PB BOILEAU A RACIlfB
A Auteuil, 7* octobre [1692].
Jb vous écrivis avant-hier^ si à la hâte, que je ne
si vous aurez bien conçu ce que je vous écrivois : c'est ce qui m'oblige à vous récrire aujourd'hui. Mme Racine vient d'arriver chez moi, qui s'engage à vous faire tenir ma lettre.
L'action de M. de Lorges est très-grande et trèsbelle ' ; et j'ai déjà reçu une lettre de M. l'abbé B.enaudot *, qui me mande que M. de Pontchartrain veut qu'on travaille au plus tôt à faire une médaille pour cette action. Je crois que cela occupe déjà fort M. de la Chappelle; mais pour moi, je crois qu'il sera assez à temps d'y penser Tcrs la Saint-Martin.
Je ne saurais assez vous remercier du soin que vous
7. L anteor de la Conjuration des Espagnols contre la république de Femse^ C^tar Vichard, abbë de Saînt-Réal, ne àChamb^ en 1689, moumt danf cette même viUe en septembre 1691. D arait été en diipate arreo Amaald, et n'Àait paa aimé à Port-Royal. Le regret que Racine semble exprimer ici à roccasion de sa mort pourrait iadiiiiier qa'il j arait cependant eu entre eux quelques bonnes re-
I^BXBX 107 (rerue sur l'autographe, consenré à la Bibliothèque impMale). — i. Nous n'avons pas la lettre dont parle ici Boileau.
a. Vo/ez ci-dessus, p. 60, et, à cette même page, la note 4 de la lettre io3.
3. Ensâ>e Renaudot, petit-fils de Théophraste Renandot, qui •▼ait introduit en France les gazettes, dont le prinlëge ëtait resu^ depuis à sa famille. L'abbé Renaudot venait d'entrer dans la petite Académie. {Note de téditton de 1807.)
^ prenez de notre maison de Fontainebleau. Je n*ai point encore vo sur cela personne de notre Camille, mais, autant que j*en puis juger, tout le monde trouvera assez mauvais que celui qui Thabite prétende en profiter à nos dépens. Cest une étrange chose qu'un bien en commun : chacun en laisse le soin à son compagnon ; ainsi personne n'y soigne, et il demeure au pillage.
Je vous mandois, le dernier jour, que j'ai travaiUé à la Satire des femmes durant huit jours : cela est véritable ; mais il est vrai aussi que ma fougue poétique est passée presque aussi vite qu'elle est venue, et que je n'y pense plus à l'heure qu'il est. Je crois que lorsque j'aurai tout amassé, il y aura bien cent vers nouveaux d'ajoutés. Mais je ne sais si je n'en ôterai pas bien vingt-cinq on trente de la description du lieutenant et de la lieutenante criminelle^. Cest un ouvrage qui me tue par la multitude des transitions, qui sont, à mon sens, le plus difficile chef-d'œuvre de la poésie. Comme je m'imagine que vous avez quelque impatience d'en voir quelque chose, je veux bien vous en transcrire ici vingt ou trente vers ; mais c'est à la charge que, foi d'honnête homme, vous ne les montrerez à âme vivante, parce que je veux être absolument maître d'en &ire ce que je voudrai, et que d'ailleurs je ne sais s'ils sont encore en l'état où ils demeureront*. Mais afin que vous en puissiez voir la suite, je vais vous mettre la fin de l'histoire de la lientenante, de la manière que je l'ai achevée.
Biais peut-être j'invente une fable frivole. Soutiens donc tout Paris, qui prenant la parole,
4. Boîlean en êu, en effet, vingt yen, qu'il rétablit en 1698. Ce sont let yen 3o9-3a8 de la satire z.
5. On peot voir dans let ëditions des OSuvres de BoUeau le» changements qu'il fit à ces vers qu'il va citer.
Sur ce sqet enoor de bons tëmcmis poumi, —i.-.
Tout prêt à le prouver, te dira : « Je l'ai vu. '^9*
Vingt ans j*ai yu ce ooaple, uni d'un même vice,
A tous mes halntants montrer que l'avarice
Peat Caire dans les biens trouver la pauvreté.
Et noms rëdoire à pis que la mendidtë. »
Deox ToleurSy qui chez eux, i^eins d'espërance, entrèrent,
Etafin un beau matin tous deux les massacrèrant :
Digne et funeste firuit du nœud le plus affreux
Dont l'hjmen ait jamais uni deux malheureux.
Ce rëdt passe un peu l'ordinaire mesure;
Mais un exemple enfin si digne de censure
Peut-il dans la satire occuper moins de mots ?
Chaccm sait son métier. Suivons notre propos.
Nomrean prédicateur, aujourd'hui, je l'avoue,
Ynd'disc^, on jintôt singe de Bourdaloue,
Je me plais à remplir mes sermons de portraits.
