Acte m, scène m, rers
de TOUS soavenir, Bfadame, combien de fois vous avez "T^TT dk que la meilleure qualité que vous trouviez en moi, cétoît une soumission d'enfant pour tout ce que F Église croit et curdonne, même dans les plus petites choses. Tai £ut par votre ordre près de trois mille vers sur des su* jets de piété; j*y ai parlé assurément de Fabondance de mon cœur, et j*y ai mis tous les sentiments dont j'étois le plus rempli. Vous est-il jamais revenu qu'on y ait trouvé un seul endroit qui approchât de Terreur et de tout ce qui s'appelle jansénisme? Pour la cabale, qui est-ce * qui n'en peut point être accusé, si on en accuse un homme aussi dévoué au Roi que je le suis, un homme qui passe sa vie à penser au Roi, à s'informer des grandes actions du Roi, et à inspirer aux autres les sentiments d'amour et d'admiration qu'il a pour le Roi? Pose dire que les grands seigneurs m'ont bien plus redierché que je ne les recherchois moi -même; mais dans quelque compagnie que je me sois trouvé. Dieu m'a fiut la grâce de ne rougir jamais ni du Roi ni de l'Évangile. Il y a^ des témoins encore vivants qui pournnent vous dire avec quel zèle ils m'ont vu souvent combattre de petits chagrins qui naissent quelquefois dans l'esprit des gens que le Roi a le plus comblés de ses grâces. Hé quoi ! Madame, avec quelle conscience pourrai -je déposer â la postérité que ce grand prince n'admettoit point les faux rapports contre les personnes qui lui étoient le plus inconnues, s'il faut que je bsse moi-même une si triste expérience du contraire? Mais je sais ce qui a pu donner Ûeu à une accusation si
6. Ici, de même que plus loin, p. 118, ligne 14, Racine, suirant too babitade, a ^crit este.
7. Avant cette phrase, Racine avait d'abord ëcrit : « M. de Ca- ▼oje, dont la probité n'est pas suspecte, pourroit. » Ces mots ont hé efbc^.
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g injuste. J'ai une tante qui est supérieure de Port-Royal, et à laquelle je crois avoir des obligations infimes. Cest elle qui m'apprit à connoître Dieu dès mon enfonce, et c'est elle aussi dont Dieu s'est servi pour me tirer de l'égarement et des misères où j'ai été engagé pendant quinze années. J'appris, il y a près de deux ans, qu^on l'avoit accusée de désobéissance , comme si elle avmt reçu des religieuses contre la défense qu'on a faite d'en recevoir dans cette maison. J'appris même qu'on parloit d'ôter à ces pauvres filles le peu qu'elles ont de bien, pour subvenir aux folles dépenses de l'abbesse de Port- Royal de Paris*. Pouvois-je, sans être le dernier des hommes, lui refuser mes petits secours dans cette nécessité'? Mais à qui est-ce, Madame, que je m'adressai pour la secourir? J'allai trouver le P. de la Chaize, et lui représentai tout ce que je connoissois de l'état de cette maison, tant pour le temporel que pour le spirituel. Je n'ose pas croire que je l'aie persuadé; mais du moins il parut très-content de ma franchise, et m'assura, en m'embrassant, qu'il seroit toute sa vie mon serviteur et mon ami. Heureusement j'ai vu confirmer le témoignage que je leur avois rendu, par celui du grand vicaire de Monsieur T Archevêque **, par celui de deux religieux bénédictins qui furent envoyés pour visiter cette maison, et dont l'un étoit supérieur de Port-Royal de Pa-
8. Marie-Anne de Harlay de Cbampyallon, nièce de l'archeréque de Paris, François de Harlay. Elle avait succéda, le la janvier 169$, à sa unte Elisabeth-Marguerite de Harlaj; elle quitta labba je de Port-Royal en 1706.
9. C'est à cette occasion que Racine avait ëcrit, en 1696, le Jf/moire que nous avons donne au tome IV, p. 61 5 et suivantes.
* 10. Uahhé Roynette. Voyez ci-dessus, p. i5i et iSa, les notes i et 9 de la lettre i38. Sa visite a Port-Royal deê Champs eut lieu du ai au 9 5 mai 1696. Voyez V Histoire généride tU Pori-Ro^al, tome VHI, p. 3a4.
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m'*, et enfin par celai des confesseurs extraordinaires** TsoT qn'cHi leur a donnés, tous gens aussi éloignés du jansé* nisme que ^' le ciel Test de la terre. Ils en sont tous rrrenos en disant, les uns qu'ils avoient vu des religieuses qui vivoient comme des anges, les autres qu'ils venoîent de voir le sanctuaire de la religion. Monsieur r Archevêque, qui a voulu connottre les choses par hii-méme'^, n'a pas caché qu'il n'avoit point de filles dans son diocèse, ni plus régulières, ni plus soumises à son autorité. Voilà tout mon jansénisme. J'ai parlé comme ces docteurs^' de Sorbonne, comme ces religieux, et enfin comme mon archevêque. Du reste ^*, je puis vous protester devant Dieu que je ne connois ni ne fréquente aucun homme qui soit suspect de la moindre nouveauté. Je passe ma vie le plus retiré que je puis dans ma famille, et ne suis pour ainsi dire dans le monde que lorsque je suis à Marly. Je vous assure. Madame, que Tétat où je me trouve est tr^-digne de la compassion que je vous ai toujours vue pour les malheureux. Je suis privé de l'honneur de vous voir*'; je n'ose pres-
II. Lfe P. de Loo, prieur de l'abbaye de Saînt-Germain des Pr^, un det grands TÎcaires de TArchevêque. Cette visite est du mois de mT% 1697. Voyez V HUtoire générale de Port-Rofal^ tome VIII, p. 333.
la. U Histoire générale de Port^Royal, tome VIII, p. 337 ^^ ^^^i rapporte aussi cette visite des confesseurs extraordinaires. Une note, à la page 343, avertit qu'elle eut lieu en 1698.
f 3. Racine avait d*abord écrit comme^ au lien de que,
14. La risite de M. de Noailles avait en lien avant celle des con* fesscurs, le ao octobre 1697. Voyez V Histoire générale de Port' Moxal^ tome VIO, p. 336 et 337-
i5. Au lieu de : « Voilà tout mon jansénisme, etc., » Racine avait d'abord mis : « Suis-je donc janséniste pour avoir pensé et parlé comme ces docteurs... ? m
16. Tout ce passage, depuis : « Du reste, m jusqu'à : « je suis k Marlj, » a été ajouté après coup.
17. Ce membre de phrase a été ajouté aussi, en interligne, à la première rédaction.
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jg g que plu» compter sur votre protection^ qui est pourtant la seule que j'aie tâché de mériter'*. Je chercfaois du moins ma consolation dans mon travail ; mais jugez quelle amertume doit jeter sur ce travail la pensée que ce même grand prince dont je suis continuellement occupé me regarde peut-être comme un homme plus digne de sa colère que de ses bontés*'.
Je suis, avec un profond respect, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
A Marly, le 4* mars [1698].