DB BAGINB A JEAN-BAPTISTB BAGUnS
A Paris, le 10* mars [1698].
Votre mère est fort contente du détail que vous lui mandez de vos affaires, et fort affligée que vous ajex tant perdu sur les espèces. Cela vous montre qu^il vaut mieux que Monsieur TAmbassadeur vous fasse donner Targent dont vous aurez besoin , et je le rendrai ici aux gens à qui il lui plaira que je le rende. Je ne sais si je vous ai mandé que j'ai donné à M. Pierret pour vous onze louis d'or vieux et un demi-louis vieux, faisant en tout i4o Hv., 17 sous, 6 den. Il m'a assuré qu'il n'y auroit rien à perdre pour vous. Ne vous laissez manquer de rien, et croyez que j'approuverai tout ce que Monsieur l'Ambassadeur approuvera. II me mande qu'il est con-
18. Racine avait d'abord écnt: « que j'aie jamais rechercha. »
19. La première rédaction était : « comme un homme indigne de ses bontés. »
Lrtrb 167. — I. Revue sur l'autographe, conserré à la Bibliothèque impériale.
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tent de tous; c'est la meUleure nouvelle qu'il me puisse Tsôîr mander, et la chose du monde qui peut le plus contribuer à me rendre heureux. Ce que vous me mandez des Carthaginois^ m*a fort étonné; mais songez que les lettres peuvent être vues, et qu'il faut écrire, avec beaucoup de {M^caution sur certains sujets. M. Félix le fils se plaint fiart de ce que vous ne lui écrivez point; mais le commerce des lettres étant aussi cher qu'il est, vous faites issex sagement de ne vous pas ruiner les uns les autres. Votre mère se porte bien. Madelon et lionvaP sont on peu incommodés, et je ne sais s'il ne faudra point leur faire rompre carême. J'en étois assez d'avis, mais votre mère croit que cela n'est pas nécessaire. Comme le temps de Pâques approche, vous voulez bien que je longe un peu à vous, et que je vous recommande aussi d'y songer. Vous ne m'avez encore rien mandé de la dmpelle de Monsieur l'Ambassadeur. Je sais combien il est attentif aux choses de la religion, et qu'il s'en fait me affaire capitale. Est-ce des prêtres séculiers par qui il k fait desservir, ou bien sont-ce des religieux? Je vous conjure de prendre en bonne part les avis que je vous donne là-dessus, et de vous souvenir que, conune je n'ai rien plus à cœur que de me sauver, je ne puis avoir de véritable joie si vous négligiez une affaire si impor* tante, et la seule proprement à laquelle nous devrions tous travailler. On m'a dit qu'il falloit absolument que votre sœur atnée revint avec nous, et j'irai au plus tard
a. D dëtignait sous ce nom les Anglais protestants, qui aTaient détrône le roi Jacqaes. (Ifotê de P édition de 1807.)
3. Cétoît moi. {Note de Louis Racine.) —Madeleine et Louis, les deux plus jeunes enfanu de Racine, ëuient alors âgés Tune de dix ans, l'autre d'un peu plus de cinq ans. Le surnom de Lionral donne à Louis Racine semblerait avoir éié tire d'une ferme qui dépendait de Chouy (canton de Neuilljr-Saint-Front), à douze kilomètres de la Ferté-fifilon. Peut-être y arait-il éié nourri.
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jg g la semaine de Pâques pour la ramener : ce sera une rude séparation pour elle et pour ces saintes filles, qui étoient ravies de l'avoir, et qui sont fort contentes d'elle. Nanette vous fait ses compliments dans toutes ses lettres. Votre cousin de Romanet n'a point d'antre parti à prendre que de s'en retourner à Mondidier, M. de Barbezieux s' étant mis en tête de ne point prendre de surnuméraires dans le bureau de M. du Fresnoy, et n'y ayant point de place dans tous les autres bureaux. M. Bégon m'a promis qu'il m'avertiroit quand il en auroit ; mais ce ne sera pas sitôt apparemment. Je plains fort votre cousin, qui avoit bonne envie de travailler, et dont M. du Fresnoy étoit content au dernier point. Mylord Portland^ fit hier son entrée. Tout Paris y étoit; mais il me semble qu'on ne parle que de la magnificence de M. de Boufflers, qui l'accompagnoit, et point du tout de celle du mylord. C'est M. de Maison ' qui l'accompagnera lorsqu'il fera son entrée à Versailles. Je mande à Monsieur l'Ambassadeur que vous lui montrerez un endroit de Vii|[ile où Nisus se plaint à Énée qu'il ne le récompense point, lui qui a fait des merveilles, et qu'il récompense des gens qui ont été vaincus. Cherchez cet endroit * : je suis assuré que vous
4. Ambassadeur extraordinaire d'Angleterre. Voyez ci-deMoSt p. 3o, la note 8 de la lettre 94* — On lit dans le Journal de Dangeauy an dimanche 9 [mars 1698], à Versailles : «Milord Portland fit son entrée à Paris, qui fut magnifique, mais beaucoup moindre qu'on ne lavoit cru. C'étoit le marëchal de Boufilers qui le menoit. C'est toujours un maréchal de France qui mène les ambassadeurs à leurs entrées à Paris. »