Bd Toilà déjà trois peints d'assez heureux traits* :
La louve, la coquette et la parfaite avare :
n 7 &ut jmndre encor la revêche Inzarre,
Qui sans cesse d'un ton par la colère aigri ,
Gronde^ choque, dément, contredit un mari;
Qoi dans tous ses discours par quolibets s'exprime ,
A toujours dans la bouche un proveri>e, une rime.
Et d'un roulement d'yeux aussitôt applaudit
An mot aigrement fou qu'au hasard elle a dit.
U n'est point de repos ni de paix avec elle.
Son mariage n'est qu'une longue querelle.
Laisse-t-eUe un moment respirer son époux,
Ses valets sont d'abord Yo\^t de son courroux ;
Et sor le ton grondeur lorsqu'elle les harangue,
6. Dans Tantographe, oe verset ceux qui saivent sont écrits après les BM^ts : c il j aura bien cent vers nooreanx d*ajoatés » (yojea p. 68, ligne i3). H nous parait, pour plntieiirs raisons, inexplieiiile q«e Boileao lei ait mis k cette plaee; peol^tre s*est41 trompé en recopiant sa lettre (voyes ci-après la note 8). Nons les rétablissons, aoouse ont dit les éditeurs précédents , k celle qui semble seule
— — n &ut Yoîr de qads mots eU« enrichit Ja langue: ' ^^ Ma plume ici, traçant ces mots par alphabet,
Pourroit d'un nouveau tome augmenter Richelet. Tu crains peu d'essuyer cette étrange furie : En trop b<m lieu, dis-tu, ton ëpouse nourrie Jamais de tels discours ne te rendra martyr, liais edt-*eUe suoë la raiscm dans Saint-Cyr, Crois-tu que d'une fille humble, honnête, charmante^ L'hymen n'ait jamais fait de femme extravagante ? Combien n'a-t-on point vu de Philis aux doux yeux. Avant le mariage anges si gracieux.
Tout à coup se changeant en bourgeoises sauvages. Vrais dëmons, apporter l'enfer dans leurs ménages. Et découvrant Fcnrgueil de leurs rudes esprits. Sous leur iontange altîère asservir leurs maris t
En voilà plus que je ne vous avois prbmis. Mandezmoi ce que vous y aurez trouvé de fautes plus grossières. Tai envoyé des pêches à Mme de Quelus^, qui les a reçues, m*a-t-on dit, avec de grandes marques de joie. Je vous donne le bonsoir, et suis tout à vous*.
Dbspreaux.
Io8. DE RACUŒ A JEAN-BAPTISTB RACHTB*.
A Fontainebleau, le 9* octobre [169a].
Jb voulois presque me donner la peine de corriger les fautes de votre version, et vous la renvoyer en l'état où il faudroit qu'elle fût; mais j'ai trouvé que cela me pren-
7. C'est ainsi que Boileao écrit le nom de Mme de Caylns, nièce de Bfme de Bfaintenon.
8. Sur la dernière page de cet autographe, Boileau a écrit : « Recc^ié pour M. Brostette. m
LaxTEB 108. — I. Revue sur 1 autographe, conserré k la Bibliothèque impériale.
èrck trop de temfSy à cause de k qemnkéid'endrcMts où ' TOUS n^avez pas attrapé le sens. Je Tois bien que ces Épures* sont encore trop di£EicOes pour vous, parce que, pour les bien entendre, il fant posséder parfiBÔtement rbistoîredeces temps-là, et que tous ne la savez point» Ainsi je tronrerois plus à pvopos que vous me fissiez à irotre loisir une version de cette bataille de Tra^mutoe *, dont Toos avex été si charmé, à commencer-par la description de Tendroit où elle se donna. Ne vcmis presses point, et tmnnez la chose le pins naturellement que vous pourrez. Tapprouve fort.voa promenadea d'Antenfl ; et vous m^en rendez un fort bon compte; ma» faites bien concevoir à M. Deqvéaux combien vgms êtes reooimoiasant de la bonté qn'il a de se rabaisser à s'entretenir avec vous. Vous pouvez prendre VcHture parmi mes livres si cela vous &it plaisir; mais il faut un grand choix pour lire ses lettres, dont il y en a plusieurs qui ne vous feroient pas grand plaisir. Paimerois bien autant que, si vous voulez lire quelque livre firançois, vous prissiez la traduction d'Hérodote ^, qui eçt fort divertissant, et qui vous apprendroit la plus ancienne histoire qui soit panni les hommes, après rEcriture sainte. Il me. semble qu'à votre âge il ne faut pas voltiger de lecture en lecture : ce qui ne serviroit qu'à vous dissiper l'esprit et à voas embarrasser la mémoire. Nous virons cela plus à tond quand je serai de retour à Pari^. Adieu, mon cher fils : faites mes baisemains à vos sœurs.