DB M. WILLARD A M. DE PRlÉFONTAINE
Ce jeudi, 14 nui [1699].
Tai de petits paralipomènes k tous faire, Monsieur, sur le sujet de M. Racine. Je les tire d*iine lettre que m*a écrite une personne qui se trouTa au petit discours que fit Teoclësiastique de Saint-Sulpice qui aroit accompagné le corps, et qui le présenta, et à la réponse que fit le confesseur de la maison, nommé M. Eustaoe*. Le discours ne fut guère qu*un lieu commun un peu approprié au sujet ; mais la réponse y fut toute propre, et mérite d'être retenue. M. Eustace dit donc au sulpicien qu'il aToit oui avec édification ce qu'il yenoit de dire de l'illustre défunt avec justice ; que c'étoit avec quelque justice aussi qu'il avoit souhaité d'être enterré dans la maiton où il avoit reçu les premières semences de la religion et de la vérité, qu'il avoit aimées. U y ajouta quelques mots sur la tempête qui s'étoit élevée contre la maison, et qui avoit obligé des personnes qui s'y étoient retirées à s'en séparer; que pour le défunt, les ronces et les épines avoient étouffé pendant un temps ces précieuses semences que son cœur y avoit reçues; mais que comme on avoit lien d'avoir une humble créance qu'il étoit une de ces heureuses plantes qne le Père céleste a plantées lui-même pour ne souffrir jamais qu'elles fussent entièrement déracinées, elle avoit repris vigueur et avoit porté son fruit en son temps. D fit valoir sa piété, sa patience dans sa longue maladie, son amitié pour la maison, la reconnoissance de la maison pour lui. U lui avoit, en effet, rendu des services très-essentiels.
Je n'étois arrivé là qu'environ une heure après le corps, avec le fils, qui avoit eu à s'arrêter à Versailles.
.... Depuis quelques jours le Roi a accordé au fils une pension de mille livres, et autant à la veuve, pour elle et ses enfants encore en bas âge'. U y en a sept en tout. L'aîné avait la survivance de
Lnraa 17. — i. Cette lettre est tirée de V Appendice dn tome VI de Port- Royal, p. aèl et aÔa.
a. Cétait également M. Eostaee qui «Tait répondu au discours de M. Ruth d*Aiu, lonqu'on af^rta à Purt-Rojal des Champs le coeur d*Antoine Amauld. — M. Eustace, ancien curé de Fresnes dans le diocèse de Rouen, fut pendant TÎngt-deux ans confesseur des religieuses de Port-Rojal, de i683 à la fin de 1705. Il mourut à Tabbaye d'Orral le i5 mai 1716.
3. Dans le Journal de Dangea» on lit à la date du jeudi 7 mai 1699 : «Le Roi donna le matin une pension de deux mille francs pour la veuve et les enfante de Racine ; le fUs atné a mille francs, et la tcutc mille francs pour aider à élerer les cadets; et la pension est donnée par aocroisaenient à celui qû survivra à l'antre. 9
33ii LETTRES.
""jT gentilhomme ordinaire. Il est dans sa Tingt-unième ann^e.Mme de ^^ Riberprë {Moramher) en a dix-huit à dix-neuf. L*Ursnline de Melun^, qui est la troisième, en a dix-huit. D 7 a une postulante de dix-sept ans à Variville", où sa mère a une sœur prieure. C*est un couvent de Tordre de Fontevrault, près Clermont en BeanTaisis. Il 7 en a une* à Port-Ro7al, parmi les Toiles blancs, poor se préparer à sa première communion, et une d*onze ans' près de la mère, avec le cadet de la famille*, qui approche de sept ans. Pardonnez tout ce détail , Monsieur, à un ami qui s*ëtend Tolontiers sur tout ce qui regarde un tel ami, dont ces restes vivants loi sont précieux.
l8. — DB LA MàRB AGNÀ8 DB SÀnVTB-THÈCLB RAdlfB A MADAMB RACINB^
Ca 17. Bai 1^99* Gloire à Dieu, ete,
Jb suis bien aise, ma très-chère nièce, du don que le Roi vous a fait. U n'importe guère que ce soit à vous ou à vos enfants : une bonne et sage mère comme vous aura toujours bien soin d'eux. Tout ce que je vous demande, c'est de vous conserver; car que seroit-ce si vous veniez à leur manquer? Tachez donc de vous consoler et de vous fortifier, en regardant Dieu, qui est le proteclenr des veuves et le père des orphelins. J'ai besoin, aussi bien que vous, de me tourner vers Dieu pour ne pas trop ressentir cette séparation.
4. Anne Radna. Elle n'avait pu «lors dk-hoit ans, mats sealeoMOt près de dix- sept, étant née le 29 jaillet i68a.
5. Elisabeth Radne. Elle était leulement dans m qninsième année, étant née le 3 1 juillet 1684.
6. Jeanne-Nieole-Françoise Bacine, née le 29 norembre 1686. EDa était dans sa treizième année.
7. BAadeleine Racine, née le 14 mars 1688. Elle Tenait d'aroir onse ans.