DE BAGOnC A M. DE BOEBEPAUS
A Paris, le si8. juillet [1693].
Mon absence hors de cette ville est cause que je ne vous ai point écrit depuis dix jours. Il s'est pourtant passé beaucoup de choses très-dignes de vous être mandées. M. de Luxemboui^, après avoir battu un corps de cinq mille chevaux, commandé * par le comte de Tilly , a mis le siège devant Huy, dont 0 a pris la ville et le château en trois jours'; et de là a mardié au |Hnnce d'Orange, avec lequel il est peut-être aux mains à l'heure qu'il est^. Monseigneur a passé le Rhin, et s'étant mis à la tête d'une armée de plus de soixuute-six mille hom-
Lbttbb I3X (rerue sur l'autographe, conserrë à la Bibliothèque impériale). — x. M. Feuillet de Couches possède un second manuscrit de cette même lettre ; et, tandis que celui de la Bibliothèque impériale est iaoomplet, le sien aehère la lettre. U aurait donc, par là surtout, un très-grand inté^t; malheureusement, l'authentioiti^ nous en parait bien douteuse. Nous en citerons la fin dans une note, et nous signalerons cette singularité, qu'une phrase fort remarquable de cette fin se troure dans un autre écrit de Radne. La date de l'année 1693 est dans ce manuscrit. M. Feuillet de Couches en a donné le texte au tome III de ses Causeries d'un cwriem*^ p. 5i5-5i7.
a. Il 7 a commandés^ au pluriel, dans l'autographe de M. Feuillet de Couches.
3. Luxembourg avait battu le comte de Tilly le i5 juillet. La ville de Huj se rendit le ai du même mois, le fort Picard le la, et le château le a3.
4. Le lendemain du jour où Racine écrivait ceci, c'est-i-dire le mercredi 39 juillet 1693, le maréchal de Luxembourg remporta sur le prince d'Orange la victoire de Nerwinde.
LETTRES. io3 *
met, a marché droit au prince de Bade, en intention ^^ ^ de le dieicher parkrat pour le combattre, et de Fatta* qner même dans ses retranchements, s'il prend le parti de se retrancher*. Mus ce qui a le plus réjoui tout le public, c^est la déroute de la flotte de Hollande et d'AngkteiTe, qui est tombée, au cap Saint-Vincent, entre les mains de M. de TourviUe*. J'entretins hier son courrier, qui est le chevalier de Saint-Pierre, frère du comte de Saint-Pierre'', lequel lut cassé 0 y a deux ans. Je YOOB dirai en passant qu'on trouve que M. de Tourville a fait fort honnêtement d'envoyer dans cette occasion le chevalier de Samt-Pierre , et on espère que la home nouvelle dont il est chargé fera peut-être rétablir son frère*. Quoi qu'il en soit, la flotte, qu'on appelle de Sn^frne^ a donné tout droit dans l'embuscade. Le viceamiral Rouk, qui l'escortoit, d'aussi loin qu'il a découvert notre armée navale, a pris la fuite, et il a été impossible de le joindre. Il avoit pourtant vingt-six ou
5. • Mmrdi )x [juillet 1693], à Marly. Monseigneur passa le Rhin à Philîflboarg le 16. Il marche droit au prince Louis de Bade, qui c«t toiift Heilbronn ; s*il j demeure , il Tattaquera dans son camp ; s'O n'j demeure pas, il assiégera la place. » {Journal de Dangeau.)
6. Le 37 juin, TourriUe avait attaqua, entre Lagos et Cadix, le rice-uniral Rook, qui escortait la flotte de Srayme.
7. Louia-Hjacinthe Gistel, comte de Saint-Pierre, et François- Antoine Caste!, chevalier de Malte, étaient frères du cëlèbre abbë de Saint-Pierre. Ce comte de Saint-Pierre avait alors trente^atre ans ; il fut premier ëcujer de la duchesse d*Orlëans, et mourut en 1748. {Note de t édition de 1807.) — « Le chevalier de Saint-Pierre «t arriva de la part de M. de Tourville, et a confirma la nouvelle de la flotte de Smjme. » {Journal de Dangeau^ dimanche s6 [juillet 1693], à Marfy.)
S. Le comte de Saint-Pierre , ^Unt capitaine de vaisseau, avait M caasë« quoique bon marin, « pour avoir, dit Saint-Simon, mis la s^tion dans la marine, lorsque le Roi j voulut établir Véeo\e do petit Renault. » Vojez les Mémoires de Saint-^imon^ tome XII, p. 119, et aussi tome IV, p. 493.
j^ j vingt-sept vaisseaux de guerre. Les pauvres marchands, se voyant abandonnés, ont fiut ce qu*ils oat pu pour se sauver. Les uns se sont échoués à la côte de Lagos, les autres sous les murailles de ûidîx*, et il y en a en quelque^ ^trente-six qui ont trouvé moyen d'entrer dans le port. On leur a brûlé ou coulé à fond quarante-cinq navires marchands et deux de guerre, et on leur a pris deux bons vaisseaux de guerre hollandois tous neufii, de soixante-six pièces de canon et vingt-cinq navires marchands, sans compter deux vaisseaux génois qui étoient chargés pour des marchands d'Amsterdam, et dont le chevalier de Saint-Pierre, qui est venu dessus jusqu'à Roses, estime la charge au moins six cent mille écus. On ne doute pas qu'une perte si considérable n'excite de grandes clameurs contre le prince d'Orange, qui avoit toujours assuré les alliés que nous ne mettrions cette année à la mer que pour nous enfiiir^^ et nous empêcher d'être brûlés. Le chevalier de Saint-Pierre a rencontré M. le comte d'Estrées à peu près à la hauteur de Malgue'*, et prêt à entrer daîis le détroit. IjC Roi a été très-aise de cette nouvelle, que l'on a sue d'abord par un courrier du duc de Gramond^' et par des lettres de marchands. On parle fort ici des mouvements qui se font au pays où vous êtes ^^, et il me paroît qu'on