autre vsage, et il me semble que letmot de Reliques est vn de ceux-là.
Sainct Paul avoit fort bonne grâce quand il disoit.
Ou je me trompe, ou la bonne grâce n'est pas plus icy en sa place que la beauté. Faimerois autant qu'il dist : S. Paul estoit bien joly de dire, ou : S. Paul ne fust jamais plus agréable que quand il disoit.
Mais la nuit est desja bien avancée et dix heures viennent de sonner. Laissons vn examen si peu important pour songer à celuy de nostre conscience. Pour vacquer à la chose qui est seule nécessaire, quittons les autres choses qui sont toutes inutiles. Ce que nous allons faire dans la Chapelle vaut bien mieux que ce que nous venons de faire dans le Cabinet.
Vous vous souvenez du vieux Pédagogue de la Cour, et qu'on appelloit autrefois le Tyran des mots et des syllabes, et qui s'appelloit luy-mesme, lors qu'il estoit en belle humeur, le Grammairien à lunettes et en cheveux gris. N'ayons point dessein d'imiter ce que l'on conte de ridicule de ce vieux Docteur. Nostre ambition se doit proposer de meilleurs Exemples. Fay pitié d'vn homme qui fait de si grandes différences entre pas et point; qui traite l'affaire des Gérondifs et des Participes comme si c' estoit celle de deux Peuples voisins l'vn de l'autre et jaloux de leurs frontières. Ce Docteur en langue vulgaire avoit accoustumé de dire que, depuis tant d'années, il travailloit à dégasconner la Cour, et
qu'il n'en pouvoit venir à bout. La Mort l'attrappa sur l'arrondissement d'vne Période, et Tan climaterique l'avoit surpris délibérant si Erreur et Doute estoient masculins ou féminins. Avec quelle attention vouloit-il qu'on l'eseoutast quand il dogmatisoit de l'vsage et de la vertu des Particules? Croyons-en les anciens Pères, et si vous le voulez, croyonsen mesme les Pères Modernes. Suivons le conseil que le Père Léonard Lessius donnoit à son amy Iuste Lipse. C'est assez
PAIRE L'ENFANT ET s'aMVSER A CE fEV DE MOTS ET DE SYLLABES ; IL FAVT VIEILLIR PLVS SERIEVSEMENT ET DANS DE PLVS GRAVES ET
pe plvs importantes pensées. La propriété, la régularité, la beauté mesme du langage ne doit pas estrela fin de l'homme. Il ne faut pas songer aux roses et aux violettes quand la saison de la récolte est venue.
DISCOVRS ONZIESME.