Voyez ci-destus, p. 164, la note 4 de la lettre i
6. Cett-à-dire «de Teau de la reine d'Hongrie. » On remployait dans divenes maladies. Son nom loi Tenait du merreilleux effet qa*en arait, dit-on, ressenti une reine de Hongrie.
Lsnu i85. — X. ReTue sur l'autographe, conserrë à la Bibliothèque impériale.
LETTRES. !i8i
treille ans. Vous n'auriez pu avoir ni chevaux ni équi- ^^^g page : les habits et la nourriture auroient tout absorbé. Cria Yooa détoumoit des espérances que vous pourriez isaez justement avoir par votre travaÛ, et par Tamitié dont M. de Torcy et dont M. de Bonrepaux vous honorent. Ajoutez à cela Thumeur de la fille, qu*on dit qui aime le faste, le monde et tous les divertissements du mcHide, et qui vous auroit peut-être mis au désespoir par beaucoup de contrariétés. Tout ce que je vous pots dire, c'est que des personnes fort raisonnables, et qui nous aiment, nous ont embrassés très-cordialement, ma femme et moi, quand elles ont su que je m'étois débarrassé de cette affaire. J'ai tout lieu de croire qu'en vous faisant part du peu de bien et de revenu que Dieu nous a donné, vous serez cent fois plus heureux et plus en état de vous avancer que vous ne l'auriez été. Je ne vous nomme point les personnes qui m'avoient fait cette proposition ; vous ne les connoissez guère que de nom ; je vous prie même de ne les point deviner : je ne dois jamais manquer de reconnoissance pour la bonne volonté qu'ils m'ont témoignée en cette occasion. Votre mère a été dans tous les mêmes sentiments que moi; elle doutoit même que vous eussiez voulu entrer dans cette affaire, parce qu'elle vous a souvent entendu dire que vous vouliez travailler à votre fortune avant que de songer à vous marier. Soyez bien persuadé que nous ne vous laisserons manquer de rien, et que je suis dans la disposition de faire pour vous, étant garçon, les mêmes choses que je prétendois £aiire en vous mariant. Ainsi abandonnez-vous à Dieu premièrement, à qui je vous exhorte de vous attacher plus que jamais ; et après lui, reposez- vous sur l'amitié que nous avons pour vous, qui augmente tous les jours beaucoup par la persuasion où nous sommes de vos bonnes inclina-
a8a LETTRES.
jgj^g lions, et de l'envie que vous avez de vous occuper et de vivre en honnête homme.
Yotre mère mena hier à la foire toute la petite &mille. Le petit Lionval eut belle peur deFéléphant^, et fit des cris effiroyables quand il le vit qui mettoit sa trompe dans la poche du laquais qui le tenoit par la main. Les petites filles ont été plus hardies, et sont revenues chargées de poupées dont elles sont charmées. Fanchon a été un peu malade ces jours passés ; votre sœur aînée est en bonne santé. Pour moi, je ne suis pas entièrement hors de mes coliques, et je diflRère pourtant toujours à me purger.
Je ne sais point ce que c'est que V Histoire du Jansénisme* dont vous me parlez, ni si c'est pour ou contre les gens que nous estimons ; mais je vous conseille de ne témoigner aucune curiosité là-dessus, afin qu'on ne puisse pas vous nommer en rien. Quand la chose sera imprimée, je prierai M. de Torcy d'en faire venir quelque exemplaire.
Vous voulez bien que je vous fasse une petite critique sur un mot de votre dernière lettre. // en a €igi ai^ec toute la politesse du monde; il faut dire : lien a usé. On ne dit point il en a bien agi^ et c'est une mauvaise façon de parler. Adieu, mon cher fils : votre mère et tout le monde vous salue. Mes compliments à M. de Bonac.
Suscription : A Monsieur Monsieur Racine, gentil-
a. Je me toariens encore de cette frayeur, {liote de Louis Batùtê.) 3. C'était V Histoire abrégée du jansénisme ^ imprîmëe i Cologne en 1698, attribuée par quelquet-uns à Jacquet Fouillou, et par d'autres À Jean Louait, en société avec Mlle de Joncoux. Celle qui fut écrite en latin par Lejdecker avait paru trois ans aupararant, et celle de dom Gabriel Gerberon ne parut qu'en 1700. {Noie de Cédi' tiom de 1807.)
LETTRES. i83
homme ordinaire du Roi, à la Haye. (Fragment d'un 15^ g cachet ronge.)
l86. DE RACUfE ET DE MADAME RAGIlfB
A JEAir-BAPTISTE RACINE.
A Paris, le 3. octobre^ [1698].
