DE EACIUE A LA mIcBE AGNÈS DE SAIIfTE-THÈCLE RACmE
[Mardi, 3o août 1695.]
J'ai eu Thonneur de voir, ma très-chère tante, Monsieur l'archevêque de Paris, et de l'assurer de vos trèshumbles respects et de ceux de votre maison. Je lui ai dit même toutes les actions de grâces que vous aviez rendues à Dieu, pour avoir donné à son Église un prélat selon son cœur. Il a reçu tout cela avec une bonté extraordinaire. Il m'a chargé d'assurer votre maison qu'il l'estimoit très-
Lkitbb 137. — X. Depuis la lettre ëcrite par Racine k sa tante, le 39 novembre 1694 (royez ci-dessus, p. 134-137), M. de Harlay était mort (6 août 1695). Le Roi choisit le 90 août, pour lui succ^ der, M. de Noailles, ëvéque de Châlons. Ce choix donna de grandes espérances aux religieuses de Port-Rojal des Champs et à leurs amis. Lie 3o août, Racine rendit visite au nouvel archevêque, et lui présenta les respects de toute la communauté. Le même jour, il écrivit à sa unte la lettre que nous donnons ici, et que nous avons tirée de V Histoire générale de Pori-Ra^ai, de dom Qémencet, tome VIII, p. 3oo-3o3.
pardouHërement, me répétant plusieurs fois qu'il espéroit ^^ ,. TOUS en donner des marques dans tout ce qui dépendroit de loi. Ensuite je lui ai rendu compte de toutes les démarches que vous aviez faites auprès de son prédécesseur pour obtenir de lui un supérieur. Je ne lui ai rien caché de tous les entretiens que j*avois eus avec lui sur ce sujet et du dessein que vous aviez eu enfin de lui demander Monsieur le curé de Saint-Séverin. Il me dit que le choix étoit très-bon, et que c'étoit un très-vertueux ecclésiastique. Je lui ai demandé là-dessus son conseil sur la conduite que vous aviez à tenir en cette occasion, et lui ai dit que, comme vous aviez une extrême confiance en sa justice et en sa bonté, vous pensiez ne devoir rien faire sans son avis; que d'ailleurs, n'étant pas tout à fait pressées d'avoir un supérieur, vous aimeriez bien autant attendre qu'O eût ses bulles, s'il le jugeoit à propos, afin de vous adresser à lui-même. Il m'a répondu, en souriant, qu'il croyoit en effet que vous feriez bien de ne vous point presser, et de demeurer comme vous étiez, en attendant qu'il pût lui-même suppléer aux besoins de votre maison. Je lui témoignai l'appréhension où vous étiez que deâ personnes séculières ne prissent ce temps-ci pour obtenir des permissions d'entrer chez vous. Il loua extrêmement votre sagesse dans cette occasion, et m'assura qu'il seconderoit de tout son pouvoir votre zèle pour la régularité, laquelle ne s'accordoit pas avec ces sortes de visites. Je lui demandai s'il ne trouveroit pas bon, au cas qu'on importunât Messieurs les grands vicaires pour de semblables permissions, que vous vous servissiez de son nom, et que vous fissiez entendre à ces Messieurs que ce n'étoit point son intention qu'on en donnât à personne. Il répondit qu'il vouloit très-bien que vous fissiez connoitre ses sentiments là-dessus, si TOUS jugiez qu'il en fût besoin. Je lui dis enfin que
i5o LETTRES.
jg^ vous aviez dessein de lui envoyer M. Eustace, votre confesseur. Il me dit que cela étoit inutile ; qu'il étoit persuadé de tout ce que je lui avois dit de votre part. Il ajouta encore une fois, en me quittant, que iH}tre maison serait contente de lui. Je crois en effet, ma trèschère tante, que vous avez tout lieu d'être en repos; je sais. même, par des personnes qui connoissent à fond ses sentiments, qu'il est très-résolu de vous rendre justice ; mais ces personnes vous conseillent de le laisser faire, et de ne point témoigner au public une joie et un empressement qui ne serviroient qu'à le mettre hors d'état d'exécuter ses bonnes intentions. Je sais qu'il n'est pas besoin de vous donner de tels avis, et qu'on peut s'en reposer sur votre extrême modération. Mais on craint avec raison l'indiscrète joie de quelques-uns de vos amis et de vos amies, à qui on ne peut trop recommander de garder un profond silence sur toutes vos affaires'....
9. Besoigne a eu, ainsi que dom Cl^mencet, cette lettre sous les yeux. U en donne un sommaire à la page $96 du tome II de son Histoire de Vabbaye de Port-Royal^ et en cite la fin à peu près textuellement, telle que dom Clëmencet l'a donnée, depuis les mots : « et de ne point témoigner au public. » On trouve aussi cette même lettre, avec de très-légères différences dans le texte, au tome V, p. a86 et 187, du Port-Royal de M. Sainte-Beuve (édition de 1867).
