‹ Œuvres de J. RacineChapitre 66 sur 222 · DE RACmS A BOILEAU · texte numérisé non relu

DE RACmS A BOILEAU

A Fontainebleau, le 3« octobre [1694^.

Je vous suis bien obligé de la promptitude avec laquelle vous m^avez (ait réponse. Comme je suppose que vous n'avez pas perdu les vers que je vous bî envoyés *, je vais vous dire mon sentiment sur vos difficultés, et en même temps vous dire plusieurs changements que j'avois déjà fidts de moi-même. Car vous savez qu'un homme qui compose fait souvent son thème en plusieurs façons.

Quand, par une fin soudaine, Détrompes d'une ombre vaine Qui passe et ne revient plus.

Tai choisi ce tour, parce qu'il est conforme au texte, qui parle de la fin imprévue des réprouvés, et je voudrois bien que cela fût bon, et que vous pussiez passer

LnnBB 118 (rerue tor Tantographe, consenrë à la Bibliothèque impériale). — i. Au dos de la lettre, on lit cette note, qui non» parait ëcrite de la main même de Racine : « Minute a recopier. » Nous ayons tu un autre autographe de la même lettre, appartenant à M. Boutron-Charlard. U diffère peu de celui de la Bibliothèque impériale, excepte a la fin, où il 7 a quelques lignes qui manquent dans celui-ci. Racine, nous venons de le voir, a luimême exprime l'intention de recopier la lettre. Si, ce que rien ne permet d'affirmer, c'est la copie envoyée a Boileau que possède M. Boutron, on s'explique l'addition de la fin. Quand on recopie soi-même une minute que l'on garde, les modifications, retranchements, additions sont chose toute naturelle.

1. La date de l'année 1694 se trouve dans l'autographe de M. Bontron-Charlard.

3. Racine les avait envoyés avec la lettre précédente (voyez ci-dessus, p. 191 et iiS). On les trouvera aux pages i5a*i55 de notre tome IVy sous la forme définitive que le poète leur a donnée. C'est le cantique 11.

LBTTRBS. 117

et apfvonver par une fin soudaine^ qui dit préciBément "TeoT la cboae. Voîci comme j'avois mis d^aïxnrd :

Quand, déchus d'un bien frivole, Qui ccNOinie l'ombre s'envole Et ne revient jamais plus.

Mais ce jamais me parut un peu mis pour remplir le nrs, au lieu que qui passe et ne reuient plus me sembloît assez plein et assez vif. D'ailleurs j'ai mis à la 3* «tance : Pour trouver un bien fragile^ et c'est la même chose qu'u/t bien fri^le. Ainsi tâchez de vous accoutumer i la première manière ; ou trouvez quelque autre chose qui vous satisfasse. Dans la 2'^ stance :

Misërables que nous sonunes, Où s'ëgaroient nos esprits ?

infortunés m'étoit venu le premier; mais le mot de misérables y que j'ai employé dans Phèdre^ ^ à qui je l'ai mis dans la bouche , et que l'on a trouvé assez bien , m'a paru avoir de la force en le mettant aussi dans la bouche des réprouvés, qui s'humilient et se condamnent eax-mémes. Pour le second vers, j'avois mis :

Diront-ils avec des cris.

Mais j'ai cru qu'on pouvoit leur faire tenir tout ce discours sans mettre diront-ils , et qu'il suffisoit de mettre à la fin : jiinsi iTune voix plainUife^ et le reste , par où on &it entendre que tout ce qui précède est le discours des réprouvés. Je crois qu'il y en a des exemples dans les Odes d'Horace.

Et voilà que triomphants.

le me suis laissé entraîner au texte : Ecce quomodo com*

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