Tai la tête si épuisée de tout le sang qu'on m'a tiré depuis cinq ou six jours, que je laisse à ma femme le soin de vous écrire de mes nouvelles. Ne soyez cependant en aucune inquiétude pour ma santé : elle est , Dieu merci, beaucoup meilleure, et j'espère être en état d*aller dans huit jours à Fontainebleau. Vous savez ma sincérité, et d'ailleurs je n'ai aucune raison de vous déguiser Tétat où je suis. Faites bien mes compliments à Monsieur l'Ambassadeur et à M. de Bonac. Soyez tranquille, et songez un peu au bon Dieu '•
La colique de votre père s'étoit beaucoup augmentée,
LKrrms 186 (reTue sur Taotographe, conserrë à la Bibliothèque iapériale). — i. Cette date n^est pas très-lisible dans Tautographe. On peut boiter entre le 7 et /e 3, et il semble même qu^il j ait plutôt U 7 que U 3. Nous avons cependant, à l'exemple de l'éditeur de 1807, «doptë cette dernière date, parce que la lettre suivante a Àë écrite le 6, sans qu'il y ait d'erreur possible, et que si le lendemain même les parents de Jean-Baptiste Racine lui avaient écrit de nouveau, cela se trouverait certainement dit et expliqué dans la Wttre du 7. Louis Racine, au lieu du 7 ou du 3, a mis le 8 ; mais les dates qu'il donne ne mentent en général aucune confiance. En liiant avec attention la lettre qui suit, on ne peut guère douter qu'eUe soit postérieure à celle-ci.
a. Racine s'est arrêté ici. La suite de la lettre a été écrite par Mme Racine; les précédents éditeurs ont fait, dans cette suite, beaucoup de retranchements et de corrections, ainsi que dans les deux lettres suivantes. En général ils ont fort altéré les lettres de Mme Racine.
a84 LETTRES.
'J^ÏZ^ a:vec des dooleiirs insupportables, avec de la fièvre qm étoit continue. Quoiqu'elle ne fût pas considérable, Q a fallu tout de bon se mettre au lit, où Ton a été obligé de saigner votre père deux fois, et faire d*autres remèdes, dont il n'est pas tout à fait dehors. Le |»încipal est qu'il a eu une bonne nuit, et qu'il est ce matin sans fièvre , et qu'il ne lui reste plus de sa colique qu^une douleur dans le côté droit quand on y touche ou que votre père s'agite. Votre père est fort content des réflexions que vous faites dtms vos lettres sur le sujet de l'établissement que nous avons été sur le point de vous donner. Votre tante de Port-Royal, à qui votre père a montré votre lettre, a été fort satisfaite, en y voyant les .sentiments de reconnoissance que vous avez pour votre père et pour moi , qui lui ont paru tous pleins d'amitié pour nous; mais, par votre seconde lettre, il nous a paru que le bien que vous pouviez espérer dans l'affaire dont il avoit été question avoit fait un peu trop d'impression sur votre esprit, et que vous ne faisiez pas assez de réflexion sur ce que votre père vous avoit mandé de l'humeur de la personne dont il s'agissoit. Je vois bien, mon fils, que vous ne savez pas de quelle importance cela est pour le repos de la vie. Cest pourtant la seule raison qui nous a fait rompre. Pour moi, j'avois encore une raison qui me tenoit bien au cœur : c'est que la demoiselle étoit rousse. Ne croyez point que nous ayons appréhendé de nous incommoder : cela ne nous est pas tombé dans l'esprit, et d'ailleurs il ne nous en coûtoit guère plus qu'il nous en coûtera pour vous faire subsister. Votre père est si content de vous, qu'il fera toujours toute chose afin que vous soyez content de lui, pourvu que vous soyez honnête homme, et que vous viviez d'une manière qui réponde à l'éducation que nous avons tâché de vous donner. Votre père est bien fàcbé
LETTRES. i85
de la nécessité où voos marquez être de prendre la per^- * nqne; fl remet cette affaire au conseil que vous donnera Monsieur TAnibassadeur. Quand votre père sera en bonne santé, fl envoira quérir M. Marguery pour vous fiure une perruque selon que vous souhaitez. Mme la comtesse de Gramondest bien flàchée pour vous que vous perdiez Fagrément que vous donnoient vos cheveux. Tai été à Melun, conmie votre père a pu vous le mander, fai trouvé Nanette fort bien rétablie et bien contente. Mon vojrage n'a pas été inutile pour elle ; car elle a tiré de nous de la dépense, à quoi je ne m'étois pas attendue. Elle a souhaité que je lui meublasse sa cellule, ce qae j'ai £ut. Elle m*a chargée de bien des compliments poor vous, qui sont tous remplis d*amitié. Elle est bien amoureuse de livres. Votre sœur lui a envoyé son bréviaire : fl lui conviendra mieux qu à elle, qui apparemment choisit un état où elle n'a que faire de dire son bréviaire. Vous avez oublié que vous lui devez une réponse; elle ne laisse pas de vous faire ses compliments, accompagnés de ceux des {otites et de Lionval. M. Yflbard' a été voir Babet ; fl dit qu'elle est quasi aussi grande qae votre sœur. Elle dit toujours qu'elle ne veut point revenir avec nous. Tai pris la plume à votre père pour voos écrire, lequel est dans son lit; fl a seulement voulu commencer cette lettre, afin que vous ne vous figurasftez point qu'fl est plus mal qu'il est. Adieu, mon fils : j'erre qu'au premier ordinaire votre père sera en état de vous écrire tout à fait. Songez à Dieu, et à gagner le ëel.