5. Le président de Maisons, capitaine-gouverneur des châteaux de Versailles et de Saint-Germain.
6. Il est au livre V de VÉnéide^ vers 353-355. Racine roulait faire mettre cet endroit de Virgile sous les yeux de Bonrepaus, parce qu'il n'avait pas reçu de récompense après son ambassade en Danemark, où il avait rendu de grands services, tandis qu'on
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le trouverez fort beau. Assurez M. de Bonac du grand ,698 intérêt que je prends à tout le bien qu'on nous dit ici de faii. On dit des merveilles de son extrême politesse, de sa sagesse et de son esprit. Votre mère vous embrasse, et se repose sur moi du soin de vous écrire de ses nouvelles.
Sttscription : A Monsieur Monsieur Racine, gentilhomme ordinaire du Roi, à la Haye. (Cachet rouge, dont Tempreinte est une tête.)
l68. DE EACIITB A JEAN-BAPTISTE RAGUTB^
^ A Paris, 16. mars [1698].
Jk m'étonne que vous n'ayez pas eu le temps de m'écrire un mot par les deux courriers que Monsieur FAmbassadeur a envoyés coup sur coup, et qui sont venus tous deux m' apprendre de vos nouvelles. Ils me disent tous que vous êtes très-content, et que vous travaillez beaucoup. Je ne puis vous dire assez combien cela me fiût de plaisir; mais pendant que vous êtes dans un lieu où vous vous plaisez, et où vous êtes dans la meilleure compagnie du monde, votre pauvre sœur aînée est dans les larmes et dans la plus grande a£Ghction où elle ait été de sa vie. Cest tout de bon qu*il faut qu*elle se sépare de sa chère tante et des saintes filles avec qui elle 8*e8timoit si heureuse de servir Dieu. Mais quelque
aralt accordé d'importantes faveurs aux plénipotentiaires qui ayaient ftifDé le malheureux traite de Rjrswick* Voyez ci-dessus, la lettre i65, p. aïo et an.
Lbrbb 168. — I. Rerue sur l'autographe, conserrë à la Bibliothèque impériale.
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jg g instance que je lui aie pu faire pour Tobliger de revenir avec nous, elle a résolu de ne remettre jamais le pied au logis; elle prétend, au sortir de P. R., s'aller renfermer dans Gif, qui est une abbaye très-régulière à deux petites lieues de P. R., et attendre là ce que deviendra cette sainte maison, résolue d'y revenir si Dieu permet qu'elle se rétablisse, ou de se faire religieuse à Gif quand elle perdra l'espérance de retourner à P. R. Elle ni*a écrit là-dessus des lettres qui m'ont troublé et déchiré au dernier point, et je m'assure que vous en seriez attendri vous-même. La pauvre enfant a eu jusqu'ici bien des peines, et a été bien traversée dans le dessein qu^elle a de se donner à Dieu. Je ne sais quand il permettra qu'elle mène une vie un peu plus calme et plus heureuse. Elle était charmée d'être à P. R. , et toute la maison étoit aussi très-contente d'elle. Il faut se soumettre aux volontés de Dieu. Je ne suis guère en état de vous entretenir sur d'autres matières, et j'ai même eu mille peines à achever la lettre que j'ai écrite à M. de Bonrepaux. Je pars demain pour aller à P. R., et pour régler toutes choses avec ma tante, afin qu'elle écrive à Gif, et que je prenne mes mesures pour y mener votre sœur aussitôt après Pâques*. De là j'irai coucher à Ver- ' sailles, pour aller mecredi à Marly.
Je ne doute pas que vous n'ayez été fort aise du mariage de M. le comte d'Ayen •, et que vous ne lui écriviez au plus tôt pour lui en témoigner votre joie. Il