yenu^ sans accord, dans l'autographe
18. L'abbé Genest, aumônier ordinaire delà duchesse de Chartres (Mademoiselle de Blois), dont il avait été précepteur. Né le 17 octobre 1639, il mourut le 20 novembre 17 19. H fut élu à l'Académie à la place de Boyer, le s3 aoât 1698, et reçu le 27 septembre. Voyez la Gazette du 4 octobre 1698, p. 480.
19. L'abbé Genest n'avait pas encore composé ses tragédies. En 167s il avait publié une Ode sur la conquête de la Hollande; en 1673
LETTRES, a65
Je ne crois pas que je fasse le voyage de 0>mpiègiie*^, ' ayant tu assez de troupes et de campements en ma vie pour n*étre pas tenté d'aller voir celui-là. Je me réserverai pour le voyage de Fontainebleau*^, et me reposerai cependant dans ma famille, où je me plais plus que je n'ai jamais fait. M. de Torcy me paroit très-plein de bonté pour vous, et je suis persuadé qu'il vous en donnera des marques. Dès que le temps sera venu de vous proposer pour quelque chose, M. de Noailles, M. de Beaavilliers même, seront ravis de s'employer pour vous dans les occasions , et vous jugez bien que je ne négligerai point ces occasions lorsqu'elles arriveront, n'y ayant plus rien qui me retienne à la cour que la pensée de vous mettre en état de n'y avoir plus besoin de moi, Yoore mère, qui a vu la lettre que votre sœur vous écrit, dit qu'elle vous y parle des affaires de votre conscience : vous pouvez compter qu'elle l'a fait de son chef, et plutôt pour vous faire apparemment la guerre que pour autre chose.
M. de Bonac a bien voulu se charger de trente louis neufs , valant quatre cent vingt livres , que nous l'avons prié de vous donner. Je vonlois en donner quarante , sur la grande idée qu'il nous a donnée " de votre bonne économie; mais votre mère a modéré la somme, et a cru que c'étoit assez de trente. Nous avons
une OJt sur la prise de Maësirieht ; la même annëe, une pièce de Tert dont il ëuit, Tauteur arait été couronnée par TAcadémie française.
ao. Yojez ci-dessus, p. 348, la note 7 de la lettre 17$.
91. Le Toyage de Fontainebleau eut lieu le % octobre suivant. Le Roi j resta jusqu'au 11 novembre. Racine espéra toujours j aller, n J avait même twroyé ses meubles au mob d'octobre ; la maladie seule le retint. Voyez plus bas, p. a88 et 389, la lettre de Mme Ra« dne du i3 octobre, et, p. ago, celle de Racine lui-même du a4 octobre.
ai. Racine a éctit donnée sans accord.
!i66 LETTRES.
résolu de donner quatre mille francs à votre sœur Nanette, avec une pension viagère de deux cents firancs. Elle n'en sait encore rien, ni son couvent non plus; mais Monsieur Tarchevéque de Sens*', à qui j'en ai fait confidence, m'a dit que cela étoit magnifique, et m'a répondu que l'on seroit très-content de moi : il s'opposeroit même si je donnois davantage. Ma santé est assez bonne, Dieu merci, et les grandes chaleurs m'ont entièrement ôté mon rhume; mais ces mêmes chaleurs m'ont souvent jeté dans de fort grands abattements, et je sens bien que le temps approche où il faut un peu songer à la retraite; mais je vous ai tant prêché dans ma dernière lettre, que je crains de recommencer dans celle-ci. Vous trouverez donc bon que je la finisse, en vous assurant que je suis très-content de vous. Si j'ai quelque chose à vous recommander particulièrement, c'est de faire tout de votre mieux pour vous rendre agréable à Monsieur l'Ambassadeur, et pour contribuer à sa consolation dans les moments où il est accablé de travail. Je mettrai sur mon compte toutes les complaisances que vous aurez pour lui, et je vous exhorte à avoir pour lui le même attachement que vous auriez pour moi, avec cette différence qu'il y a mille fois plus à profiter et à apprendre avec lui qu^avec moi. J'ai reconnu en vous une qualité que j'estime fort: c'est que vous entendez très-bien raiUerie quand d'autres que moi vous font la guerre sur vos petits défauts. Mais ce n'est pas assez de souffrir en galant homme les petites plaisanteries qu'on vous peut faire : il faut même les mettre à profit. Si j'osois vous citer mon exemple, je vous dirois qu'une des choses qui m'a fait le plus de bien , c'est d'avoir passé ma jeunesse dans
i3. Voyez ci-desaos, p. 117, la note 11 de la lettre 134.