LETTRES. i5i
l38. DE EAGUfE A LA MiBB AGlffis
DE SAHITE-THÈGLE RACINE \
A Paris, le mercredi i5. fe'vrier [1696].
Tai ea llioimeur de voir Monsieur FArchevéque samedi dernier, tout au soir; il me parut très-content de
Lcmui i38. — I. Cette lettre est tirëe des Journaux manuscrits de Part-Royal^ ccrnserr^ à U Bibliothèque de Klarenboi^ : rojez ci-descas, p. i33, la note i de la lettre i3o. — Dans une audience que Racine eut de M. de Noailles au mois de norembre 169$, il dit à rArcfaevéque que Pëlection d*une abbesse derant se faire an noia de fërrier de Tannëe suirante, il serait peut-être à propos d^attendre, pour choisir un supérieur, que rArcherdque fât ▼ara Tinter la maison aTant ce temps, afin d'en connaître par luimtee tous les besoins. L*abbesse de Port-Royal avait déjà sollicité cette visite, dont M. de Noailles donna quelque espérance.
Dès le commencement de Tannée 1696, comme on ne songeait plus à M. le Caron, curé de Saint-Pierre aux Bœufs, ni au curé de Saint-Séverin, on commença à jeter les yeux sur Tabbé Roynette, grand vicaire de Tarchevêque de Paris, dont il avait toute la confiance. Mais, avant de proposer ce choix, on voulait mieux eonnaitre Fa bbé Roynette. Racine fut donc chargé de demander à M. de Noailles que son grand vicaire assistât à Pélection d*une abbesse, dont le temps éuit arrivé. L*abbé Roynette vbt, en effet, à Port- Royal/ et fut présent à Pélection (4 février 1696), par laquelle la M^ de Sainte-Thède Racine fut continuée. La Mère écrivit alors à Racine que toute la communauté avait été si satisfaite et si édifiée du grand vicaire, qu*on désirait vivement l'avoir pour supérieur. Elle pîait son neveu de s'employer auprès de l'Archevêque pour hn demander cette grâce. Racine alla trouver M. de Noailles, et, après Taudience du prélat, écririt à sa tante la lettre que nous doonoBS ici. — Dans l'Histoire génirale de Port-Rofol (tome VIII, p. 39i)v on parie de cette lettre, et on la dit datée du 14 février. A la page précédente de cette même histoire, une antre lettre de Racine â sa tante est mentionnée. Racine l'avait écrite le 3o janvier de la même année, k la suite d*un long entretien qu'il avait eu avec Tabbé Roynette. Dans cette lettre, que nous n'avons pas, il marquait â 1* Abbesse, dit dom Clémencet, « qu'il avoit vu M. de la Roynette, qoi étoit une de ses plus anciennes connoissances, qu'il lui avoit parlé avec um gramd sentiment it estime et de vénération de
iSa LETTRES.
1606 ^® ^^ s'étoit passé à Télection, et des témoignages avantageux que Monsieur le grand vicaire' lui a rendus de la maison. Il me demanda si Ton étoit aussi content de Monsieur le grand vicaire qu'il Tétoit de vous. Je lui fis réponse qu'on ne pouvoit pas être plus édifié de lui qu'on Tavoit été ; et je le priai même de lire la lettre que vous m'aviez écrite là-dessus, par où il connoîtroit mieux vos sentiments que par tout ce que je pourrois lui dire ; qu'en un mot toute la maison le demandoit pour supérieur. Monsieur l'Archevêque me dit qu'il liroit votre lettre, et qu'il y feroit ses réflexions. Il ne me voulut pas dire positivement qu'il vous accordoit votre demande, parce qu'il vouloit vraisemblablement en parler auparavant à Monsieur le grand vicaire, lequel de son côté est venu me chercher à Paris, pendant que j'étois à Versailles ; et ne m'ayant pas trouvé , il voulut voir ma femme , et lui parla de toute votre communauté avec les termes du monde les plus remplis d'estime et de vénération ; et vous devez vous assurer qu'il a toute l'intention possible de vous servir; et je ne doute pas qu'il ne consente très-volontiers à être votre supérieur. Je n'ai encore pu lui rendre sa visite; mais je Tirai chercher au plus tard après-demain, et je vous rendrai compte de toutes choses *••••
la maison et pour toutes Us personnes dont la mémoire y est chère, J*ai tout lieu de croire^ ojoutoît M. Racine, que vous serez auui satisfaite de lui qi^il espère être édifié de toute la communauté, »
9. Ce grand vicaire ^tait, comme nous Tavons dit dans la note prëcëdente, Tabbé Roynelte. U était docteur en théologie de la faculté de Paris et abbé de Notre-Dame de Haute-Fontaine. Il avait été douze ans curé de Joinville, et ensuite grand vicaire de Châlonssur-Marne. Il mourut le ai mai 1700, deux jours après la Mère Agnès de Sainte-Thècle.
3. Racine alla voir Tabbé Roynette deux jours après, comme il