LETTRES. a67
mue société de gens qui se disoient assez volontiers leurs vérités, et qui ne s'épargnoient guère les uns les autres SOT leurs défauts; et j'avois assez de soin de me corriger de ceux qu'on trouvoit en moi, qui étoient en fort grand nombre , et qui auroient pu me rendre assez difficile pour le commerce du monde.
Adieu , mon cher fils : écrivez-moi toujours le plus souvent que vous pourrez. Toubliois à vous dire que f appréhende que vous ne soyez un trop grand acheteur de livres. Outre que la multitude ne sert qu*à dissiper et à (aire voltiger de connoissances en connoissances, sou* vent assez inutiles, vous prendriez même l'habitude de vous laisser tenter de tout ce que vous trouveriez. Je me souviens toujours d*un passage des Offices de Qcéron*^, que M. Nicole me citoit souvent pour me détourner de la fantaisie d'acheter des livres : Non esse emaeem peetigal est. « Cest un grand revenu que de n'aimer point à acheter. » Mais le mot d'emacem est très-beau, et a un grand sens.
Votre tante de Port-Royal prie bien Dieu pour vous, et est fort aise de savoir que vous aimez à vous occuper. Elle m'a dit devons faire ses compliments. Assurez de mes respects M. le comte d'Auvei^e'*, et ne lui laissez pas ignorer la reconnoissance que j'ai de toutes les bontés qu'il a pour vous et pour moi. Je m'imagine que vous ouvrirez de fort grands yeux quand vous verrez pour la première fois'*.... Je sais combien les grands
s4* La phrase yon este emaeem^ vectigal est y n'est pas dans les Oflic4s de GcëroD, mais dans ses Paradoxes y VI, 3.
a5. Vojez ci-dessos, p. aSg, la note 6 de la lettre 171.
a6. Louis Racine a fini la phrase laissée incomplète, sans doute à dessein, en ajoutant : « le roi d'Angleterre; » les éditeurs Tenus iprès lui ont conservé cette addition. Du reste, c'est bien de Guillaume III qu'il s'agit ici. « A son passage à la Haye, en 1698, dit réditeor de 1807, il fut salue par l'ambassadeur de France, qui lui
a6S LETTRES.
hommes ^^ excitent votre attention et votre coriosité. Je m^attends que vous me rendrez bon compte de ce que vous aurez vu.
Le 27. juillet.
Depuis cette lettre écrite, j'en ai reçu une de vous, où vous me mandez Faccident qui vous est arrivé. Vous avez beaucoup à remercier Dieu d'en être écha[^ à si bon marché; mais en même temps cet accident vous doit faire souvenir de deux choses : Tune, d'être plus circonspect que vous n'êtes , d'autant plus qu'ayant la vue basse, vous êtes obligé plus qu'un autre à ne rien faire avec précipitation; et l'autre, qu'il faut être toujours en état de n'être point surpris parmi tous les accidents qui nous peuvent arriver quand nous y pensons le moins. Pour votre habit, je suis fâché qu'il soit fait, et l'on vous envoie une veste qui auroit pu vous faire honneur; mais elle ne sera pas perdue. Vous ne demandiez que deux cents francs, en quoi je loue votre retenue : M. de Bonac vous en porte plus de quatre cents. Quand vous en aurez besoin, j'aurai recours à M. de Montarsis, avec qui il n'y aura pas tant à perdre qu'avec le banquier dont vous parlez. Vous avez bien de l'obligation à M. de Bonac de tout le bien qu'il a dit ici de vous. Il n'auroit pas plus d'amitié pour son propre
prëtenta le jeune Racine. Dans sa lettre du 18 août toiTant, Racine nomme le roi ^Angleterre (voyez plus loin, p. 97a). Guillaume III arriva à la Haye le i*' août, sur les neuf heures du soir ; il reçut les compliments des ministres e'trangers. Voyez la Gazette de HoUande du 16 août 1698.
97. A cette expression, les grands hommes^ Louis Racine a substitué : les hommes fameux. Cette correction nous fait remarquer davantage encore la justice que, dans une correspondance intime où il pouvait dire toute sa pensëe, Racine rendait au plus opiniâtre ennemi de Lfouis XIV.
fr^e qa*il me parc^ en avoir pour vous. Je ne donte ^^ g pas que vous ne lui rendiez la pareille.
Votre mère vient de Saint-Sulpice, où elle a rendu le pain bénit. Si vous n*étiez pas si loin, elle vous auroit envoyé de la brioche; mais M. de Bonac en mangera pour vous.
181 • — DE BAGIHB A JBAN-BAPTISTB HACIirE ^ A Paris, le !•' août [1698].
Jb vous écris seulement quatre lignes, à Toccasion d'un des courriers de M. de Bonrepaux, qui part aujourd'hui. La dernière lettre que vous avez reçue de moi étoit si longue, que vous ne trouverez pas mauvais que celle-ci soit fort courte. Tai été bien aise d*apprendre que Tentrée de Monsieur TAmbassadeur étoit reculée ainsi : vous aurez le temps de vous parer de la veste que votre mère vous a envoyée. Il ne s'est rien passé de nouveau depuis le départ de M. de Bonac, que la querelle que Monsieur le Grand Prieur ' a voulu avoir avec M. le prince de G>nty à Meudon. Monsieur le Grand Prieur s*est tenu offensé de quelques paroles très-peu offensantes que M. le prince de Con^ avoit dites, et le lendemain, sans qu'il fût question de [rien'], il le vint aborder dans la cour de Meu-
LsRmx 181. — I. Reme sur l'autographe, eonaerré à la Bibtiotlièqne impériale.
a. Philippe de Vendôme, frère puiné de Looia-Joteph dac de Vendôme. Il était grand prieur de France depuis l'année 1678. Né le a3 août i65S,il mourut le 14 janyier 1727. -~ Ce que Racine rmeonte ici a été raconté aussi par Dangeau, dans son Jouritai, sous les dates du lundi a8 et du mardi 29 juillet 1698, et par Saint-Simon, dans ses Mémoires, tome II, p. 17a et 178.
3. U j a dans l'autographe : « sans qu'il fît question de roj. » Évidemment ce n'est pas ce que Racine a touIu écrire. iÏMn, au lieu
^^3 don, le chàpeaa sur la tête et enfance jusqu'aux yeux^ et lui parla comme s'il vouloit tirer raison de lui des paroles qu'il lui avoit dites. M. le prince de Con^ le fit souvenir du respect qu'il lui devoit; Monsieur le Grand Prieur lui répondit qu'il ne lui en devoit point. M* le prince de G>nty lui paria avec toute la hauteur^, et en même temps avec toute la sagesse dont il est capable. G>mme il y avoit là beaucoup de gens, cela n'eut point alors d'autre suite; mais Monseigneur*, qui sut la chose un moment après, et qui se sentit fort irrité contre Monsieur le Grand Prieur, envoya M. le marquis de Gèvres* pour en donner avis au Roi , et le Roi sur-le-champ envoya chercher M. de Pontchartrain, à qui il donna ses ordres pour envoyer Monsieur le Grand Prieur à la Bastille. Cette nouvelle a fait un fort grand bruit, et je ne doute pas que Monsieur l'Ambassadeur, à qui on l'aura mandée plus au long, ne vous en apprenne plus de particularités. Tout le monde loue M. le prince de G)nty et plaint M. de Vendôme^, qui sera vraisemblablement très-affligé de cette aventure.
Votre mère et toute la petite famille vous fait ses compliments. Votre sœur demande conseil à tous ses directeurs sur le parti qu'elle doit prendre, ou du monde ou de la religion; mais vous jugez bien que quand on
de roy^ est une correction de Louis Racine, que nous iToni adop* t^e comme les éditeurs prëc^ents. Deux lignes plus bAs^ Racine, par une autre inadvertance, a écrit : « jusqu^aux cieux, >• au lieu de « jusqu'aux yeux. *•